JO 2022 : la bulle sanitaire, l’affaire Valieva, l'apothéose de Quentin Fillon Maillet... Ce qu'on a aimé et moins aimé des Jeux olympiques de Pékin

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De nos envoyés spéciaux à Zhangjiakou et Yanqing - Apolline Merle - Xavier Richard - Adrien Hemard - Vincent Daheron - franceinfo: sport
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Epreuve de skiathlon féminin, le 5 février 2022 au Genting Snow Park à Zhangjiakou, dans la province chinoise de Hebei. (OSPORTS / AFP)

Après quinze jours de compétition, les Jeux olympiques d'hiver de Pékin se sont refermés dimanche. L'heure est maintenant au bilan.

Les Jeux olympiques d'hiver de Pékin se sont achevés dimanche 20 février. Entre le contexte sanitaire très pesant, l'affaire Valieva, les grandes émotions que nous ont fait vivre les athlètes à l'image d'un Quentin Fillon Maillet, ou encore les boutiques souvenirs, nos envoyés spéciaux vous livrent leur ressenti sur ces quinze jours de compétition. Découvrez les coups de cœur et les coups de griffe de la rédaction de franceinfo: sport.

Ce qu'on a aimé

Les installations grandioses et l'accueil des bénévoles 

C'est l'une des premières choses qui a surpris en arrivant sur place : la beauté des installations sportives. Que ce soit à Zhangjiakou, Yanqing ou Pékin, l'ensemble des sites a reçu un chaleureux accueil de la part des athlètes, des staffs et des médias français. Que ce soient les pistes de ski alpin, le tremplin de saut à ski, le site du big air ou la piste de bobsleigh, les retours sont identiques. Jamais les athlètes n'avaient vu pareilles installations sur des jeux d'hiver.

Un bénévole des Jeux olympiques de Pékin indique le sens de la marche à l'aéroport de Pékin, le 1er février 2022. (AH)

Pour ce qui est du village, celui de Zhangjiakou a été construit sur le format d'une station de ski, ce qui tranche avec les barres d'immeubles de Pyeongchang d'il y a quatre ans. La petite touche de magie est offerte, à la nuit tombée, par la mise en lumière de quelques restes de la muraille de Chine, visibles depuis le site. Au-delà des installations, l'accueil des bénévoles a été parfait. Malgré leurs difficultés à communiquer en anglais avec les accrédités étrangers, ils les ont accompagnés avec gentillesse et bienveillance tout au long de la quinzaine olympique.

Le carton plein de Quentin Fillon Maillet

Si vous avez suivi un minimum les Jeux olympiques, vous n'avez pas pu passer à côté de Quentin Fillon Maillet. Le biathlète a été la véritable star tricolore de cette quinzaine olympique grâce à sa razzia de médailles. En six courses, "QFM" a récolté cinq médailles, devenant l'athlète français le plus décoré de l'histoire sur une édition des Jeux d'hiver. Avec deux titres olympiques en individuel, il a assumé son statut de meilleur biathlète de la saison. Il a aussi récolté trois médailles d'argent dont deux en relais.

Quentin Fillon Maillet sur le podium de la poursuite des Jeux olympiques de Pékin, le 13 février 2022. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

Avec cinq breloques sur 14, le Jurassien est impliqué dans 35% des médailles tricolores. Sa sérénité et sa confiance malgré l'enchaînement des courses ont impressionné tous les observateurs. De nombreux athlètes de la délégation française arpentaient d'ailleurs le site du biathlon lorsque la star française de ces Jeux s'y produisait. En récompense, le Franc-Comtois a été logiquement désigné porte-drapeau pour la cérémonie de clôture. 

L'émotion de Shaun White

C’était un atterrissage… humide. Un flot d’émotions a submergé Shaun White, le "Red Zeppelin" américain, après son troisième et dernier run en finale du halfpipe. La superstar du snowboard avait décidé de reprendre une dernière bouffée délirante au sommet de l’Olympe avant de se ranger des Jeux. Il a été servi avec une ovation d’un petit millier de personnes venues lui rendre hommage. En bas du tube, la "tomate volante" avait les yeux rouges. Et ce n’était pas seulement dû au froid.

Toutes les bonnes choses ont une fin, Shaun White, la légende américaine du snowboard a effectué son dernier run à Pékin dans un concours où il s'est classé au pied du podium. Une séquence émotion à ne pas manquer où l'Américain n'a pas pu retenir ses larmes.

Classé au pied du podium, une péripétie au regard de son immense palmarès (3 médailles d’or en 5 JO), White a transmis sa flamme et ses tricks à toute une génération de snowboardeurs (et de skateurs). Ils le lui ont bien rendu à travers le plus beau concours de l’histoire. "Trois sur cinq, ce n'est pas mal, a réagi l’Américain. Ces jeunes riders ont été sur mes talons tout ce temps-là. Les voir enfin me surpasser c'est, je pense, ce que j'ai toujours voulu au fond de moi : être enfin battu pour pouvoir partir sans me dire 'j’aurais pu le faire." 

