La femme du jour. Dinushika Dissanayake

Chaque jour, Nathalie Bourrus raconte une femme. Un portrait, mais surtout une rencontre. Aujourd'hui, Dinushika Dissanayake, avocate, directrice d’Amnesty international pour l’Asie du Sud-Est.  

Dinushika Dissanayake, avocate, directrice d’Amnesty international pour l’Asie du Sud-Est.  
Dinushika Dissanayake, avocate, directrice d’Amnesty international pour l’Asie du Sud-Est.   (NATHALIE BOURRUS / RADIOFRANCE)

Nom : Dissanayake. Prénom : Dinushika. Âge : 34 ans. Métier : avocate, directrice d’Amnesty international pour l’Asie du Sud-Est. Pourquoi elle ? Parce qu’elle reçoit le prix de la fondation Jacques-Chirac, mardi 18 décembre, au musée du quai Branly - Jacques-Chirac à Paris.

La femme du jour : Dinushika Dissanayake
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[Elle m’attend, assise dans un petit canapé, dans un hôtel parisien. Autour d’elle, un calme étrange. Cette plénitude, elle vient tout droit de cette femme.]

Qu'est ce que ça vous a fait de recevoir ce prix ?

Je suis très heureuse. C’est un honneur.

[Moi, je dirais plutôt que c’est un honneur pour nous de recevoir cette jeune sri-lankaise. Ce petit bout de femme a un cœur immense et une énergie du diable. Engagée à Amnesty depuis un an, cette avocate travaillait dans une ONG, la Law and Society Trust. Pendant des années, elle a défendu des gens contre les disparitions et les spoliations de terres.]

Pourtant, le régime a changé au Sri Lanka, tout aurait dû changer...

Oui. Il y a eu une promesse du gouvernement, publier la liste des personnes qui se sont rendues, après la guerre, pour retrouver des disparus. Ils ne l’ont jamais fait. Il faudra pourtant retrouver les enfants de toutes ces mères.

[L’enfance, un mot qui résonne dans sa tête. Car c’est à l’âge de 10 ans qu’elle a ressenti ce besoin de défendre les plus faibles.]

Je me souviens très bien, je lisais un journal. Il y avait un graphique sur les personnes disparues et torturées. Ça a été un choc pour moi.

[Autre déclic : quand elle était étudiante, Dinushika a du répertorier la liste des disparus, pour son chef de projet.]

Voir tous ces noms, ça m’a bouleversée, j’en pleurais.

[Je la regarde dérouler la pelote de son histoire. Elle se souvient alors de ces trois mois passés au Cambodge.]

Cela m’a transformée, cette histoire, ce génocide.

[L’ultime transformation fut la naissance de son enfant, il y a 5 ans. Car soutenir les autres, c’est défendre le futur de sa fille.]

[Un mot pour la définir ? Juste. Elle mène le combat le plus juste au monde : pot de terre contre pot de fer. Avec la plus grande justesse, celle de l’avocate qu’elle sera toujours.]

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Nathalie Bourrus, grand reporter depuis 20 ans à franceinfo, raconte avec sa plume aiguisée et sa voix chaude les tops et les flops, les rires et les larmes d’une femme. Un portrait, mais surtout une rencontre, du lundi au vendredi à 16h56 et 21h51.