Alstom a-t-il été victime de déstabilisation par les Etats-Unis ?

Alors que les actionnaires d'Alstom doivent valider vendredi la vente de la branche énergie du groupe Alstom à l'américain General Electric, notre collègue de France Inter, Mathieu Aron, dévoile dans son émission "Secrets d'Info" une affaire de corruption qui aurait pu peser sur cette négociation.

(L'usine Alstom de Montoir de Bretagne à côté de Saint Nazaire. © Maxppp)

Les actionnaires d’Alstom doivent valider vendredi matin la vente de la branche énergie du groupe à l’américain Général Electric. Cette assemblée générale intervient au moment où l'on apprend qu’Alstom va devoir payer 700 millions de dollars à la justice américaine pour régler une affaire de corruption. Et notre collègue de France Inter, Matthieu Aron, se demande dans le cadre d'une enquête réalisée pour l'émission "Secrets d'Info", si ces ennuis judiciaires n’ont pas pesé sur la négociation avec Général Electric. 

Une négociation sous pression ? Les explications de Mathieu Aron de France Inter
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Il faut dire que l'affaire a de quoi éveiller la suspicion. En avril 2013, un haut dirigeant d'Alstom est interpellé aux Etats-Unis. Il va passer plusieurs mois dans une prison de haute sécurité pour avoir versé des pots de vin. Alstom est dans le viseur du FBI qui débloque des moyens considérables : une vingtaine d'enquêteurs et même un infiltré au sein d'Alstom qui siphonnent tous les mails internes. La pression est considérable.

Un timing intrigant

Le siège s'inquiète alors de savoir jusqu'à quel niveau de la hiérarchie peut remonter la justice américaine. Et c'est dans ce contexte qu'arrive l'offre de l'américain General Electric. Au cabinet d'Arnaud Montebourg, alors ministre de l'Economie, on s'est beaucoup interrogé sur ce curieux calendrier. Trois conseillers techniques ont été mobilisés sur cette question. Ils ont même pensé un moment activer les "grandes oreilles" des services secrets français pour savoir si Alstom n'était pas victime d'une tentative de déstabilisation.

D'autres politiques ont eux aussi des doutes comme Daniel Fasquelle, le vice-président UMP de la commission des Affaires Economiques de l'Assemblée nationale. Il se demande si Alstom, en vendant, n'a pas voulu se sortir d'un pétrin judiciaire. L'État avait âprement négocié avec les deux groupes au printemps pour défendre les intérêts stratégiques de la France, avant de donner début novembre son feu vert formel à l'opération soutenue par le principal actionnaire d'Alstom, le groupe Bouygues (environ 29%).