Sécurité routière au travail : "Des entreprises ont mis en place un droit au roupillon", affirme Emmanuel Barbe

La troisième édition des Journées de la sécurité routière au travail démarre lundi, l'occasion de rappeler pour le délégué interministériel à la sécurité routière que les accidents routiers sont la première cause de mortalité au travail. 

Emmanuel Barbe, le 12 mars 2018, à la Haye Fouassière (Loire-Atlantique).
Emmanuel Barbe, le 12 mars 2018, à la Haye Fouassière (Loire-Atlantique). (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

"Des entreprises ont mis en place par exemple un droit au roupillon", a indiqué dimanche 12 mai sur franceinfo Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière, alors que la troisième édition des Journées de la sécurité routière au travail démarre lundi 13 mai.

C'est l'occasion de souligner que les accidents de la route sont la première cause de mortalité au travail. "Un chauffeur a le droit, même s'il a des délais à respecter, de s'arrêter pour dormir 15 à 20 minutes et se reposer", affirme Emmanuel Barbe. Il précise qu'en 2018, "500 personnes ont perdu la vie dans le cadre du travail". Le délégué interministériel incite les salariés à "inscrire une action" sur la sécurité routière dans leur entreprise. "1 200 entreprises sont réunies autour de nous dans des engagements de sécurité routière", souligne Emmanuel Barbe.

franceinfo : Quels sont les chiffres des accidents de la route au travail ?

Emmanuel Barbe : En 2018, près de 500 personnes ont perdu la vie dans le cadre du travail, soit en exécutant une mission professionnelle, soit dans un trajet entre leur domicile et le travail. Il y a ici un enjeu tout à fait considérable, auquel s'ajoute le nombre de jours de travail perdus par les entreprises en raison d'un accident corporel de la circulation. On est entre cinq et six millions de journées de travail en fonction de l'origine des statistiques. C'est considérable et c'est un enjeu majeur pour les entreprises. Pour de très grandes entreprises, la perte de salarié ou son absence c'est déjà grave, mais pour les toutes petites entreprises ça peut être la fin d'une entreprise. Cela concerne ceux qui roulent énormément (les métiers de la route), parce que contrairement à ce qu'on croit, plus on roule, plus on expose son risque. Et puis évidemment, il y a encore aujourd'hui énormément de gens qui se rendent au travail en voiture. Par exemple en semaine, le pic des morts sur les routes, c'est en fin d'après-midi. On sort du travail, on est fatigué, on est stressé, souvent il faut aller chercher les enfants, etc. C'est là qu'on observe le plus grand pic d'accidents. Mais ils sont considérés comme des accidents du travail, à juste titre d'ailleurs.

Quelles sont les principales causes de ces accidents ? Il n'y a pas que la fatigue ?

La fatigue est quand même un facteur important. Il y en a un autre, c'est d'être pressé. Je vais les citer parce qu'ils sont exceptionnels. À la SNCF, il y a encore quelques années, les principales causes de morts étaient les accidents de voiture, parce qu'on se précipitait par exemple pour aller réparer une voie ou dépanner un train. Donc des entreprises comme celle-là ont d'abord dû lutter contre ça. La fatigue joue beaucoup, quand il y a des délais de livraison et qu'on doit conduire longtemps la nuit. Donc vous avez des entreprises qui ont mis en place, par exemple, un droit au roupillon. Un chauffeur a le droit, même s'il a des délais à respecter, de s'arrêter pour dormir 15 à 20 minutes et se reposer. Il y a des choses formidables qui se font en entreprise. Franchement, elles sont tout à fait exemplaires. Et aujourd'hui on en a près de 1 200 qui sont réunies autour de nous dans des engagements de sécurité routière. Elles représentent presque 3,5 millions de salariés. Ces journées de la sécurité routière s'inscrivent dans cette dynamique parce que, comme tous les risques, il faut répéter, répéter, répéter. Il ne faut jamais cesser de le refaire.

S'il n'y a pas d'explication organisée au sein de son entreprise à l'occasion de cette troisième édition des Journées de la sécurité routière au travail, qu'est-ce qu'on peut faire ?

Je pense que c'est typiquement un endroit où le salarié peut s'exprimer dans un cadre syndical, dans un cadre de comité d'entreprise, de CHSCT, parce que c'est un enjeu fondamental. Une grande entreprise qui s'occupe de réseaux électriques m'expliquait que, autant le risque électrique est parfaitement pris en compte, autant le risque routier est un risque moins évident et pourtant il est très fort. Je pense que tous les salariés peuvent inscrire une action autour de ça, parce que c'est de leur peau qu'il en va. Je dis souvent qu'une entreprise ne meurt jamais au bord des routes mais en revanche son salarié, oui. Il faut le revendiquer. Parce que c'est aussi le droit à des poses, le droit à ce qu'on ne vous fasse pas tout faire. Par exemple, on vous oblige à téléphoner constamment au volant, ce qui est une plaie du transport professionnel. Mais vous avez des entreprises qui ont décrété que, non seulement dans leur entreprise on ne téléphone pas, mais on a l'interdiction d'appeler un collaborateur qui est en train de conduire. Vous avez des démarches qui vont très très loin, mais avec zéro accident. Pour une entreprise et pour ses salariés c'est évidemment totalement bénéfique.