Reconversion professionnelle : du stage d'immersion à la case Pôle emploi, les étapes pour se lancer

Se projeter dans un nouveau métier est un premier pas. Le deuxième consiste généralement à trouver une formation et à obtenir un financement. 

Changer de voie implique souvent de reprendre une formation et de passer par la case Pôle Emploi.
Changer de voie implique souvent de reprendre une formation et de passer par la case Pôle Emploi. (FRANCETV INFO / PASCALE BOUDEVILLE)

Retourner sur les bancs de l'école après plusieurs années d'activité professionnelle, la tâche n'est pas simple. Mais il s'agit souvent d'une étape nécessaire pour changer de métier. La formation professionnelle ou continue, dont la réforme a été présentée en Conseil des ministres mercredi 22 janvier et qui doit être discutée au Parlement dans la foulée, vise à permettre à des actifs désireux d'évoluer de se reconvertir et/ou de créer leur entreprise. Le but est d'acquérir les compétences pour le faire, à moindres frais.

Cependant, la réalité se révèle plus complexe. Francetv info vous aide à y voir plus clair sur le chemin de la reconversion professionnelle.

Un stage d'immersion avant le grand saut

Quand y penser ? C'est une question de bon sens : avant de se lancer dans une formation ou dans la préparation d'un concours pour changer de métier, mieux vaut avoir un aperçu de ce qui vous attend. Julien, architecte trentenaire reconverti dans la restauration à Nantes (Loire-Atlantique), prévient ceux qui seraient tentés par une aventure culinaire : "C'est un métier de passion, mais c'est très difficile." "Pendant les heures de service, on ne touche plus terre", confirme Emmanuel, employé dans un restaurant après trente ans de carrière dans le cinéma. Ce fossé entre fantasme et réalité vaut pour tous les métiers. Alors expérimentez.  

Qui aller voir ? Vous pouvez commencer par sonder votre entourage. Si l'une de vos connaissances travaille dans le secteur professionnel visé, elle peut vous autoriser à l'accompagner une ou deux journées. Alexandre, ex-cadre commercial parisien de 28 ans devenu professeur, a pu se rendre deux fois dans la classe d'un ami avant de passer les écrits du Cafep (équivalent du Capes pour l'enseignement privé) d'histoire-géographie. 

Sinon, des solutions payantes existent. Comme Jobsenboîte, un concept de box dédié à la reconversion professionnelle. Ou Viamétiers, un site qui propose de passer par la case test avant de se décider.

Capture d\'écran du site Jobsenboite.
Capture d'écran du site Jobsenboite. ( FRANCETV INFO )

Comment ça marche ? Photographe, professeur de yoga, ébéniste, chef de projet e-marketing... Moyennant finances, ces pros partenaires de Jobsenboite acceptent de vous recevoir une demi-journée ou une journée pour vous montrer les rudiments de leur "job". Si vous voulez tester un métier qui ne figure pas dans les propositions, vous pouvez le suggérer sur le site. Et comme toute box, Jobsenboite se décline en version cadeau. Original pour un anniversaire (ou malaise, c'est selon).      

Si vous voulez pousser le concept du stage plus loin, Viamétiers est plus adapté. L'organisme propose une immersion professionnelle qui dure jusqu'à cinq jours, et ne demande pas de convention de stage.

Combien ça coûte ? Pour une box Jobsenboîte, il faut compter 50 à 75 euros la demi-journée, 100 euros la journée. De son côté, Viamétiers propose trois formules, qui vont de 549 à 2 195 euros. Ces immersions peuvent être prises en charge au titre du Droit individuel à la formation (DIF), plafonné à 120 heures. Problème, vous devez obligatoirement en informer votre employeur. De ce fait, 20% des clients de Viamétiers choisissent de financer eux-mêmes leur stage. 

Et si ça n'aboutit pas ? "Six mois après la fin de l’immersion, 70% des stagiaires ont changé de métier ou entamé une formation dans le cadre de leur projet de reconversion", assure Viamétiers. Quant aux 30% restants, ils ont peut-être évité la plus grosse erreur de leur vie. 

