Annonces de Jean Castex sur la sécurité : "des gestes d'amour", de la "câlinothérapie", un "effet d'annonce" sans "aucune portée", réactions prudentes des syndicats de police

En déplacement à Nice, le Premier ministre a notamment évoqué la création de 150 emplois supplémentaires fin 2020 ainsi que le déploiement de 60 policiers dans la capitale azuréenne.

Le Premier ministre Jean Castex en déplacement dans le quartier des Moulins, à Nice, le 25 juillet 2020.
Le Premier ministre Jean Castex en déplacement dans le quartier des Moulins, à Nice, le 25 juillet 2020. (YANN COASTSALIOU / AFP)

"On vient de passer enfin des mots d'amour aux gestes d'amour", a réagi samedi 25 juillet sur franceinfo Yves Lefebvre, le secrétaire général Unité SGP Police-FO, après les annonces par Jean Castex de mesures de "proximité" pour lutter contre l'insécurité. Une "câlinothérapie", estime pour sa part, David-Olivier Reverdy, le délégué national du syndicat Alliance, appelant à une réorganisation de la police municipale. 

En déplacement à Nice, le Premier ministre a notamment évoqué la création de 150 emplois supplémentaires fin 2020 pour "renforcer l'action pénale de proximité pour la répression de la délinquance du quotidien", ainsi que le déploiement de 60 policiers dans la capitale azuréenne.

La prime de fidélisation : "un geste fort"

Ces annonces "sont véritablement appréciées par mes collègues niçois", souligne Yves Lefebvre. Il explique que Nice avait perdu "80 effectifs depuis un peu moins de deux ans". Avec le déploiement promis, "on va arriver à une remise à niveau, partielle, mais conséquente". Le secrétaire général Unité SGP Police-FO pointe "la spécificité, la dangerosité, le coût de la vie pour les collègues niçois" qui est prise en compte avec la prime de fidélisation. "C'est une de nos principales revendications. On ne peut que s'en féliciter aujourd'hui". "C'est un geste fort qu'il faut apprécier", a-t-il insisté.

Yves Lefebvre regrette que cette prime ne soit pas "généralisée, malheureusement". Cela s'explique selon lui par des critères d'attribution "qui datent de la fin des années 1990". Grenoble, Calais, ou encore Dunkerque en ont bénéficié. Yves Lefebvre veut que soit reconnue "la particularité des collègues niçois, confrontés à la violence, la délinquance, la criminalité". Il rappelle que, ce samedi matin, le corps d'un homme a été retrouvé dans le quartier de l'Ariane, un quartier sensible de Nice.

Une demande de simplification des procédures

Chez Alliance police nationale, on aimerait que les paroles de l'exécutif soit suivie par des gestes ambitieux. "La câlinothérapie, c'est toujours mieux que les mots déplacés de notre précédent ministre de l'Intérieur, mais ce que l'on veut ce sont des actes", a réagi sur franceinfo David-Olivier Reverdy, le délégué national du syndicat. Il dit apprécier l'attitude des ministres du gouvernement qui multiplient les déplacements sur le terrain mais attend des mesures plus fortes que celles annoncées par Jean Castex.

La prime de fidélisation pour les policiers niçois est une bonne chose selon le le responsable syndical. "On le demandait, on ne peut que s'en satisfaire". En revanche, il ne "pense pas que le reste des mesures soit à même d'endiguer les trafics de stupéfiants à Nice et ailleurs en France".

La généralisation à la rentrée des amendes forfaitaires pour consommation de drogue "n'apportera rien du tout à la lutte contre les trafics", fustige David-Olivier Reverdy. "

Une contravention de 150 euros, vous pensez bien que ce n'est pas ça  qui va changer les choses.David-Olivier Reverdydélégué national d'Alliance police nationale

"Il faut du monde, des moyens, pouvoir monter des surveillances, des filatures, il faut aussi simplifier la procédure pénale", demande David-Olivier Reverdy qui souhaite que les policiers soient déchargés de "certaines activités chronophages qui n'apportent rien à la sécurité de nos citoyens, je parle des procurations ou des transferts de détenus."

En ce sens, l'expérimentation à Nice de l'extension des compétences de la police municipale "peut nous aider à nous recentrer sur coeur de métier qui est la lutte contre la délinquance", estime David-Olivier Reverdy tout en précisant que "les prérogatives judiciaires de la police municipale ne seront jamais les mêmes que celles de la police nationale".

L'accès au fichier des personnes recherchées n'a pas été évoqué

"C'est un effet d'annonce qui n'aura aucune portée sur le travail quotidien des policiers municipaux", estime pour sa part Cédric Michel, président national du Syndicat de défense des policiers municipaux SDPM. "Les policiers municipaux vérifie déjà l'identité des gens qu'ils verbalisent. Nous attribuer le contrôle d'identité ne changera à notre travail du quotidien.", pense le syndicaliste. Pour Cédric Michel, le Premier ministre "s'est précipité auprès de Christian Estrosi" pour faire ces annonces après plusieurs actes violents ces derniers jours à Nice.

Christian Estrosi a porté un certain nombre de revendications mais il ne maitrise pas le sujet.Cédric Michel, président national du Syndicat de défense des policiers municipaux à franceinfo

Le président du SDPM souligne que "les policiers municipaux font déjà un énorme travail de sécurité du quotidien et ont déjà beaucoup de compétences. Ils peuvent verbaliser toutes les infractions à la loi pénale". Les revendications du syndicat "ne se portent pas réellement sur l'augmentation de nos compétences". Selon Cédric Michel, "la seule difficulté majeure, c'est l'accès au fichier des personnes recherchées. Mais il semblerait que ce ne soit pas à l'ordre du jour".

"On est allés trop vite sur le sujet"

Le responsable syndicale note quand même un bon point : la généralisation des délits de stupéfiants, visant d'abord les usagers de cannabis. "C'est une bonne chose", estime Cédric Michel. "Cela va permettre d'avoir une réponse rapide à une infraction pénale qui n'était plus traitée du fait de l'engorgement des tribunaux." Mais cela pose selon lui "un certain nombre de contraintes techniques" pour verbaliser cette infraction.

"Il va falloir peser la quantité de stupéfiants et avoir des tests pour déterminer quel est le stupéfiant. Cela ne peut pas s'appliquer aux policiers municipaux parce que ce sont des actes d'enquête.", affirme Cédric Michel. Le président du SDPM estime que "le policier municipal, face à des consommateurs de stupéfiants, ne pourra pas relever cette infraction"."On est allé trop vite sur le sujet", conclut Cédric Michel. "On ne s'est pas préoccupé des normes techniques et juridiques. On a fait une réponse rapide pour faire un effet d'annonce.", dénonce-t-il.