Fontana, Wüst, les "mamies" font de la résistance

Participer aux Jeux, c’est comme boire dans une fontaine de jouvence. Chez certaines athlètes, l’âge ne semble pas avoir de prise.  C’est le cas de la patineuse de vitesse Ireen Wüst qui a ajouté deux nouvelles médailles à son immense palmarès à Pékin dont une en or sur le 1500 m, sa distance fétiche (3 titres). "ll y a quelque chose de magique qui m’arrive quand je dispute des Jeux", a expliqué la Néerlandaise. Avec 13 breloques olympiques, elle rejoint le Norvégien Ole Einar Bjoerndalen à la deuxième place des sportifs les plus médaillés de l’histoire des JO d’hiver, à deux unités de la fondeuse Marit Bjoergen (15).

C’est trois médailles de plus que la patineuse de short-track Arianna Fontana. L’Italienne en totalise 10 en cinq participations. Comme en 2018, elle a remporté l’or au 500 mètres. Une victoire contre le temps et… sa fédération qui voulait l’empêcher de participer à cause de la présence de son entraîneur de mari. En passant la ligne, Fontana a crié et levé le poing. "Je n’ai pas l’habitude de crier, c’était juste une façon de sortir toute cette colère", a lâché la Transalpine qui pourrait bien rempiler encore quatre ans jusqu’aux Jeux de Milan. Elle aura alors 35 ans.

Sofia Goggia, l’argent du courage

"J’aurais aimé être à 80% de mes capacités ! Sur 10, je donne une note de 5,5 à ma condition physique. Je ne peux pas plier le genou." Pour le courage et la motivation, c’est un 10/10 qu’on donne à "SuperSofia" Goggia. Il y a trois semaines, l’Italienne se tordait de douleur sur le ruban neigeux de Cortina d’Ampezzo. Un super-G, balayé par le vent, qui devait être une fête à domicile pour la reine de la vitesse et qui s’est transformé en cauchemar à cause d’une violente chute.

Revenue d'une terrible blessure, l'Italienne Sofia Goggia réussit l'exploit d'accrochée une très belle médaille d'argent.

Entorse du genou et petite fracture du péroné, le bilan médical aurait dû être sans appel. Pas pour la Bergamasque qui s’est lancée dans le plus difficile contre-la-montre de sa carrière. "Guidée par une sorte de lumière", Goggia était bien là le jour J pour la descente olympique. Même diminuée, elle n’a pas fait de la figuration, battue seulement de 16/100e par la Suissesse Corinne Suter.

Les émotions décuplées

Des larmes, beaucoup de larmes ont coulé pendant deux semaines à Zhangjiakou, Pékin ou Yanqing. Les athlètes ont souvent pleuré que ce soit après une victoire, un podium, une déconvenue ou sans raison apparente. Les JO, échéance souvent ultime pour les sportifs, représentent un travail de longue haleine et la récompense ou la déception ne sont que plus grandes. Le contexte sanitaire pesant et les restrictions que les athlètes se sont parfois imposées ont certainement décuplé les émotions.

Les larmes de Lucas Chanavat et Richard Jouve, éliminés en demies du sprint au ski de fond

On retiendra notamment la désolation de Tess Ledeux après la finale du ski slopestyle, l'immense tristesse des fondeurs Richard Jouve et Lucas Chanavat quelques minutes après les demi-finales du sprint, la grande émotion de Justine Braisaz-Bouchet sur la plus haute marche du podium. Parfois, l'armure des athlètes s'est aussi fendue à l'abri des caméras comme lorsque Emilien Jacquelin s'est effondré en zone mixte de presse écrite après l'individuel ou quand Anaïs Chevalier-Bouchet n'a pu retenir ses sanglots à l'issue de la mass start.

Ce qu'on n'a pas aimé

La bulle sanitaire angoissante

Au-delà des performances sportives, c'est bien la bulle sanitaire qui a marqué cette édition 2022 des Jeux olympiques. La politique des organisateurs n'étant rien d'autre que de viser le "zéro covid".

À bonne distance des hockeyeuses, les "minions" de Pékin s'offrent un rare moment de détente pour admirer le match, derrière leurs visières de plexiglas. L'autre grand défi de ces olympiades est d'éviter toute propagation du Covid-19. La Chine a mis au point un protocole sanitaire dantesque et créé une bulle tout autour des structures olympiques... et de leurs bénévoles. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Tests PCR buccaux quotidiens, restrictions des déplacements, port du masque FFP2 obligatoire en permanence, séparation des accrédités du reste de la population locale, le covid s'est largement immiscé dans la fête des Jeux olympiques, cassant ainsi parfois tout moment de convivialité. Toutefois, bien que la bulle ait été stricte et angoissante, les organisateurs chinois sont malgré tout parvenus à organiser de beaux Jeux, qui n'ont pas manqué de magie sportive.

