JO 2021 : "C'est un ascenseur émotionnel incroyable", confie Kevin Mayer, médaillé d'argent au décathlon

Cinq ans après les JO de Rio, le décathlonien, vice-champion olympique en titre, diminué par un lumbago, a réalisé une très bonne deuxième journée pour décrocher l'argent à Tokyo, derrière l'intouchable canadien Damian Warner.

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Kevin Mayer était cinquième du décathlon tokyoïte après la première journée d'épreuves, mercredi 4 août. Diminué par un lumbago, le recordman du monde s'est arraché, battant notamment son record personnel au javelot, pour obtenir l'argent, sa deuxième médaille après Rio.  (ANDREJ ISAKOVIC / AFP)

"Cette médaille reflète la force mentale que j'ai eue pendant ces deux jours", réagit Kevin Mayer après avoir décroché l'argent au décathlon, avec 8 726 points. Le recordman du monde de la discipline, handicapé par un lumbago durant la première journée d'épreuves, mercredi 4 août, a retrouvé son niveau habituel le lendemain, battant notamment son record au lancer du javelot (73,09 mètres). Battu de loin par son grand rival, le Canadien Damian Warner, quatrième seulement à franchir la barre mythique des 9 000 points, avec 9 018 points, le Français est allé au bout de lui-même pour devancer l'Australien Ashley Moloney, en bronze. La médaille du courage et de l'abnégation, alors qu'il n'était "même pas sûr de pouvoir débuter le décathlon", déclare-t-il à franceinfo.

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franceinfo : Vous avez réussi à décrocher l'argent, alors que vous étiez mal parti en début de décathlon...

Kevin Mayer : J'ai été au bord du précipice jusqu'à la fin. Les deux seules épreuves où j'ai réussi à m'en sortir sont celles où on n'était pas en sprint, à fond, à savoir le saut en hauteur et le lancer du javelot. Là, j'ai montré mon vrai potentiel, sans trop de gêne. Pour le reste, c'était juste faire sans trop de plaisir. Heureusement qu'il y avait ces deux épreuves où j'ai pris mon pied à 100%. Le reste, c'était le faire parce qu'il fallait le faire, parce que j'étais aux Jeux, parce que j'ai la chance d'être là.

"Je prends un énorme plaisir à faire le décathlon. Là, j'étais à 95% de mes moyens. Je n'ai pu être à 100% nulle part."

Kevin Mayer, vice-champion olympique du décathlon

à franceinfo

La vraie fierté que j'ai, c'est d'avoir réussi malgré cela, à faire médaille d'argent. C'est cela qui rend toute la valeur à ce que je viens d'accomplir.

Croyiez-vous, avant le début de vos épreuves, que vous pourriez accrocher cette médaille d'argent, en raison de votre dos bloqué ?

Je n'étais pas sûr de pouvoir débuter le décathlon. Et puis, j'ai regardé épreuve après épreuve, je n'arrivais pas à me projeter. Je me disais que ça pouvait se finir à n'importe quelle épreuve. Donc d'arriver à la fin du 1 500 mètres, la dernière épreuve, avec une médaille d'argent, c'est un ascenseur émotionnel qui est juste incroyable.

Vous veniez chercher l'or à Tokyo, après l'argent à Rio, vous qui êtes recordman du monde. Êtes-vous un peu déçu ?

Venir chercher l'or, je ne l'ai jamais vraiment dit, parce que c'est du décathlon. Même si tu enchaînes les dix épreuves proches de ses records [celui du champion olympique, son grand rival, le Canadien Damian Warner, vainqueur avec 9 018 points], c'est quasiment impossible de le battre. Je ne l'ai fait qu'une fois, quand j'ai battu le record du monde du décathlon [9 126 points à Talence, le 16 septembre 2018]. C'est très, très, très rare. Il ne faut jamais prendre comme acquis un bon décathlon, parce que depuis mon record du monde, je m'en rends compte.

Comment avez-vous vécu ce décathlon, avec cette blessure ?

C'était amer au début, parce que je ne pensais pas pouvoir faire une médaille. Ma motivation première pour m'entraîner tous les jours et venir à ces compétitions, ce n'est pas vraiment les médailles. C'est le plaisir que j'ai à le pratiquer. Je n'ai jamais rechigné à aller sur les stades d'athlétisme parce que je kiffe pratiquer l'athlé. Mercredi et jeudi, j'étais très déçu parce que je n'aimais pas faire cet athlé-là, je ne pouvais pas m'exprimer à 100%. Heureusement, il y a eu le saut en hauteur et le javelot.

"Cette médaille reflète un peu la force mentale que j'ai eue pendant ces deux jours, parce que c'était horrible de A à Z."

Kevin Mayer, vice-champion olympique du décathlon

à franceinfo

Cette médaille d'argent, celle de l'abnégation, du courage, vous donne de l'espoir pour la suite ?

Je me rends compte de l'énorme potentiel que j'ai encore aujourd'hui. Comme je l'ai dit, je n'ai pu m'exprimer qu'à la hauteur et au javelot. Et maintenant, ce qu'il faut vraiment qu'on fasse, avec mon staff, c'est qu'au fur et à mesure des petites blessures que je peux avoir, des petites contre-performances que je peux faire, il faut se rendre compte que c'est de l'expérience engrangée. Et l'expérience en décathlon, c'est le plus important. Je suis de moins en moins blessé, à part ce vieux lumbago que je me suis fait il y a une semaine. Je n'ai plus mal au genou, je n'ai plus mal au tendon d'Achille [il avait dû déclarer forfait, blessé, au décathlon des Mondiaux de Doha, en 2019]. Je n'ai plus mal nulle part. Je pense que ça ne demande qu'à sortir, et quand ça sortira, franchement, ça fera plaisir.

"C'est un ascenseur émotionnel incroyable", le décathlonien Kevin Mayer arrache la médaille d'argent au courage - Au micro de Jérôme Val
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