Un Congé individuel de formation dans le meilleur des cas

Quand y penser ? Quand vous avez bien identifié votre nouveau projet professionnel. Encore faut-il être salarié en CDI (deux ans d'activité salariée, dont un dans l’entreprise actuelle), en CDD ou fin de CDD (24 mois d'activité salariée dans les cinq dernières années, dont quatre mois au cours des 12 derniers). Dans ce dernier cas de figure, la formation doit débuter au plus tard 12 mois après le terme du Contrat à durée déterminée. 

Qui aller voir ? Vous pouvez commencer par consulter le catalogue des formations proposées par votre entreprise. Celle-ci devra de toute façon être sollicitée pour autoriser le Congé individuel de formation (CIF). Difficile, cependant, de vous voir proposer une formation de fleuriste si vous travaillez dans l'audiovisuel.

Le Fongecif, principal organisme de financement, met à votre disposition un moteur de recherches assez complet sur son site.

Capture d\'écran du site du Fongecif.
Capture d'écran du site du Fongecif. ( FRANCETV INFO )

Si vous ne relevez pas du Fongecif (appele-le pour le savoir en donnant le numéro de siret qui figure sur votre fiche de paie), la liste complète des organismes financeurs de formations (Opca) est disponible ici. L'Afdas, par exemple, prend en charge les métiers artistiques. 

Quant à l'organisme pourvoyeur de formation l'Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes), il propose aussi sur son site un catalogue, plutôt axé sur le bâtiment, l'industrie, le tertiaire et les services. Et organise régulièrement des portes ouvertes. Le Greta, structure de l'Education nationale qui organise des formations pour adultes dans différents métiers, peut également vous aider à trouver une formation qualifiante. Le site internet du réseau Ile-de-France dispose d'un annuaire en ligne. La Cité des métiers, enfin, est un lieu d'accueil où vous pouvez consulter tout un tas de formations. C'est là que Nathalie, ex-ambulancière de 33 ans à Marseille, a trouvé une formation d'horticultrice. 

Comment ça marche ? Une fois la formation trouvée, vous devez formuler par écrit à votre employeur une demande d’autorisation d’absence, au plus tard quatre mois avant le début de la formation. L'entreprise a un mois pour vous répondre. Si vous êtes en fin de CDD, votre demande de formation doit être faite directement auprès du Fongecif, 60 jours avant le début des "cours".  

L'intérêt du CIF est qu'il dure longtemps, jusqu'à un an pour une formation à temps complet ou 1 200 heures pour une formation à temps partiel (sur trois ans maximum). 

Benoît, steward chez Air France, a ainsi bénéficié d'un CIF pour faire son master 1 de psychologie, après avoir passé la licence par correspondance. "J'ai eu une petite fille cette année-là, c'était donc plus confortable de ne pas travailler en même temps", explique-t-il. Il a en revanche passé son master 2 grâce à un aménagement de planning. Un délai doit en effet être observé entre deux CIF. Il correspond au 12e de la durée (en heures) du congé précédent mais ne peut pas excéder six ans (le calcul est expliqué ).

Les fonctionnaires d'Etat, comme les enseignants, n'ont pas droit au CIF, mais peuvent prendre, une seule fois dans leur carrière, un an de disponibilité pour se former tout en gardant leur traitement (le détail des conditions est à lire ici). 

Quelle prise en charge ?  Si le CIF est accepté, vous percevez entre 80% et 100% de votre salaire, et les frais de formation sont pris en charge. Parfois, le coût de l'hébergement et des transports peut aussi être amorti. Dans le cas d'un CIF après un CDD, le salaire perçu est calé sur les quatre derniers mois d'activité. Attention, dans le cadre d'une formation à temps partiel (moins de 30 heures par semaine en moyenne), la rémunération sera elle aussi partielle. Mais vous avez le droit de travailler le reste du temps ou de percevoir des allocations chômage. 

Et si ça n'aboutit pas ? Si vous avez bien respecté les conditions, votre employeur ne peut reporter votre CIF que de neuf mois. La difficulté vient plutôt des organismes de financement tels que le Fongecif. Crise oblige, "les conditions d'octroi de formation se sont durcies depuis un an ou deux", constate Valérie Dolle, responsable de l'antenne Afpa Transitions en Ile-de-France. Surtout si le secteur visé n'est pas porteur d'emploi. Julien, ancien infirmier, s'est vu refuser son CIF dans le journalisme. Il a alors frappé à toutes les portes des conseils généraux pour obtenir un financement. En vain. Ce Francilien de 39 ans a donc financé sa formation d'un an et demi avec sa prime de fin de CDD et ses allocations chômage.

