Roland-Garros 2022 : comment Coco Gauff vise les titres à la fois en simple et en double

Coco Gauff dispute samedi sa première finale de Grand Chelem à Roland-Garros en simple et va enchaîner dimanche avec la finale du double dames. Entre fatigue accumulée, enchaînement et gestion de la récupération, réaliser le doublé lors d'un même Grand Chelem est un exercice d'équilibriste.

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Coco Gauff au service contre Sloane Stephens, en quart de finale dames de Roland Garros, le 31 mai 2022. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Jouer, littéralement, sur les deux tableaux. C'est le défi que relève Coco Gauff, 18 ans et 23e au classement WTA. L'Américaine dispute samedi 4 juin, à Roland-Garros, sa première finale en carrière sur un Grand Chelem. A peine 24h plus tard, elle disputera également la finale du double dames, après s'être qualifiée vendredi avec Jessica Pegula. Viser le titre en simple et en double en Grand Chelem est une gageure aux accents herculéens. 

Certains ont pourtant fait de ce tour de force leur marque de fabrique : Serena Williams, Mary Pierce ou encore John McEnroe. Mais ils ne sont qu'une poignée à avoir réussi le pari de remporter deux trophées sur le même Grand Chelem. A Roland-Garros, ils sont neuf : sept chez les femmes (dont l'année dernière la Tchèque Barbora Krejcikova), deux chez les hommes.

Un défi physique

Pour bien saisir la dimension de l'exploit, revenons quelques jours en arrière. Mardi, tout sourire sur le court Philippe-Chatrier, la jeune femme a décroché sa première demi-finale en Grand Chelem. Il ne lui a fallu qu'une heure et demie pour venir à bout de sa compatriote Sloane Stephens (7-5, 6-2). Un événement à peine savouré par la prodige d'Atlanta.

"Je travaille vraiment très dur, hors du court, pour préparer ces moments où les matchs s'enchaînent."

Coco Gauff

franceinfo: sport

Deux heures se sont écoulées et Coco Gauff est déjà de retour sur les courts. Aux côtés de Jessica Pegula, la jeune femme ne laisse transparaître aucun signe de fatigue face à la paire Hradecka-Mirza. En 1h30, l'affaire est bouclée et la qualification pour les quarts, prévus dès le lendemain, assurée. Pour un total de trois matchs disputés en l'espace de 24 heures. Un mirage ? Surtout du travail. "Physiquement, je travaille énormément hors saison, je fais du cardio, de l'endurance. Donc cela n'a jamais été un problème d'enchaîner les matchs", explique l'intéressée, après trois heures de jeu cumulées sur la même journée. Avant elle, d'autres l'ont expérimenté, dont les soeurs Williams, aux côtés desquelles se trouvait Florian Patalagoïty, ancien kiné des deux Américaines.

"Le pire scénario, ce sont les deux matchs le même jour. Vous devez vous donner à 100% sur un court puis, à peine la pression retombée, vous devez vous relancer à nouveau. Il est beaucoup plus facile d’attendre le lendemain car les joueurs ont l’habitude de jouer tous les jours pendant les tournois."

Florian Patalagoïty, ancien kinésithérapeute des sœurs Williams

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Pour comprendre ce tour de magie, c'est donc du côté des kinésithérapeutes qu'il faut se tourner. S'aligner en double présente des avantages : travail des points techniques (service, jeu vers l'avant, volée), réglage des sensations, gain de confiance ou encore manne financière importante. "Mais un Grand Chelem est toujours un moment d’une rare intensité. Les crampes et les courbatures explosent lors de ces grands rendez-vous. Il faut donc bien gérer sa récupération et ne pas laisser trop d’énergie sur le court pour ne pas pénaliser ses chances en simple", nuance Florian Patalagoïty, fondateur de Fizyou, une application sport santé en entreprise.

"Après le match, la récupération commence dans les minutes qui suivent : collation, récupération active sur le vélo et débrief du match avec le coach. Puis, on mobilise les articulations une à une. Et, enfin, on rentre à l’hôtel pour démarrer les massages et les soins, parfois longs." 

Florian Patalagoïty, kinésithérapeute

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Mais parfois, comme pour les quarts de finale de Coco Gauff, le planning dicte sa loi : "Quand les matchs s’enchaînent, il y a deux stratégies selon le temps dont on dispose : soit garder le corps sous tension, comme s’il s’agissait d’une seule et même session longue. Ou alors, le faire couper complètement en activant les systèmes de récupération : massage, étirements, puis à nouveau un bon échauffement", énumère Florian Patalagoïty.

