César 2021 : pourquoi la cérémonie de vendredi marque un tournant après la crise au sein de l'Académie

Cette édition 2021 se déroulera en "hommage à ceux qui, au cours de l'année 2020, auront sorti leurs films malgré les incertitudes et les obstacles", et sera placée sous le signe de la cause féminine, suite à la polémique Polanski.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Marina Foïs, maîtresse de la 46e cérémonie des César (2021). (SABINE VILLARD / CANAL+)

Après le tsunami qui a bouleversé les César en 2020, et la fermeture des cinémas sur la quasi-totalité de l’année suite à la pandémie, l’édition 2021 du vendredi 12 mars suscite de nombreuses attentes. Cérémonie "hommage à ceux qui, au cours de l'année 2020, auront sorti leurs films malgré les incertitudes et les obstacles", sous quels augures se déroulera cette 46e "fête du cinéma français" ?

La crise de 2020

Suite à l'attribution, vendredi 28 février 2020, du César de la meilleure réalisation à Roman Polanski pour le film J'accuse, la crise éclatait de plus belle au sein de L'Académie des arts et techniques du cinéma qui décerne les César. Le départ fracassant de l'actrice Adèle Haenel de la salle Pleyel au moment de l'annonce de la récompense décernée au réalisateur franco-polonais "est venu acter (une) fracture profonde dans le milieu du cinéma français", écrivait Le Monde.

Plusieurs professionnels ont également fustigé un règlement de l'Académie interdisant de cumuler le César du meilleur film et celui de la meilleure réalisation. D'autres attendaient de la réforme davantage de transparence, de démocratie, de parité et de diversité dans les instances dirigeantes et parmi les votants, ce qui pourrait avoir un effet sur les votes. L'Académie des César était en fait secouée par une grave crise depuis plusieurs semaines, qui avait conduit, mi-février 2020, à la démission en bloc de son conseil d'administration, présidé depuis 2003 par Alain Terzian.

L'implosion est survenue sous la pression d'une tribune où 400 personnalités du cinéma français (ils étaient 200 au départ) dénonçaient dans Le Monde "une opacité des comptes", un fonctionnement obsolète de "cooptation", et en appelaient à une "refonte en profondeur des modes de gouvernance de l'association", pour le critique Jean-Michel Frodon sur Slate.fr. Selon lui, les César ne faisaient "que réfracter la réalité d'un monde inégalitaire".

Les conséquences de la crise

Suite à la crise, le 26 février, la productrice Margaret Menegoz, membre du bureau sortant, était nommée présidente par intérim dans l'attente d'une assemblée générale extraordinaire le 16 mars qui aura finalement lieu le 9 juillet à la suite du premier confinement en France.

L’Académie fait alors peau neuve avec de nouveaux statuts votés par les 45 administrateurs des César au cours d'une assemblée générale extraordinaire, inaugurant un système de vote qui instaure, selon Margaret Menegoz, "plus de diversité, plus de parité, et plus de démocratie" afin de renforcer l’implication de ses 4 600 membres qui déplorent n’avoir "aucune voix au chapitre" dans les décisions de leur organisation.

Il est décidé que ses membres éliront en septembre leurs représentants à l'assemblée générale dans 21 branches professionnelles, des interprètes au maquilleurs, des réalisateurs aux exploitants de salle, des éclairagistes aux décorateurs. 170 personnes seront élues pour quatre ans, avec un nouveau conseil d’administration d'une cinquantaine de membres de tous les secteurs de la profession, dont 50% de femmes.

L’Académie des César remaniée

Le 16 septembre 2020, les membres de l’Académie (réalisateurs, producteurs, acteurs, techniciens…) ont élu les nouveaux représentants de l’assemblée générale, mais maintiennent d’office les dix-huit "membres historiques", parce qu’ils sont d’anciens présidents de l’Académie ou ont obtenu un Oscar. Parmi eux : Roman Polanski, accusé de viols et d’agressions sexuelles, et Alain Terzian, ancien patron contesté des César. La polémique est relancée. "C'est une blague ? ", s'interroge l'actrice Béatrice Dalle en apprenant la nouvelle sur le plateau de France Inter, mercredi 16 septembre. "Vu la polémique que ça a pu créer... C'est du foutage de gueule. Il faut arrêter de faire des absurdités pareilles", a-t-elle réagi. Comme elle, plusieurs personnalités se sont agacées de cette nomination qui vient, estiment-elles, saper les ambitions réformatrices de l'associationQuelques jours plus tard, deux "membres historiques" démissionnent et 120 des 164 membres de l’assemblée générale annoncent qu’ils demanderont un nouveau changement des statuts dès leur première réunion.

L'ex-présidente d'Arte et du CNC Véronique Cayla est élue la tête des César le 29 septembre 2020, en duo avec le réalisateur Eric Toledano. Elle promet alors "d'inventer un nouveau modèle" pour sortir l'institution d'une crise historique. Ce duo était seul à se présenter, pour un mandat de deux ans, aux suffrages des 180 professionnels du cinéma réunis en assemblée générale par internet.

"Nous avons tous deux, bien entendu, bien compris votre demande en matière de parité, de transparence, de diversité et de démocratie", indiquait Véronique Cayla après son élection. "Avec vous, (…) nous pourrons inventer un nouveau modèle pour les César, un modèle collectif, imaginatif (...) pour pallier les difficultés actuelles, en particulier sanitaires, (...) et mettre en œuvre la parité et la diversité", poursuivait-elle.

Le 10 novembre, l'Académie annonçait la suppression des membres de droit de l'assemblée générale, soit 18 membres, dont Roman Polanski, à une majorité de 134 voix. Elle choisissait l'actrice Marina Foïs comme membre du nouveau conseil d'administration, pour animer la 46e cérémonie de remise des prix du cinéma français. Pour capter la soirée, Tristan Carné succèdera à Jérôme Revon, aux commandes de l'émission depuis une vingtaine d'années.  

Les César en fin de course ?

Cérémonie interminable, films élitistes, quant-à-soi… les critiques du public à l’égard de la "fête du cinéma français" fusent chaque année. En 2019 seulement 1,6 million de téléspectateurs étaient devant leur petit écran pour la regarder. Canal+, qui diffuse la cérémonie en clair, en rassemblait 3,9 millions en 2012. Cette tendance ne touche pas que les César. L’audience des Oscars aux Etats-Unis a été réduite de moitié en six ans. Ils n'étaient que 23,6 millions devant leur petit écran le 9 février dernier, sur près de 333 millions d’habitants.

Les téléspectateurs des César n’ont, le plus souvent, pas vu les films sélectionnés, donc ne sentent pas concernés. La majorité d'entre eux sont allés voir Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu (6,7 millions d'entrées), alors que Les Misérables et Hors normes, sélectionnés meilleur film en 2020, n’ont rassemblé que deux millions d'entrées. Le Prix du public a été créé en compensation, mais il est fondé sur le box-office, et non sur un vote. Et ce n’est pas parce que l’on est allé voir un film qu’on l’a aimé. Absurde, voire méprisant. Objectif non atteint.

Les César 2020 ont été suivis par 2,16 millions de foyers jusqu'à 0h27. Soit 12,4 % de part d'audience d'après Médiamétrie, beau score. Le fantôme de Polanski a dominé toute la soirée. Cette année, seuls les nominés et remettants seront présents à L’Olympia, le glamour ne sera pas à la fête. La pénurie de cinéma, l’hommage à l’équipe du Splendid, et la talentueuse Marina Foïs, maîtresse de cérémonie, pourraient toutefois réveiller une soirée qui ne fait plus rêver.

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