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Aurélien Tchouameni, l’ambitieux milieu de terrain qui s’est imposé chez les Bleus sans griller les étapes

Moins d’un an après ses débuts en équipe de France, Aurélien Tchouameni est passé numéro 3 dans la hiérarchie au milieu de terrain. Les résultats d’une progression constante alors qu'il s'est officiellement engagé, samedi, avec le Real Madrid.

Article rédigé par Denis Ménétrier, franceinfo: sport - De notre envoyé spécial à Split
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Aurélien Tchouaméni lors du match entre la France et le Danemark au stade de France, le 3 juin (JOSE BRETON / NURPHOTO)

Il fut une époque où, lorsque N’Golo Kanté ou Paul Pogba manquaient un match de l’équipe de France, Didier Deschamps avait de la peine à leur trouver un remplaçant capable d’assurer le même niveau de performance que les deux champions du monde 2018. Depuis septembre, le sélectionneur des Bleus semble avoir mis la main sur la perle rare le milieu qui évoluait à l’AS Monaco cette saison, Aurélien Tchouameni (11 sélections, 1 but). Et qui vient de s'engager pour les six prochaines saisons avec le Real Madrid.

En l’absence de Paul Pogba, forfait pour ce rassemblement, Tchouameni assure l’intérim au milieu, seul tricolore titulaire lors des trois matchs déjà disputés. Face au Danemark au Stade de France, le désormais ex-Monégasque est monté en puissance au fur et à mesure de la rencontre pour régner sur le milieu de terrain. Sans complexe, ni pression, malgré la défaite face aux demi-finalistes du dernier Euro (1-2).

Lundi 6 juin, Deschamps a de nouveau titularisé Tchouameni lors du deuxième match de Ligue des nations, face à la Croatie, qui s'est soldé par un nul (1-1) avant le deuxième acte, lundi prochain. Et enfin, le sélectionneur l'a reconduit dans l'entrejeu vendredi, lors du nouveau nul face à l'Autriche (1-1), où Tchouameni a moins rayonné qu'à son habitude.

Alors que les corps et les esprits sont globalement éreintés par la saison au sein de l’effectif tricolore, Tchouameni fait partie de ceux qui ont le plus de fraîcheur. Alors qu'il est, avec 61 matchs disputés cette saison en club et en sélection, celui qui a le plus joué chez les Bleus. Lors de l'entraînement de veille de match dimanche, dans la chaleur moite de Split, c’est bien lui qui occupait l’un des deux postes du milieu, aux côtés de Mattéo Guendouzi. Signe que dans l’esprit de Deschamps, Tchouameni est bien passé numéro 3 dans ce secteur de jeu, derrière Pogba et Kanté, et devant Adrien Rabiot.

Meilleur espoir de Ligue 1 l’an dernier

En octobre dernier, sa prestation en finale de la Ligue des nations face à l’Espagne, pour sa cinquième sélection, avait impressionné. Ce premier trophée remporté par Tchouameni a achevé de le faire passer dans une nouvelle dimension. Une dimension internationale. Le tout pour un jeune joueur de 22 ans, qui n’a encore jamais disputé le moindre match de Ligue des champions. Tchouameni n’est pourtant pas du genre à griller les étapes. Celui qui fut élu meilleur espoir de Ligue 1 à l’issue de la saison 2020-2021 est ambitieux, mais a toujours passé les caps un par un.

Une linéarité qui a fait regretter à son sélectionneur chez les U20, Bernard Diomède, de ne pas l’avoir repéré plus tôt. "Je l’avais vu chez les U18 et U19. Mais quand je l’ai eu avec moi et que j’ai vu son potentiel, son intelligence, sa réflexion sur le football, je me demandais pourquoi il n’était pas arrivé plus tôt", explique à franceinfo:sport celui qui lui préférait Guendouzi, Boubakary Soumaré ou Michael Cuisance. 

Décrit comme "humble", "bosseur" et "à l’écoute", Tchouameni progresse, pas à pas. Matthieu Chalmé, qui a été son entraîneur en équipe réserve à Bordeaux lors de la saison 2017-2018, se souvient d’un Tchouameni "qui s’ennuyait parfois, tellement il était facile". "Il aimait beaucoup jouer en sentinelle. Mais c’était trop simple donc on a essayé de le faire passer en relayeur. Il était réticent au début mais on en a pas mal discuté. Il a fini par y prendre du plaisir et réaliser qu’il pouvait donner une autre dimension à son jeu", raconte Chalmé.

Un milieu qui se veut complet

Tchouameni prend conscience de certaines qualités qui l’ont donc mené jusqu’à sa première sélection avec les Bleus en septembre dernier contre la Bosnie-Herzégovine à Strasbourg (1-1). Et qui l’incitent à continuer de viser plus haut. "Lors du dernier rassemblement, on parlait tous les trois avec Lionel (Rouxel, sélectionneur des U18) et Aurélien. Il nous disait qu’il est jeune et qu’il ne veut pas se fixer de limite. Ça nous a marqués", décrit Diomède. 

Franchir les étapes, mais toujours les unes après les autres, en affrontant, aussi, quelques difficultés. Tchouameni a ainsi dû batailler lors de son arrivée à Monaco à l’été 2020, après un transfert de 18 millions d’euros en provenance de Bordeaux, son club formateur. "Il y a mis plus d’intensité. Il y avait une concurrence tellement forte qu’il ne pouvait pas ne pas tout donner. Il était dans le dépassement de soi", assure Diomède. Une expérience qui lui a servi pour s’imposer en équipe de France, au milieu de joueurs sacrés champion du monde en 2018.

Aurélien Tchouaméni lors de l'entraînement des Bleus au stade Poljud, le 5 juin (FRANCK FIFE / AFP)

Récemment, c’est dans le secteur offensif que Tchouameni s’est montré performant. Un premier but avec l’équipe de France en mars pour offrir la victoire face à la Côte d’Ivoire puis un doublé, deux frappes de l’extérieur de la surface, contre Lille en Ligue 1. Supérieur à la moyenne techniquement, Tchouameni se verrait bien en milieu complet, capable de défendre comme d’attaquer.

"Il saura s’imposer partout"

"Chaque chose en son temps. La priorité d’Aurélien, pour le moment, c’est d’être propre dans son jeu, et au fur et à mesure, dans sa carrière, il va se lâcher", tempère Chalmé. Du côté de Monaco, son entraîneur Philippe Clement est conquis : "C’est un joueur exceptionnel, avec une envie de s’améliorer. Chaque mois, il passe d’autres étapes. C’est clair, il va avoir un grand futur."

Deschamps également. "Par rapport à ce qu’il avait déjà fait avec nous, c’est du haut niveau. Il a un potentiel énorme avec beaucoup de maîtrise. (…) Il est dans une progression constante. C’est une très bonne chose pour l’équipe de France et pour moi", assurait le sélectionneur lors du rassemblement de mars. Si Deschamps pourra compter sur lui pendant les prochains mois, Clement devra lui trouver un remplaçant sur le Rocher, puisque le départ de Tchouameni vers le Real Madrid a été officialisé samedi. Quelques jours avant l'officialisation, Chalmé affirmait qu'il n’aurait "pas de doute sur le fait qu’il saura s’imposer partout" s’il venait à signer dans un grand club, à quelques mois du début de la Coupe du monde.

Un Mondial au Qatar (21 novembre-18 décembre) qui sera le prochain objectif de Tchouameni en sélection. Et que Deschamps se rassure : s’il ne peut pas compter sur Kanté ou Pogba, il pourra se reposer sur Tchouameni, qui aura certainement passé d’autres caps d’ici novembre.

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