14-Juillet : en tant que chef des armées, "Emmanuel Macron s'inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs"

Selon Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialiste des questions militaires et stratégiques, c'est "la continuité qui prévaut" depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. 

Emmanuel Macron à Toulon en janvier 2018. 
Emmanuel Macron à Toulon en janvier 2018.  (CLAUDE PARIS / POOL)

"Emmanuel Macron s'inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs" en tant que chef des armées, a estimé sur franceinfo samedi 13 juillet Jean-Dominique Merchet, journaliste à L'Opinion et spécialiste des questions militaires et stratégiques. Le président de la République doit s'adresser samedi aux militaires, à l'Hôtel de Brienne, dans le 7e arrondissement de Paris, qui est le siège du ministère des Armées avant le traditionnel défilé du 14-juillet. 

franceinfo : Peut-on attribuer à Emmanuel Macron le surnom de "président guerrier", comme c'était le cas pour son prédécesseur, François Hollande ?

Jean-Dominique Merchet : Pas pour l'instant. C'est plutôt une bonne chose parce que cela veut dire qu'il n'y a pas de nouvelles guerres. Il faut s'en réjouir. Cependant, sur le fond, on peut dire qu'Emmanuel Macron s'inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs. En France, le président de la République sait que les questions de défense et la question militaire sont au cœur de sa fonction. C'est vrai qu’il n'a pas déclenché de nouvelles opérations ou quelques frappes en Syrie. On est donc dans une situation stratégiquement un peu nouvelle mais, fondamentalement, c'est la continuité qui prévaut.

Emmanuel Macron a cependant choisi l'intitulé ministère des Armées, contre un ministère de la Défense avant lui. Cette notion est-elle importante ?

On est plus dans le calcul de communication que dans un changement fondamental. La chose importante c'est que, sous François Hollande, à la suite des attentats de 2015, il a été décidé de remonter l'effort d'investissement dans le domaine militaire. Le budget de la Défense est reparti à la hausse. Lorsqu'Emmanuel Macron a été élu président de la République, il a non seulement confirmé ce changement de cap mais il l'a amplifié. Globalement, les militaires et les industriels de l'armement sont donc plutôt satisfaits de cette situation. Il y a deux ans, il y a eu l'épisode avec le général de Villiers et sa démission mais, aujourd'hui, c'est du passé. Il suffit de se promener dans le pays pour voir que tous les services publics ne bénéficient pas forcément d'une augmentation de leur budget. Les armées aujourd'hui sont dans une situation privilégiée par rapport à l'hôpital public ou aux transports en commun.

Quelques critiques n'émanent-elles pas quand même de l'armée ? En février, le colonel François-Régis Legrier remettait en cause les choix stratégiques de la coalition internationale en Irak dans la Revue défense nationale. 

Effectivement, et la ministre des Armées n'a vraiment pas aimé qu'un de ses officiers écrive un article critiquant la stratégie de la France. Cependant, il y a de vraies interrogations sur le résultat des opérations militaires. Ça interroge tous les citoyens de savoir pourquoi nous engageons notre armée dans un certain nombre d'opérations et surtout quels sont les résultats que l'on obtient. Par exemple, sommes-nous en train de gagner la guerre au Sahel ? Personnellement, je ne le pense pas. Il faut donc en débattre et je pense que les militaires peuvent y participer de manière détendue, sans que cela devienne systématiquement des polémiques où l'on sanctionne des gens.