Déficit à 3% en 2013 : l'objectif intenable de François Hollande

Promesse de campagne du président pour faire preuve de sérieux budgétaire, ramener le déficit français à 3% du PIB l'an prochain s'avère de plus en plus improbable. 

Le ministre de l\'Economie, Pierre Moscovici, et le chef de l\'Etat, François Hollande, dans la cour de l\'Elysée, le 25 août 2012.
Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, et le chef de l'Etat, François Hollande, dans la cour de l'Elysée, le 25 août 2012. (LAURENT ETIENNE / SIPA)

BUDGET – La France parviendra-t-elle, comme François Hollande s'y est engagé durant la campagne présidentielle, à ramener le déficit public à 3% du PIB l'an prochain ? Quelques jours après la présentation du projet de loi de finances pour 2013, les doutes se multiplient, chez les économistes comme au sein de la majorité socialiste. Et ces craintes ne risquent pas de se dissiper après la publication des nouvelles prévisions du Fonds monétaire international (FMI), mardi 9 octobre, qui s'attend à une aggravation de la crise en France, en Europe et dans le monde.

Le premier à avoir émis de sérieux doutes sur cet objectif n'est autre que le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, qui a jugé fin septembre que cette barre des 3% était "intenable", arguant qu'"on ne peut pas demander le même effort aux pays lorsqu'il y a la croissance et lorsqu'il n'y en a pas". Que cet objectif soit atteint "une année ou une autre année, ce n'est pas la question essentielle", a acquiescé le futur patron du PS, Harlem Désir. Sénateur et porte-parole du PS, David Assouline a lui aussi suggéré que "cette barre puisse être modulée, parce qu'elle peut empêcher la croissance".

Un numéro d'équilibriste 

Les économistes, de gauche comme de droite, ne disent pas autre chose. Pour atteindre les 3% de déficit en 2013, il faudrait en effet que la prévision de croissance du gouvernement - actuellement située à 0,8% - se révèle juste. Or, la plupart des spécialistes tablent désormais sur une croissance de 0,2%. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui mise sur une croissance nulle, souligne dans Le Monde que pour parvenir à 3% de déficit, "il faudrait un effort de 20 milliards d'euros en plus des 37 milliards déjà prévus". "Une folie", selon l'économiste Mathieu Plane, car une rigueur trop forte pourrait casser un peu plus la croissance, et donc augmenter le déficit, comme cela s'est produit en Espagne ou en Italie par exemple. 

Alors pourquoi François Hollande et Jean-Marc Ayrault refusent-ils de revoir le calendrier  de ces fameux 3% ? Pour une question de "responsabilité", d'"exemplarité", de "crédibilité", a répondu la semaine dernière le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici. Car s'il décide de repousser l'échéance, le gouvernement craint que les marchés financiers y voient un très mauvais signal. C'est ce qu'a expliqué en substance le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac : "Personne ne doit oublier que si la France ne respecte pas sa parole, c'est-à-dire n'atteint pas cet objectif de 3% de déficit public l'année prochaine, alors sa signature sera dévalorisée" et ses taux d'emprunt augmenteront.

Du coup, Paris aimerait que Bruxelles accorde un peu de souplesse aux capitales européennes, en raison de l'aggravation de la crise. Jérôme Cahuzac a ainsi expliqué qu'un débat au niveau européen sur la pertinence de la règle des 3% de déficit public en temps de crise était "souhaitable", tout en ajoutant dans la foulée que "la France ne demande rien" ! Un numéro d'équilibriste qui illustre parfaitement l'embarras qui secoue aujourd'hui l'exécutif.