JO 2021 : de l'émotion malgré le huis clos, Dressel nouvelle star, la détresse de Biles... Ce qu'on a aimé et moins aimé de la première semaine des Jeux de Tokyo

La première semaine des Jeux olympiques s'est achevée dimanche. Voilà ce que l'on en a retenu.

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Caeleb Dressel après sa victoire sur le 100m papillon lors des Jeux olympiques de Tokyo, le 31 juillet (JONATHAN NACKSTRAND / AFP)

On a aimé

Les bonnes surprises françaises

La première semaine de compétition a offert son lot de surprises côté tricolores. À commencer par la première médaille d'or française de ces Jeux, celle remportée par Romain Cannone à l'épée. Un sacre totalement inattendu pour l'escrimeur de 24 ans, numéro 47 mondial, qui s'est fendu d'un parcours parfait terminé en apothéose en finale face à Gergely Siklosi, numéro 1 mondial.

Après la deuxième médaille d'or française acquise par Clarisse Agbégnénou en judo - une consécration plutôt qu'une surprise - celle du duo Hugo Boucheron-Matthieu Androdias en aviron deux de couple a également fait sensation, 17 ans après le dernier titre français dans la discipline. Comme le sacre olympique de l'équipe de France mixte en judo, acquis face au Japon.

"Quaaaaaaaaaaaaaaand il me prend dans ses bras, il me parle tout bas, je vois la vie en oooooooooooooor". Pas vrai Hugo Boucheron et Matthieu Androdias, champions olympiques en deux de couple d'aviron. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Au moment de tirer un bilan de cette première semaine, comment ne pas évoquer également l'exploit de l'équipe de France de basket face aux États-Unis (83-76) ? Une victoire qui fait des Bleus le chat noir d'Américains promis au sacre olympique. À moins que les joueurs de Vincent Collet ne réalisent un nouvel exploit lors de la deuxième semaine, que la délégation française espérera une nouvelle fois riche en surprises.

Des émotions au rendez-vous

Oui, une forme de chauvinisme a pris le dessus lorsque l'équipe de France de basket est parvenue à renverser les États-Unis lundi. Et celle-ci s'est à nouveau manifestée quand les Bleues se sont inclinées en demi-finale du 3x3 face aux États-Unis (16-18), alors même qu'une erreur d'arbitrage manifeste a rebattu les cartes en toute fin de match. Mais au-delà d'une simple attitude pro-France, le fait est que ces Jeux olympiques nous offrent de belles émotions.

Avec le huis clos total annoncé quelques jours avant le début des JO, on pouvait s'attendre à s'ennuyer ferme sans les supporters et la fête qui font généralement la beauté des Jeux. Finalement, l'habitude - regrettable - d'enceintes vides, la passion pour le sport et cet événement international que sont les Jeux font mieux passer la pilule. Après une semaine de compétition, on a pu vivre des émotions en pagaille. Reste à voir ce que tout ça donnera en athlétisme en deuxième semaine, alors que les spectateurs font généralement partie du spectacle lors de ces épreuves.

L'épreuve du 10 000m dans le stade olympique de Tokyo, le 30 juillet (GIUSEPPE CACACE / AFP)

Le Japon souverain à domicile

Pouvait-il en être autrement ? En tant qu'organisateur des Jeux olympiques cette année, le Japon se devait de bien figurer. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les athlètes nippons répondent présents. Après une semaine de compétition, le Japon continue de tenir tête, au tableau des médailles, aux mastodontes olympiques chinois ou américains. Si le pays organisateur est aussi bien classé, c'est parce que ses athlètes réalisent des exploits totalement inattendus.

Avec 17 médailles d'or, la délégation japonaise a déjà battu son record de sacres olympiques obtenus lors des JO 1964 et 2004. Les neuf médailles d'or en judo - une de plus que le record des JO 2004 - ont bien aidé. Lors de cette première semaine, les Japonais se sont également aventurés en terrains inconnus, comme en escrime, avec le premier titre olympique dans leur histoire. À une semaine de la fin des épreuves, le Japon a déjà réussi ses Jeux.

Akira Sone a apporté l'une des médailles d'or au Japon en judo et pose ici avec sa breloque, le 30 juillet (JACK GUEZ / AFP)

Dressel et Titmus, nouveaux patrons des bassins

Depuis le début des épreuves de natation, on ne voit qu’eux, ou presque. Caeleb Dressel et Ariarne Titmus ont marché sur l’eau pendant l’ensemble de la première semaine, faisant d’eux les deux grandes stars des bassins à Tokyo. Dressel était déjà double champion olympique après ses deux médailles d’or à Rio en 2016 (4x100 m nage libre et 4x100 m 4 nages). Il compte désormais cinq titres olympiques avec ses victoires sur le relais 4x100 m nage libre, sur le 100 m nage libre et le 100 m papillon.