Clara*, elle, n'a pas été prise dans la formation de coaching qu'elle visait. Cette cadre de 42 ans, salariée dans une entreprise agroalimentaire, s'était pourtant résolue à la faire en dehors de son temps de travail, le Fongecif l'ayant prévenue que sa demande serait refusée. Les critères d'obtention d'un CIF sont clairement énoncés par l'organisme, et varient selon les régions et les bassins d'emploi. En Ile-de-France, les salariés de niveau inférieur ou égal au bac, âgés de plus de 40 ans et issus de très petites entreprises ont la priorité.

 

Capture d\'écran du site du Fongecif.
Capture d'écran du site du Fongecif. ( FRANCETV INFO )

S'il essuie un refus, le salarié peut toujours représenter une demande de CIF, mais en tenant compte des critères qui ont motivé le rejet de son dossier. "Dans un projet de reconversion, il faut toujours un plan A et B et se donner des limites dans le temps", souligne Isabelle Bertrand, consultante Apec à Dijon. "Un échec prouve que le salarié a été dans l'action, rassure-t-elle. Il faut qu'il retourne voir son conseiller pour faire le point." 

Comme Clara, certains sont prêts à mener leur reconversion professionnelle hors du temps de travail, en suivant des cours du soir ou par correspondance. Il faut, bien sûr, beaucoup d'énergie et d'envie. "Je travaillais le soir et le week-end, et je n'ai pas pris de vacances pendant six ans", raconte Véronique, ex-avocate devenue psychologue avec la formation à distance de Paris-8, via le Cned. "Je ne serais pas prête à recommencer aujourd'hui. C'est quand même un gros investissement", admet cette quinquagénaire.

Bon à savoir : depuis 2009, les formations hors temps de travail peuvent être prises en charge par le Fongecif ou autre Opca. Mais elles doivent durer au minimum 120 heures et comporter une partie théorique. "Cela profite surtout aux cadres qui veulent gagner un échelon en passant un MBA, par exemple en cours du soir au Cnam", explique-t-on au Fongecif Ile-de-France. Pas vraiment un public prioritaire, donc. 

La case Pôle emploi pour se former à un nouveau métier ou lancer son entreprise

Quand y penser ? Votre CIF a été refusé, vous ne vous sentez pas de mener une reconversion en parallèle de votre travail, et vous commencez à être sérieusement insatisfait dans votre entreprise. Après avoir bien examiné les autres possibilités - évoluer au sein de votre boîte ou changer de travail dans le même secteur -, vous pouvez alors envisager de passer par la case Pôle emploi pour mener à bien votre projet, surtout s'il s'agit d'une création d'entreprise.  

Comment s'y prendre ? Parfois, le chômage s'impose à vous, dans le cas d'un plan de licenciement économique par exemple. Si cette situation peut s'avérer difficile, elle présente néanmoins certains avantages : le salarié perçoit des indemnités (dont le montant légal, parfois négocié par les syndicats, peut être calculé ici), bénéficie d'un maintien de salaire pendant douze mois, puis d'allocations chômage pendant 24 mois. En outre, il se voit proposer un contrat de sécurisation professionnelle, avec accompagnement par un conseiller, formation, aide à la création d'entreprise etc.

Autre cas de figure, le plan de départs volontaires, là encore à l'initiative de l'entreprise. Il peut se révéler intéressant pour les salariés qui ont un projet de reconversion, car il permet de partir avec un chèque et d'ouvrir ses droits au chômage. Jean-Marie Bernard, ex-responsable informatique SFR, en a profité pour créer son entreprise dans les énergies renouvelables à Bordeaux. 