Ce kiné est passé maître dans l'art de jongler entre les tableaux simples et doubles. Pas le choix quand on est le préparateur-réparateur des sœurs Williams, titrées ensemble à 14 reprises en Grand Chelem en double dames (4 Open d'Australie, 2 Roland-Garros, 6 Wimbledon et 2 US Open) mais aussi sacrées individuellement en Grand Chelem, 23 fois pour Serena et 7 pour Venus.

Venus et Serena Williams célèbrent leur titre en double à Wimbledon après avoir battu en finale Timea Babos et Yaraslava Shvedova, le 9 juillet 2016. (LINDSEY PARNABY / ANADOLU AGENCY)

"Grâce à leur filière de jeu et à leur puissance sur le court, les sœurs Williams bouclaient en général leur match sur des temps courts. Elles dépensaient moins d’énergie et pouvaient se permettre de récupérer plus vite, comparé à beaucoup d’autres joueuses", se remémore Florian Patalagoïty, qui accompagnait Serena Williams à Wimbledon en 2016. La joueuse avait alors réalisé un doublé : titrée en simple, face à Angelique Kerber, et en double, avec sa sœur, contre la paire Babos-Shvedova.

Une source d'inspiration pour Coco Gauff, qui s'entraine également dans l'Académie de Patrick Mouratoglou, et est souvent comparée à son idole Serena Williams. Cette année, la jeune femme n'a perdu aucun set en simple à Roland-Garros et a expédié ses matchs dans des temps records (sept heures de jeu cumulées en simple). Idéal pour conserver ses forces pour aller au bout des deux tableaux.

Privilégier le tournoi simple ?

On pourrait se demander si, concentrée sur sa toute première finale en Grand Chelem, Coco Gauff ne laisserait pas de côté le double. Préparation, match, conférence de presse, se présenter sur deux tableaux multiplie, voire disperse, les efforts. Ce serait se méprendre. "Je me donne à 100 % pour tous les matchs. Mon intention, en m'inscrivant, c'est de faire de mon mieux pour gagner les deux. Je suis vraiment habituée à jouer jusqu'à trois matchs par jour ! Ce n'est pas un problème pour moi", rétorque la jeune femme.

"Si je ne pouvais pas me donner à 100 % en simple et en double, je ne jouerais pas le double."

Coco Gauff

en conférence de presse

Si l'effort du double, avec un demi-terrain à couvrir et un jeu technique au filet, est moins énergivore, la fatigue en Grand Chelem est vite décuplée. "Les matchs ne sont pas contrôlés comme des entraînements, et ils peuvent mettre le corps à rude épreuve. Il suffit que le match en simple ait été dur pour que la journée devienne éprouvante", explique Florian Patalagoïty. En 2021, la jeune Américaine en avait fait les frais. Finaliste du double dames de l'US Open avec Catherine McNally, sa meilleure performance en double, elle s'était en revanche inclinée dès le deuxième tour du tableau simple. Courir deux lièvres à la fois n'est pas chose aisée.

Pas (ou peu) de doublé chez les hommes

La performance reste du domaine de l'exceptionel. Depuis l'ère Open, seulement sept joueuses sont parvenues à réaliser le doublé à Roland-Garros. Parmi elles, Barbora Krejcikova, en 2021, qui avait mis fin à une disette longue de 21 ans porte d'Auteuil.

Chez les hommes, en revanche, ils ne sont que deux à avoir réalisé le doublé simple-double : l'Australien Ken Rosewall, en 1968, et le Russe Ievgueni Kafelnikov, en 1996. Le champion de l'exercice demeure John McEnroe, par cinq fois adoubé sur le simple et sur le double en Grand Chelem, à Wimbledon (1981, 1983, 1984) et à l'US Open (1979, 1981), mais jamais sur terre battue.

Les trois sets gagnants tendent à offrir de longs matchs chez les hommes, tandis que les femmes demeurent sur un format de deux sets gagnants, comme en tournois. Le quart de finale Rafael Nadal-Novak Djokovic, mardi 31 mai, après 4h12 d'intense combat, en est la parfaite illustration. La surface lente de la terre battue n'arrange rien, tout comme les évolutions du jeu, devenu plus physique et exigeant. Avec un temps de récupération limité, la participation des cadors du tournoi simple sur le double est donc rendue difficile, voire impossible. 

Pas de doublé donc pour Casper Ruud, Rafael Nadal ou Alexander Zverev. Pour Coco Gauff, en revanche, il est possible de rêver.

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