L’Américain de 24 ans pourrait ajouter une médaille d’or à son palmarès en cas de victoire sur le 50 m nage libre dimanche. Ariarne Titmus, de son côté, a dû s’arrêter à deux. L’Australienne de 20 ans a explosé aux yeux du grand public en dominant celle qui semblait pourtant intouchable, Katie Ledecky. Cette dernière a eu beau se venger en remportant le 800 m nage libre, Titmus a été redoutable, avec ses deux premiers sacres olympiques sur 200 m nage libre et 400 m nage libre. À noter les belles performances de sa compatriote Emma McKeon, déjà vainqueure de deux médailles d’or (relais 4x100 m nage libre et 100 m nage libre) et que l’on attend sur 50 m nage libre.

L'Australienne Ariarne Titmus tout sourire dans le bassin olympique du centre aquatique de Tokyo après son titre sur 200 m nage libre, mercredi 28 juillet 2021. (YOANN CAMBEFORT / DPPI via AFP)

La prise de parole d'Alana Smith

Cette première semaine des Jeux olympiques va également de pair avec le message important que Alana Smith avait à faire passer. La performance de l'athlète de 20 ans lors des épreuves de skateboard avait interloqué, certains remettant en question la légitimité de sa présence aux Jeux. Athlète non-binaire (qui ne se définit ni strictement homme, ni strictement femme), Smith a souhaité se justifier et l'on comprenait a posteriori, avec son message publié sur les réseaux sociaux, l'importance de cette participation aux JO et de sa prise de parole.

"Mon objectif en venant ici était de ressentir du bonheur et de représenter des humains comme moi. Pour la première fois de ma vie, j'éprouve de la fierté en regardant qui je suis aujourd'hui. J'ai choisi mon bonheur plutôt que la médaille. J'ai l'impression d'être à ma place depuis très longtemps", a expliqué Alana Smith, dont le message d'inclusion n'est pas passé inaperçu.

La performance d'Alana Smith lors des séries de skateboard aux Jeux de Tokyo avait interrogé, le 26 juillet 2021. (BEN CURTIS/ SIPA)

Ce qu'on n'a pas aimé

Les favoris français pas au rendez-vous

La première semaine a également été synonyme de désillusions côté français. À commencer par celle vécue par Teddy Riner, éliminé dès les quarts de finale et qui s'est tout de même consolé avec le bronze puis avec le titre par équipes. En VTT, la France pouvait envisager quatre médailles mais Pauline Ferrand-Prévot, Loana Lecomte, Jordan Sarrou et Victor Koretzky étaient loin du compte. Même constat amer en BMX, avec Sylvain André, Romain Mahieu et Joris Daudet présents en finale, mais loin du podium.

En triathlon, c'est Vincent Luis, un des favoris pour la médaille d'or, qui a déçu avec sa 13e place. La doyenne Mélina Robert-Michon (42 ans), de son côté, a été éliminée dès les qualifications en lancer du disque après avoir remporté l'argent il y a cinq ans à Rio. Énorme désillusion également en escrime chez les hommes, où les Français n'ont pas obtenu la moindre médaille par équipes, comme à Londres en 2012, et ce malgré l'or et l'argent remporté à l'épée et au fleuret à Rio. Si elle n'était pas favorite, difficile de ne pas évoquer le cataclysme vécu par l'équipe de France de football, humiliée par le Mexique (1-4) et le Japon (0-4).

Vincent Luis a terminé à une décevante 13e place lors du triathlon (BALLET PAULINE / KMSP)

La détresse de Simone Biles

Il s'agit très probablement de l'une des athlètes de cette première semaine. Et pourtant, Simone Biles n'aura pas passé longtemps sur les tapis du centre de gymnastique d'Ariake. En proie à des souffrances psychologiques en lien avec des souvenirs qui la hantent, la star américaine de la gymnastique artistique, championne olympique en titre et à favorite pour la médaille d'or à Tokyo, a fini par abandonner. Son corps, figé par son passé tourmenté, ne parvenait plus à répondre.