Si aucune de ces deux possibilités ne se présente, vous pouvez négocier une rupture conventionnelle de contrat, qui vous donne droit à des indemnités et à vos deux ans de chômage. C'est ce qu'a fait Alexandre pour pouvoir préparer son Cafep (équivalent du Capes dans le privé) d'histoire-géographie. Mais votre employeur doit être prêt à mettre la main à la poche. Dans le cas contraire, "vous pouvez toujours négocier avec lui un licenciement pour faute, comme un abandon de poste, glisse un conseiller en création d'entreprises. L'entreprise ne vous verse pas d'indemnités mais vous pouvez percevoir le chômage." Une solution risquée, selon Morgane Mimouni, conseillère Pôle emploi à Rouen (Seine-Maritime). "Votre futur employeur risque de se renseigner sur le motif de votre précédent licenciement", prévient-elle. 

Dernière option, la démission. A moins qu'elle soit considérée comme "légitime" (suivi de conjoint, plainte pour harcèlement moral, départ pour une mission de solidarité...), elle n'ouvre pas de droits aux allocations chômage. Au bout de quatre mois, votre situation est examinée par une commission de Pôle emploi, mais rien ne garantit que vous perceviez des Assedic. Les fonctionnaires ou assimilés n'ont souvent pas d'autre choix. Aurélie Delaunay, ancienne prof de sciences physiques devenue consultante en ressources humaines, a fait un abandon de poste. Dégoûtée par les conditions d'enseignement, elle a préféré prendre ce risque plutôt que d'"essayer de faire bouger le mammouth". La jeune femme a financé sa reconversion grâce à ses économies, un prêt et le soutien financier de son mari.

Quelle prise en charge ? Une fois que vous êtes inscrit à Pôle emploi, vous avez droit à toutes les prestations qui "facilitent" une reconversion, que vous ayez démissionné ou non. Cela passe par des rendez-vous avec un conseiller, avec un(e) psychologue du travail si besoin, un bilan de compétences, la demande de financement d'une formation ou un accompagnement pour créer votre entreprise. Tous ces dispositifs sont détaillés sur le site de Pôle emploi

Capture d\'écran du site de Pôle emploi.
Capture d'écran du site de Pôle emploi. ( FRANCETV INFO )

"Ce qu'on va pouvoir déclencher, pour financer une formation par exemple, c'est la portabilité du DIF", explique Morgane Mimouni. Depuis 2009, vous pouvez conserver vos heures de Droit individuel à la formation quand vous quittez une entreprise (sauf en cas de licenciement pour faute lourde). Il faut compter un peu plus de 9 euros pour une heure de DIF, soit près 1 200 euros pour 120 heures cumulées. Sachez que la réforme de la formation professionnelle a remplacé le DIF par un Compte personnel de formation (CPF), valable toute la vie active et porté à 150 heures. Il sera opérationnel le 1er janvier 2015. 

D'autres possibilités de financement existent, sous réserve de l'acceptation de votre formation. Une Validation des acquis de l'expérience (VAE) est parfois nécessaire pour prétendre à un diplôme. 

Pour ce qui est de la création d'entreprises - une entreprise sur deux est créée par un demandeur d'emploi, dixit Pôle emploi -, il est possible de continuer à percevoir son chômage pendant quinze mois ou de se voir verser 45% du reliquat des allocations au début de l'activité, puis 45% après. Le statut d'autoentrepreneur est un peu moins avantageux. Mais très facile à obtenir. Alexia, une ex-gendarme qui a démissionné pour suivi de conjoint, a ainsi opté pour ce statut afin de se lancer dans l'onglerie à Grenoble. 

Et si les financements vous sont refusés ? "On ne décourage jamais les gens d'emblée, à moins qu'ils veuillent devenir astronautes, plaisante Morgane Mimouni. Il faut tenir compte de la faisabilité du projet et du marché de l'emploi." Elle conseille d'arriver à Pôle emploi avec une ou plusieurs formations déjà identifiées. Cela peut peser dans le dossier. Si celui-ci est refusé, c'est bien souvent l'école de la débrouille : prêt à taux zéro de la part des proches, emprunt à la banque, utilisation des économies personnelles ou appui sur le conjoint si ce dernier a des ressources suffisantes. Lorsqu'ils sont décidés, les futurs reconvertis sont prêts à tout pour y arriver. 

* Le prénom a été modifié