Le froid

Tout le monde était prévenu depuis des mois du froid polaire qui attendait les accrédités à Zhangjiakou et à Yanqing. Comme prévu, les températures étaient glaciales dans la bulle olympique. A Zhangjiakou, le mercure est resté inlassablement bloqué dans le négatif avec des températures souvent comprises entre -5° C et -20° C. Le ressenti a parfois approché les -30° C lorsque le vent s'invitait.

Un caméraman tchèque en short, malgré les températures glaciales, lors des Jeux olympiques d'hiver de Pékin. (AJ)

Sur les sites, s'aventurer sans bonnet relevait de l'audace (voire de la folie) tandis que sortir les mains des gants pour consulter son téléphone vous glaçait les doigts pour de longues minutes. L'attente en zone mixte, dans le froid et le vent, a parfois été interminable. Il ne serait pas étonnant que quelques orteils soient retrouvés sur les différentes installations olympiques... On notera tout de même la bravoure de ce caméraman tchèque en short pendant toute la quinzaine.

L’affaire Valieva

Une nouvelle tempête a secoué le patinage artistique aux Jeux olympiques. Dans l’œil du cyclone, la prodige russe de 15 ans Kamila Valieva, positive à la trimétazidine, un produit pour soulager les angines de poitrines. Le test a eu lieu le 25 décembre lors des championnats de Russie mais son traitement par les instances antidopages a trop traîné si bien que la Russe n’a pas été inquiétée avant le début des JO. C’est bien là le noeud du problème puisqu’elle a pu participer - et gagner - la médaille d’or par équipes. Valieva y a pris une part prépondérante en réalisant deux quadruples sauts, du jamais vu aux Jeux.

Kamila Valieva, jeune patineuse russe âgée de 15 ans, est suspectée de dopage. La médaillée d'or à l'épreuve mixte de patinage artistique est accusée d'avoir été positive à la trimétazidine. Une situation complexifiée par son âge.

L’or mais pas de podium car déjà bruisse son contrôle positif, finalement confirmé le 11 février. Autorisée à poursuivre la compétition en individuel par le Tribunal arbitral du sport, la Russe se retrouve au centre d’un imbroglio politico-sportif qui la dépasse. En tête du programme court, la patineuse craque sur le libre avec plusieurs chutes. Le podium lui échappe (4e). Une nouvelle médaille embarrassante en moins pour le CIO... Cela n'empêche pas le président de l'instance, Thomas Bach, de charger l'entourage de la Russe pour son manque de soutien.

Les boutiques souvenirs

Voyager jusqu'en Chine et ne pas pouvoir se promener sur la Grande muraille (pourtant visible depuis les sites) ou dans la Cité interdite, c'était le prix à payer pour avoir le privilège d'assister à ces Jeux olympiques d'hiver de Pékin. Pour ramener un souvenir de ces JO, il fallait donc passer par la case boutique officielle de Beijing 2022. Sauf que rien ne s'est passé comme prévu dans ces échoppes aux rayons désespérément vides.

Pour avoir le bonheur de mettre la main sur la peluche Bing Dwen Dwen (le panda mascotte des Jeux), il fallait se lever tôt pour faire plusieurs heures de queue avant même l'ouverture des boutiques. Avec souvent le risque de repartir bredouille, face à un approvisionnement qui a contraint les vendeurs à limiter la vente à deux articles par personnes. Pas de stock, pas de cadeaux à ramener aux proches, pas de Bing Dwen Dwen : le merchandising de ces Jeux est assurément le plus grand flop de la quinzaine olympique, même devant Mikaela Shiffrin.

L'ambiance en tribunes

Sans spectateurs étrangers à cause de la pandémie de Covid-19, ces JO d'hiver 2022 s'annonçaient forcément particuliers. Et ce même si les organisateurs ont tout fait pour garnir les tribunes à hauteur des jauges établies par les autorités locales. Mais dans un pays à la culture ski en pleine construction, l'ambiance dans les gradins a souvent paru en décalage avec le spectacle sous les yeux. Un exemple parmi tant d'autres : les tribunes désertes pour le slalom messieurs, pourtant incroyablement indécis cette année.

Animées par des bénévoles des Jeux qui montraient au public quand agiter les drapeaux, les travées ont aussi été victimes du froid polaire. En vérité, il n'y a que lors des passages d'athlètes chinois qu'elles s'enflammaient, comme sur la mass start masculine lors des tirs de Fangming Cheng, pourtant largué par le reste de la course. Ou évidemment à la moindre apparition de la star des Jeux, Eileen Gu, qui provoquait à elle seule des mouvements de foule et des acclamations dignes d'un but en finale de Ligue des champions. Seule journée notable : celle des adieux de Shaun White.

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