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Accord européen : "De la poudre aux yeux"

Pour l'économiste Michel Dévoluy, l'accord négocié le 9 décembre à Bruxelles n'amène rien de nouveau mais marque le besoin de plus de coordination et d'unité entre les 27.

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France Télévisions
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Nicolas Sarkozy arrive au sommet européen de Bruxelles (Belgique), le 9 décembre 2011. (YVES HERMAN / REUTERS)

Le 9 décembre 2011 à Bruxelles, 23 des 27 Etats de l'Union européenne (UE) ont accepté le principe d'un accord sur la stabilité financière européenne. Michel Dévoluy, chercheur et économiste à l'Observatoire des politiques économiques en Europe, auteur de L'Euro est-il un échec ? (La documentation française, 2011), estime que cet accord n'apportera rien de nouveau.

FTVi : Après le sommet européen du 9 décembre, les dirigeants européens semblent satisfaits. Est-ce justifié ?

Michel Dévoluy : Ils appliquent une communication qu'ils veulent rassurante, en dramatisant ce sommet et cet accord. Beaucoup d'entre eux sont confrontés à des échéances électorales. Mais si on regarde les conclusions du sommet du 11 mars 2011 (fichier PDF), on retrouve 99 % de ce qui a été annoncé le 9 décembre. Donc, pas grand chose de nouveau sous le soleil. On est dans la continuité doctrinale de ce qui est fait depuis presque deux ans.

Les sanctions automatiques et l'instauration généralisée de la règle d'or ne sont-elles pas des nouveautés ?

M.D. : C'est de la poudre au yeux. La règle d'or imposée aux membres de la zone euro existe déjà, tout comme les sanctions automatiques. Elles sont prévues par le "paquet de six" [ensemble de textes législatifs encadrant les politiques budgétaires des membres de la zone euro]. Et même si ces règles sont renforcées, elles ne restent que des règles. Les règles existantes n'ont pas empêché certains Etats de se mettre en difficulté. Elles auraient du sens si l'Europe fonctionnait comme une fédération, avec une solidarité politique incontournable.

A court terme, cet accord va-t-il rassurer les marchés et les agences de notation ?

M.D. : Je suis scandalisé que ce soit d'abord eux qu'on cherche à rassurer, notamment les agences de notation. D'abord, c'est malsain qu'elles jugent des Etats démocratiques, où seuls les Parlements sont souverains. Et puis, ces agences n'attendent pas des réponses techniques à la crise de la dette publique. Ce qu'elles scrutent, c'est la crédibilité politique d'un Etat, d'une institution. Pour l'Europe, cette crédibilité, c'est son degré d'unité et il est aujourd'hui encore trop limité.

La défection du Royaume-Uni, qui se désolidarise de l'accord, alimente-t-elle ce manque d'unité ?

M.D. : Je crois qu'il s'agit en fait de la seule bonne nouvelle de ce sommet. On les stigmatise, mais les Britanniques sont cohérents. Depuis leur entrée dans l'Europe en 1972, ils ont toujours entretenu des relations contrastées avec Bruxelles, au nom de la sauvegarde de leur indépendance. Cet obstacle dans les négociations est aujourd'hui levé pour la zone euro. Elle va pouvoir avancer plus sereinement vers une meilleure union politique et budgétaire.

Mais n'existe-t-il pas un risque de scission au sein de l'Europe, entre une zone euro qui avance et des pays isolés ?

M.D. : C'est déjà le cas. Certains pays poussent pour plus d'union, d'autres, comme le Royaume-Uni, veulent le statu quo. Mais cela ne doit pas empêcher la zone euro d'avancer, de faire des efforts pour rapprocher les intérêts de ses membres et chercher à reconstruire la croissance.  Car en coordonnant les politiques budgétaires, on peut relancer l'économie. Il faudrait par exemple ne pas pratiquer de la rigueur partout au même moment, que les pays en difficulté soient soutenus et que les fruits de la croissance soient ensuite redistribués solidairement.

L'Allemagne est-elle prête à faire ce genre d'efforts ?

M.D. : Un proverbe américain dit : "Les dindes n'envoient jamais d'invitation pour le repas de Noël." A cause de leur passé, les Allemands refusent d'envisager de s'impliquer davatange dans l'effort budgétaire, mais ils seront forcés de s'y faire. En acceptant l'idée d'une monnaie unique, l'Allemagne doit accepter un budget unique, une dette unique, une banque centrale puissante et une union politique concrète. Mais il faudra aussi faire un pas vers elle, quitte à réduire les ambitions de certains mécanismes. Mieux vaut faire petit mais concret et constructif.

Faut-il être pessimiste ?

M.D. : Non, mais rien ne se fera sans unité. Pour y parvenir, il faudra de la patience, de la diplomatie et de la bienveillance entre les Etats membres de l'Union européenne. J'ai la conviction qu'on ne va pas laisser péricliter 60 ans d'histoire commune. Les Etats trouveront une voie.

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