Roman Polanski toujours membre de l'assemblée générale de l'Académie des César : une polémique en 4 actes

La nouvelle liste des 182 membres de l'Assemblée générale des César a été révélée en début de semaine. Elle suscite l'indignation et relance le débat sur la nécessité de réformer l'Académie.

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Une manifestante tient une pancarte sur laquelle on peut lire "César de la honte", devant la salle Pleyel où s'est tenue la 45e cérémonie des César, à Paris, le 28 février 2020.  (MICHEL STOUPAK / NURPHOTO / AFP)

En février, le monde du cinéma français s'interrogeait sur la pertinence de récompenser ou non J'accuse, le film de Roman Polanski. Accusé de viols et d'agressions sexuelles par au moins douze femmes, pour la plupart mineures au moment des faits, le réalisateur franco-polonais se trouve au cœur d'une nouvelle polémique impliquant l'Académie des César. Cette fois, c'est l'annonce de sa nomination, lundi 14 septembre, parmi les représentants de l'assemblée générale de l'Académie des arts et techniques du cinéma (l'organisme qui remet les statuettes), qui a relancé le débat.

Franceinfo revient sur cette affaire qui divise bien au-delà de la profession.

Acte 1 : l'Académie des César engage des réformes

Les César ont été secoués par une grave crise. Plusieurs de ses membres et des personnalités du cinéma reprochent à l'Académie son fonctionnement opaque, une forme d'entre-soi et surtout un déficit de parité. Cette crise a connu son point d'orgue lors de la dernière cérémonie, le 28 février, avec le départ fracassant de l'actrice Adèle Haenel, qui a vivement dénoncé le prix du meilleur réalisateur décerné à Roman Polanski. Quelques jours avant cette soirée, le conseil d'administration, présidé depuis 2003 par le producteur Alain Terzian, avait démissionné en bloc.

Dans le cadre d'une médiation sous l'égide du Centre national du cinéma (CNC), la productrice Margaret Menegoz a été nommée présidente par intérim et une assemblée générale extraordinaire a entrepris une réforme qui se voulait profonde. En juillet, elle annonce que ses statuts prévoiront désormais "parité intégrale" entre hommes et femmes dans les instances de décision.

Acte 2 : Roman Polanski figure dans la nouvelle assemblée générale

C'est dans le cadre de cette réforme en profondeur que les noms des nouveaux représentants de l'Assemblée générale ont été annoncés, lundi 14 septembre. La liste des 182 personnalités issues des 21 branches des César a été dévoilée dans la foulée. Y figure notamment Roman Polanski.

Le nom du réalisateur n'a cependant pas été soumis au vote des 4 313 membres de l'Académie des César (acteurs, réalisateurs, producteurs, techniciens...). Si 164 personnalités sur 182 ont été choisies par les membres de l'Académie, les statuts en vigueur autorisent des "historiques" à demander à intégrer d'office l'Assemblée générale. C'est le cas de Roman Polanski, au titre de son Oscar remporté en 2003 pour Le Pianiste (qu'importe que l'Académie des Oscars l'ait exclu depuis, en 2018). De même, Alain Terzian, critiqué pour sa gestion de l'ancienne Académie des César, fait lui aussi partie de la nouvelle assemblée générale en tant que membre historique.

Acte 3 : la nomination suscite l'indignation 

"C'est une blague ?", a demandé l'actrice Béatrice Dalle en apprenant la nouvelle sur le plateau de France Inter, mercredi 16 septembre. "Vu la polémique que ça a pu créer... C'est du foutage de gueule. Il faut arrêter de faire des absurdités pareilles", a-t-elle réagi. Comme elle, plusieurs personnalités se sont agacées de cette nomination qui vient, estiment-elles, saper les ambitions réformatrices de l'association.

"Tout le monde est scandalisé", s'indigne Nicolas Schmerkin, producteur français de films d'animation et ancien membre de l'Association pour la promotion du cinéma (APC), la structure dont les membres ont démissionné l'année dernière pour permettre le renouvellement attendu par la profession. Pour lui, les 18 membres de l'ancienne gouvernance "s'accrochent à leur fauteuil". "On avait travaillé pour la refonte de ces statuts, qu'on avait voulu à la fois axés sur la parité, la diversité, la transparence et le renouvellement. Et là, c'est vrai que quand on voit ce qui se passe, le renouvellement n'est pas totalement là", a-t-il réagi auprès de franceinfo

"Ceux qui ont été élus ne comprennent pas pourquoi il y a des gens de l'ancienne gouvernance qui se trouvent là alors qu'ils n'ont pas été élus." Parmi eux : Andréa Bescond, la réalisatrice des Chatouilles (2018), sur une enfant victime de viol. "C'est une mascarade à laquelle nous ne pouvons participer. Merci de réagir, de changer ces vieux statuts. A défaut, ce sera sans nous", a-t-elle réagi sur Instagram.

Présidente par intérim de l'association et également l'une des 18 "historiques" renouvelés d'office, Margaret Menegoz n'a pas souhaité commenter cette nomination, mais a indiqué à l'AFP que "les statuts actuels ont été simplement appliqués". Une position défendue également par Caroline Fourest, membre élue de cette assemblée générale au titre de son activité de réalisatrice qui, sur Twitter, a publié l'article en question.

"Nous nous retrouvons tous obligés d'être des jurés d'un tribunal populaire parce que la justice américaine n'est pas passée", a-t-elle déploré mercredi sur le plateau de LCI.

Acte 4 : vers un changement des statuts ?

Pour Nicolas Schmerkin, "il faut changer les règles". "Le fait que les anciens qui n'ont pas été élus restent là et doivent revenir par la voie démocratique, c'est quelque chose que la nouvelle assemblée générale et le nouveau conseil d'administration doivent changer au niveau des statuts. On va voir ce que la nouvelle gouvernance va faire." Car le 29 septembre, cette assemblée générale doit élire un nouveau conseil d'administration. Selon "un bon connaisseur de l'Académie", cité par Le Monde, "le nouveau CA devrait pouvoir modifier les statuts pour supprimer par exemple l'existence des membres historiques".

Le CA a aussi "la faculté de prononcer l'exclusion d'un membre de l'Association (…) pour tout motif grave, après mise en demeure restée sans suite, et après avoir, au préalable, requis l'intéressé de fournir toutes explications", poursuit le quotidien.

"Les statuts, s'ils ne sont pas justes, on peut aussi les changer", plaide aussi Céline Piques, porte-parole de l'association Osez le féminisme, citée par France Inter. "C'était la promesse qui nous avait été faite en février lors de la démission collective (de la précédente équipe) : on nous avait promis une meilleure gouvernance". En attendant, elle estime que cette nomination "montre que l'Académie des César n'a rien compris à la mobilisation féministe et à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles".

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