Grèce : les principaux axes du plan de sauvetage conclu par la zone euro

Les pays de la zone euro se sont mis d'accord cette nuit sur un nouveau plan de sauvetage sans précédent de la Grèce afin d'éviter une faillite du pays aux conséquences imprévisibles pour l'Europe toute entière.

Réunis à Bruxelles (Belgique) le 21 février 2012, de gauche à droite : Christine Lagarde (FMI), Jean-Claude Juncker (Eurogroupe) et Ollie Rehn (Commission européenne).
Réunis à Bruxelles (Belgique) le 21 février 2012, de gauche à droite : Christine Lagarde (FMI), Jean-Claude Juncker (Eurogroupe) et Ollie Rehn (Commission européenne). (REUTERS)

Les pays de la zone euro se sont mis d'accord, mardi 21 février au matin, sur un plan de sauvetage géant de la Grèce, à hauteur de 237 milliards d'euros, afin d'éviter une faillite du pays. L'accord est intervenu dans la nuit au terme de plus de douze heures de tractations entre les ministres des Finances de l'Union monétaire, réunis à Bruxelles (Belgique).

Grâce à ce plan de soutien, la Grèce devrait être en mesure de faire face à une échéance de remboursement de 14,5 milliards d'euros qui tombe le 20 mars et ainsi d'éviter le défaut de paiement.

• Sur la dette publique

Ce plan comprend d'une part un volet d'aide publique, des prêts pour l'essentiel, à hauteur de 130 milliards d'euros, après un premier programme de prêts en faveur du pays décidé en mai 2010 qui avait atteint déjà 110 milliards d'euros.

Athènes avait rempli sur le papier sa part du contrat en se pliant aux exigences de ses créanciers publics. Le gouvernement grec a adopté un nouveau plan d'austérité il y a dix jours, au prix de violentes manifestations et de nouvelles turbulences politiques. Un plan d'économies douloureux de 3,3 milliards d'euros pour cette année a été adopté, prévoyant notamment une réduction du salaire minimum et une limitation des retraites.

• Sur la dette privée

L'autre volet porte sur un effacement de la dette de la Grèce détenue par ses créanciers privés, banques et fonds d'investissement. Ils vont accepter une perte de 53,5% au final, soit un effort accru par rapport à l'objectif initial qui était de 50%.

Cela doit permettre de réduire la dette du pays d'un montant de 107 milliards d'euros, un record dans l'histoire économique mondiale, qui dépasse de loin la restructuration de la dette de l'Argentine au début des années 2000.

• Un objectif : réduire la dette grecque à 120,5% du PIB d'ici 2020

Les chefs des deux partis de la coalition au pouvoir, socialistes et Nouvelle Démocratie (droite), se sont engagés par écrit à respecter les promesses faites d'économies budgétaires et de réformes y compris après les élections législatives anticipées, qui doivent se tenir en avril. 

Les négociations ont toutefois traîné en longueur car les principaux bailleurs de fonds de la Grèce ont mis le doigt sur un trou de plusieurs milliards d'euros à combler pour parvenir à réduire la dette grecque à 120% du PIB d'ici 2020, contre 160% actuellement. C'est l'objectif fixé par le Fonds monétaire international (FMI) et certains pays de la zone euro, comme l'Allemagne et le Luxembourg, afin de considérer la dette grecque comme soutenable sur le long terme.

Au final, le plan de sauvetage permettra de réduire l'endettement grec à hauteur de 120,5% d'ici 2020. La Grèce fera en contrepartie l'objet d'une surveillance encore renforcée de la part de ses créanciers pour s'assurer qu'elle ne dévie pas des objectifs fixés.

• Un moyen direct : augmenter la taille du fonds de secours

Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, s'est dit "optimiste" sur les chances de voir la zone euro décider prochainement de renforcer "nettement" la force de frappe du Mécanisme européen de stabilité (MES), qui succèdera au Fonds européen de stabilité financière (FSEF).

Cette capacité est limitée actuellement à 500 milliards d'euros. Elle est jugée insuffisante par de nombreux économistes pour éviter une contagion de la crise de la dette à d'autres pays comme l'Italie ou l'Espagne. 

Une des options sur la table consisterait à combiner ce qui reste du FESF aujourd'hui, soit autour de 250 milliards d'euros, à l'enveloppe prévue pour le MES, à savoir 500 milliards d'euros, soit quelque 750 milliards d'euros au total. Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, soutient cette formule.

• Un moyen indirect : réduire les taux d'intérêts des prêts publics

Pour parvenir à maintenir l'objectif de ramener ce ratio sans augmenter le montant des prêts des gouvernements qui refusaient de remettre la main à la poche, les ministres des Finances de la zone euro ont dû opter pour d'autres solutions. L'aide publique comme l'effort des banques privées créancières ont bien été augmentés, mais via un mécanisme indirect.

Cela passera par une réduction des taux d'intérêts sur les prêts consentis par les créanciers publics à la Grèce dans le cadre de son premier plan de sauvetage de mai 2010, et par une implication des banques centrales nationales de la zone euro dans l'effort.

• Une réaction : "inespéré" pour François Baroin

"C'est un très bon accord, parce qu'il permet de répartir équitablement le fardeau entre la partie européenne et la partie grecque, entre la partie publique et la partie privée", a réagi le ministre français des Finances François Baroin, à l'issue de cette réunion marathon avec ses homologues de l'Eurogroupe.

Le ministre parle d'un accord "inespéré" mais exclue l'idée d'une mise sous tutelle de la Grèce avec cet accord, bien que la surveillance de la mise en oeuvre des réformes soit renforcée. "La tutelle n'est pas un mot qui fait partie de notre vocabulaire. Un contrôle, un monitoring, un accompagnement, des conseils, un suivi, une poursuite de l'expertise par la troïka (Union Européenne/Banque Centrale Européenne/FMI), mais tutelle, en aucune façon".

De son côté, le premier ministre grec, Lucas Papademos, a déclaré : "Nous sommes très satisfaits", indiquant que le gouvernement était déterminé à appliquer les douloureuses mesures d'économie budgétaire.