Formule 1 : Max Verstappen, l'aplomb transformé en or

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France Télévisions
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Max Verstappen posant à côté de son portrait, le 8 juin 2018 avant le Grand Prix du Canada.  (MARK THOMPSON / GETTY IMAGES)

Souvent critiqué à ses débuts pour son agressivité, sur et en dehors de la piste, le jeune Néerlandais a mûri pour décrocher son premier titre de champion du monde. 

"Pourquoi ne pas continuer alors qu'il y a encore tellement de gens à décevoir ?" Cette phrase de l'écrivain Emil Cioran, Max Verstappen, sacré dimanche 12 décembre champion du monde de F1 après une course invraisemblable, pourrait la faire sienne. Depuis son arrivée dans le paddock, le Néerlandais irrite autant qu'il fascine. Des détracteurs, il en aura toujours. Et non seulement il s'en fiche, mais en plus il se nourrit de l'antipathie qu'il peut parfois susciter. "Certains pilotes sont comme ça. Quand ils sont un peu énervés, ils deviennent meilleurs". Ainsi parle Max Verstappen. Ainsi est Max Verstappen. 

Il est de ces personnes à part, sur qui glisse toute forme de critiques. "Seule l'opinion de mon père compte", assène Max. "Le reste ce n'est que du vent". Le paternel, Jos, ancien pilote de Formule 1 (entre 1994 et 2003), n'était déjà pas réputé pour son sens de la diplomatie dans le paddock. Le fils a poussé l'arrogance dans le compte-tours. De son père, donc, et de sa mère, elle-même championne de karting, Verstappen a hérité de ce côté parfois hautain et froid des Bataves qui irritent nos poils latins. Mais il a surtout hérité d'un fameux coup de volant. 

Un as dans un jeu de kart

C'est bien simple, Max Verstappen a gagné tout ce qu'il était possible de gagner ou presque dans les catégories de karting. Comme certains des plus grands avant lui (Senna, Schumacher, Hamilton), c'est par cette voie qu'il se fait connaître. D'abord considéré comme un "fils de", comme Damon Hill, Jacques Villeneuve ou Nico Rosberg, Max prouve que sa place ne doit rien au piston. Les pistons, il les harcèle plutôt ensuite en Formule 3 où une saison lui suffit pour se révéler et lui ouvrir le pinacle de la sacro-sainte F1. Repéré et couvé par Red Bull, qui l'incube dans le baquet de sa filiale Torro Rosso, il bat tous les records de précocité en devenant le plus jeune pilote à prendre le départ d'un Grand Prix, à Melbourne en 2015. Il a alors 17 ans et 166 jours. 

A l'époque, déjà, des voix s'insurgent. "Je pense que Max est une insulte. Red Bull réalise-t-il qu'il met un enfant en Formule 1 ?" peste Jacques Villeneuve. Le Grand Prix d'Australie, et ceux qui suivent, se chargeront de donner tort au Canadien. Le talent est évident, manifeste. À chaque course ou presque, le Hollandais volant établit une nouvelle référence (plus jeune pilote à marquer des points, plus jeune leader d'un championnat du monde, plus jeune vainqueur d'un Grand Prix...) Mais ces performances, aussi éblouissantes soient-elles, ne vont pas sans quelques bavures. Et plutôt pas très discrètes.

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De bruit et de fureur 

La liste des incidents impliquant Max Verstappen est aussi volumineuse que son pays est plat. Parfois, le Néerlandais donne l'impression d'être un chien dans un jeu de quilles. Dès sa cinquième course, il envoie dans le décor Romain Grosjean qu'il accusera, avec tout l'aplomb de ses 17 ans, "d'avoir freiné trop tard". Le sage Felipe Massa est le premier à déceler la fougue mal maîtrisée du rookie et le qualifie de "dangereux".

Sainz en Hongrie, Räikkönen en Belgique, Rosberg au Mexique... Ils tâteront tous de la fureur Verstappen. C'est à cette époque qu'il hérite de ce surnom de "Mad Max" qui lui colle toujours à la combinaison ignifugée. Il faut dire que, comme Mel Gibson dans le film éponyme, le garçon est un rebelle. Taiseux et solitaire. 

"J'en ai marre que l'on me dise que je dois changer mon approche de la course", répondait-il ainsi à ceux qui critiquaient son impétuosité. Voire son égo. Car l'homme n'est pas franchement modeste. Appelez ça suffisance ou confiance en soi, comme vous voulez. Mais, pour déclarer qu'à voiture égale, il roulerait deux dixièmes au tour plus vite que Lewis Hamilton, il faut tout de même un certain cran. Cet aplomb se traduit aussi dans son pilotage, parfois à la limite, mais là encore Verstappen se défend. Comme sur la piste où il est certainement l'un des pilotes les plus coriaces à dépasser. "Doubler est un art, mais résister en est un autre" dit-il.

Les chiens fous devenus lions

Pourtant, malgré toutes ces provocations, le pilote Red Bull a su mettre de l'eau dans son vin pour réaliser, et de loin, sa saison la plus aboutie. Bien sûr, cela a encore chauffé à plusieurs reprises - on ne transforme pas un pur sang en cheval de trait - et notamment avec Lewis Hamilton cette saison. Le point culminant fut atteint à Monza quand la monoplace du Néerlandais percuta la Mercedes du Britannique avant de littéralement décoller au dessus d'elle dans ce qui restera sans doute l'image de l'année en F1. 

Le crash entre la Mercedes de Lewis Hamilton (à g.) et la Red Bull de Max Verstappen (à dr.) lors du Grand Prix de Monza en Italie, le 12 septembre 2021. (ANDREJ ISAKOVIC / AFP)

Cela a encore chauffé, pour ne pas dire plus, lors de l'avant-dernier grand prix de la saison en Arabie Saoudite. "Ce gars est fou" a hurlé à la radio Lewis Hamilton après que le pilote Red Bull a coupé une chicane puis fait un "break test" entraînant la colision des deux monoplaces...

Mais s'il a encore flirté avec le rouge, le Batave est cette fois passé "à l'Oranje", comme en ont témoigné les ultimes passes d'armes à Abu Dhabi. En cela, il s'est rapproché des deux plus célèbres chiens fous de l'histoire de ce sport, Ayrton Senna et Michael Schumacher. Comme Verstappen, le Brésilien et l'Allemand s'étaient attirés les foudres du paddock à leurs débuts en ne respectant pas l'ordre établi et en édictant le "ça passe ou ça casse" comme unique règle de conduite sur la piste. Comme eux, le nouveau champion du monde n'accepte pas la muselière. 

Avec l'âge, ses deux aînés avaient appris à maîtriser leurs émotions pour empiler les couronnes, quand bien même elles sont parfois accompagnées de quelques épines. Max Verstappen est désormais sur cette voie. Même si, dans une ultime bravade, il déclare : "Quand je conduis, je veux toujours me fier à mes c... A la fin, c'est ce qui fait les grands pilotes, non ?"  

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