Disparition des insectes en Europe : un déclin "surprenant par son ampleur, et grave"

Selon Bernard Vaissière, ingénieur agronome à l'Inra, spécialiste des abeilles et de la pollinisation, le déclin des insectes "est réversible, mais il va falloir aller vite. Si on ne stoppe pas ce déclin, on va directement à la catastrophe".

Photo d\'illustration de papillons sur une fleur.
Photo d'illustration de papillons sur une fleur. (MAXPPP)
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franceinfoRadio France

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En moins de 30 ans, les populations d'insectes volants ont chuté de près de 80 % en Europe, révèle une étude publiée dans la revue scientifique PLOSONE et dont le journal Le Monde se fait l'écho. Les chercheurs ont analysé les données de captures d'insectes en Allemagne depuis 1989.

"C'est surprenant par l'ampleur", a réagi jeudi 19 octobre sur franceinfo Bernard Vaissière, ingénieur agronome à l'Inra, spécialiste des abeilles et de la pollinisation "On savait qu'il y avait un déclin des abeilles, on savait qu'il y avait un déclin sûr au niveau des papillons, mais au niveau de l'ensemble des insectes c'est quand même un peu surprenant surtout par l'ampleur du phénomène dans des zones protégées".

franceinfo : Quels sont les insectes concernés ?

Bernard Vaissière : Dans le cadre de l'étude réalisée, ce sont tous les insectes. Ils ont utilisé un système très performant qui permet de capturer pratiquement tous les insectes qui volent à proximité du sol, ce sont aussi bien des papillons, que des mouches, que des abeilles. (...) C'est une étude qui a été réalisée sur un grand nombre de sites. 26 ont été analysés de façon répétée dans le temps et donc c'est tout à fait représentatif, d'autant qu'ils ont travaillé sur des zones protégées. Donc ça n'a pas été fait au milieu des cultures.

Ce déclin est-il étonnant ?

Oui, dans une certaine mesure. On savait qu'il y avait un déclin des abeilles, on savait qu'il y avait un déclin sûr au niveau des papillons, mais au niveau de l'ensemble des insectes (...) c'est quand même un peu surprenant surtout par l'ampleur du phénomène. Dans des zones protégées, c'est ça aussi qu'il faut vraiment mettre en avant.

A quoi est-ce dû ?

Les auteurs ont pris grand soin de faire des analyses qui leur permettaient d'évaluer les différents facteurs qui pourraient mettre en relation le changement climatique, le changement d'utilisation des sols et ainsi de suite. Sur le changement climatique, il y a eu une augmentation de la température qui irait dans le sens d'une augmentation de la population d'insectes, mais ce qu'ils trouvent c'est complètement le contraire. Donc, la seule conclusion à laquelle ils arrivent, c'est que ça penche très fort vers un impact des zones cultivées sur cette baisse drastique des populations d'insectes (...) Les insectes sont victimes des produits, sont victimes d'un manque de nourriture. Dans nos campagnes, il n'y a plus beaucoup de zones fleuries.

Quel impact a ce déclin sur les écosystèmes ?

C'est grave à plusieurs niveaux parce qu'il y a beaucoup d'animaux qui se nourrissent d'insectes, mais aussi par rapport aux services écosystémiques qu'on attend, dont les humaines dépendent pour leur survie. Les insectes c'est la pollinisation, mais c'est aussi la dégradation dans l'environnement. Je pense que c'est réversible, mais il va falloir aller vite. Si on ne stoppe pas ce déclin, on va directement à la catastrophe.