Le casse-tête du coût du travail en France

Confronté à une crise sans précédent et à des plans sociaux en cascade, le gouvernement a fait de cette question une de ses priorités. Mais le diagnostic et les remèdes sont loin de faire l’unanimité.

Voitures en cours de construction, le 5 novembre 2008 à Sochaux (Doubs), sur une chaîne de montage de l\'usine PSA Peugeot Citroën.
Voitures en cours de construction, le 5 novembre 2008 à Sochaux (Doubs), sur une chaîne de montage de l'usine PSA Peugeot Citroën. (JEFF PACHOUD / AFP)

"Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe." Le président du directoire de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin, a relancé le débat sur cette épineuse question vendredi 13 juillet, au lendemain de l’annonce de la suppression de 8 000 postes dans le groupe automobile français. 

Les chiffres ne disent pas exactement la même chose. Selon l'institut Eurostat, la France arrive en 5e position derrière la Norvège, la Belgique, la Suède et le Danemark, avec un coût horaire moyen de 34,2 euros. L'Allemagne, elle, affiche un coût horaire de 30,1 euros. D’autre part, la perte de compétitivité de PSA est loin d’être uniquement liée à un coût du travail trop élevé, comme l’a expliqué à FTVi le consultant et analyste automobile Bertrand Rakoto. Un diagnostic partagé par le gouvernement et les syndicats

Il est toutefois admis, chez les économistes, comme dans la classe politique, qu’une diminution des charges qui pèsent sur les entreprises françaises est nécessaire. Le gouvernement s’est saisi de cette question, lors de sa conférence sociale. Mais le diagnostic et les remèdes prescrits sont loin de faire l’unanimité.

Qu’est-ce qui a alourdi le coût du travail français ?

L’augmentation et le vieillissement de la population française. Ce constat ne fait pas débat. Pour maintenir le niveau de protection sociale à la française avec un nombre croissant et vieillissant d’assurés, il a fallu augmenter les cotisations des entreprises. Selon un rapport du Trésor cité par Le Monde.fr, celles-ci représentent environ 43,75% du salaire brut en France.

Les 35 heures. Selon Michel Didier, président de l’institut d’études économiques Coe-Rexecode (classé à droite), elles ont participé au renchérissement du travail en diminuant sa durée légale tout en maintenant le niveau des salaires, ce qui a entraîné une augmentation du smic. De quoi expliquer, selon lui, l’évolution brutale du coût du travail en France par rapport à l’Allemagne. Selon l'institut de statistiques européen Eurostat, il a augmenté de 39,2% entre 2001 et 2011, contre 19,4% en Allemagne.

La mondialisation et la crise. Moins que les 35 heures, Jean-Luc Gaffard, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, classé à gauche), attribue à un autre phénomène ce poids du coût du travail en France. Il pointe l’affaiblissement de la demande globale ainsi qu'une concurrence exacerbée entre les entreprises et les Etats, dans un contexte de mondialisation et de crise économique. Avec ses besoins croissants en matière de protection sociale, liés au vieillissement mais aussi à la hausse du chômage, et un positionnement industriel moins compétitif, la France a perdu des parts de marché ces dernières années et le taux de marge de ses entreprises est au plus bas depuis vingt-cinq ans, comme le soulignent Les Echos. De quoi nuire à la capacité d’investissement et d’innovation des entreprises.

Qu’est-ce qui permettrait de l’alléger ?

Un transfert de charges vers les ménages. C’est la solution à court terme qui fait consensus. Les modalités, elles, font débat. L'idée d'un allègement des cotisations patronales compensé par une hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG), prélevée en partie sur les salaires, est étudiée par le gouvernement. La TVA "sociale" de Nicolas Sarkozy, dont l’entrée en vigueur était prévue au 1er octobre, devrait en revanche être remisée au placard car elle pénalise tous les consommateurs et présente un rendement moins intéressant que la CSG. Le Medef aurait souhaité une combinaison des deux. Et prône surtout une grande "concertation sur le financement de la protection sociale".

Un assouplissement des 35 heures et du droit du travail. A moyen terme, "il faut sortir sur la pointe des pieds du carcan des 35 heures", estime Michel Didier, en "replaçant la durée de travail dans les négociations d’entreprise". Ce qui est déjà plus ou moins le cas, selon Jean-Luc Gaffard, qui rappelle qu’"elles sont déjà été beaucoup assouplies". Une autre solution prônée par le patronat l’inquiète davantage : les réformes structurelles pour flexibiliser le marché et le droit du travail. "Le pouvoir de négociation des salariés va s’affaiblir, pénalisant les revenus des moins qualifiés. On risque une baisse des salaires net qui aggraverait la crise", s’alarme-t-il.

Une politique de relance européenne. C’est la position défendue par François Hollande mais aussi par l’OFCE à long terme. Selon Jean-Luc Gaffard, régler le seul problème du coût du travail en France ne suffit pas à relancer la compétitivité et donc l’emploi dans le pays. "Le problème est intra-européen. Les politiques d’austérité affaiblissent la demande et aggravent la crise." Si la demande est atone en Europe, y compris en Allemagne, première destination d’exportation de la France (consulter ce tableau de l’Insee), quid du commerce extérieur ? En 2011, il a atteint un déficit record de 69,6 milliards d’euros. Reste que sur ces questions d'austérité et de relance de la croissance, François Hollande et Angela Merkel ne parlent pas la même langue.