Son histoire touchante aura déclenché une vague de soutien à son égard, à l'instar des propos de Thomas Bach, président du Comité international olympique : "D'un côté, elle admet avoir des problèmes, ce qui est déjà courageux. Et en même temps, elle applaudit ses coéquipières et est présente pour soutenir celle qui lui succède au palmarès lors du concours général. (…) J'admire la manière dont elle gère la situation." Biles aura donc soutenu et félicité sa compatriote Sunisa Lee, vainqueure du concours général.

La gymnaste américaine Simone Biles déclare forfait pour le concours général individuel des Jeux de Tokyo. (LOIC VENANCE / AFP)

La poisse des Néerlandais en cyclisme

C'est ce qu'on appelle de l'auto-sabotage et la déception qui en a découlé a dû être immense. Dimanche et lundi dernier, les Néerlandais Annemiek van Vleuten et Mathieu van der Poel ont vécu deux mésaventures qui ont remis en cause leurs chances de titre olympique en cyclisme. Van Vleuten a été la première à connaître un problème et celle qui s'en sort le mieux, puisqu'elle a tout de même décroché la médaille d'argent.

Engagée sur la course en ligne, la Néerlandaise pensait remporter le titre olympique en franchissant la ligne. C'était oublier Anna Kiesenhofer, partie dans l'échappée et qui était déjà arrivée quelques secondes plus tôt. Une énorme bourde, moins douloureuse physiquement que celle de van der Poel. Malgré ses grandes chances de titre olympique en VTT, le Néerlandais a dû abandonner après une chute dès le premier tour. Chute provoquée par l'absence d'une planche sur le parcours à la réception d'un caillou et qui était présente lors de la reconnaissance. Si van Vleuten a pu se consoler en remportant l'or sur le contre-la-montre, van der Poel va très certainement ruminer cet échec pendant un bout de temps.

La chute de Mathieu van der Poel lors de la course olympique de VTT cross country, le 26 juillet 2021. (JASPER JACOBS / BELGA MAG)

La polémique autour du combat Ragan-Kistohurry

L'espace d'un instant, l'esprit olympique s'est retrouvé piétiné, jeté aux orties. Samedi dernier, lors de la première journée des JO, le Français Samuel Kistohurry s'inclinait en 16e de finale du tournoi de boxe dans sa catégorie (-57kg), face à Duke Ragan. Immédiatement après le combat, son adversaire américain lui a adressé un geste furtif ressemblant à deux doigts d'honneur. "L'Américain a refusé le combat, il n'était pas au niveau, ce n'est pas un boxeur de classe", a expliqué le Français dans la foulée.

Un geste qui n'a pas valu de disqualification à Ragan, encore engagé dans le tournoi. Mais l'image a fait le tour des réseaux sociaux et a valu son lot de critiques au boxeur américain, d'autant que l'arbitrage n'a pas été jugé au niveau lors de ce combat. Alors que la boxe se retrouve en sursis et pourrait disparaître lors des prochains Jeux olympiques, cette polémique a probablement desservi la discipline.

Le Français Samuel Kistohurry, en bleu, face à l'Américain Duke Ragan, en rouge, lors du tournoi olympique de boxe des Jeux de Tokyo, le 24 juillet 2021. (FRANK FRANKLIN II / POOL / AFP)

Un bilan mitigé pour les nouvelles disciplines

On s'attendait à des épreuves spectaculaires et une expérience télévisuelle à couper le souffle. Finalement, les trois nouvelles disciplines des Jeux olympiques qui ont lieu lors de cette première semaine ont globalement déçu. L'ennui guettait bien rapidement devant les compétitions de skateboard et de surf. En skate, la décontraction des athlètes et le format des épreuves ont parfois paru en décalage avec l'esprit olympique.

Du côté du surf, le spot choisi - à 100 kilomètres de Tokyo, sur la plage de Tsurigasaki - était loin d'être convaincant. Peu de public alors que celui-ci était autorisé, des petites vagues, un vent très fort... Les trois jours d'épreuve, de dimanche à mardi dernier, sont passés inaperçus. Finalement, le basket 3x3 est peut-être celui qui a le plus convaincu mais il reste forcément moins visible que le basket classique. La réussite de ces trois nouvelles disciplines est donc relative par rapport au rugby à 7, réintroduit en 2016 et qui a rapidement séduit. Reste à voir ce que donneront l'escalade et le karaté en deuxième semaine.

La Française Johanne Defay lors de la compétition de surf à Tsurigasaki, le 25 juillet (CURUTCHET VINCENT / KMSP)

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