CDD d'usage, incompréhension générale : tant bien que mal, la NBA avance avec le Covid-19

La flambée des cas de Covid-19 liée au variant Omicron n'empêche pas la NBA, la ligue nord-américaine de basketball, de se poursuivre. Mais c'est au prix de situations improbables, voire ubuesques.

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France Télévisions
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Le meneur de jeu des Atlanta Hawks Trae Young durant un match de la saison régulière NBA contre les Memphis Grizzlies, le 26 novembre 2021, au FedEx Forum de Memphis. (Getty Images via AFP)

Mercredi à Chicago, Trae Young aurait presque pu croire qu'il avait été transféré, ou qu'il ne s'était pas réveillé d'un drôle de rêve. La star des Atlanta Hawks a pris de plein fouet la réalité du Covid-19 et de sa gestion par la NBA, le championnat nord–américain de basketball. "Je suis venu faire quelques tirs ce matin, et je ne connaissais pas la majorité de mes coéquipiers. On a les trois quarts de l'équipe sur le flanc." En une anecdote évoquée après une défaite des siens contre les Chicago Bulls, le meneur de jeu en a dit long sur le quotidien d'un championnat dont on ne reconnaît plus vraiment les contours. Mais qui avance, vaille que vaille, même sans trop savoir quel pourra être le bout du tunnel.

Pour éviter une pause prolongée comme la NHL, la ligue nord-américaine de hockey, ou comme elle en a elle-même connu en plein cœur de la première vague de contaminations au Covid-19, la NBA n'a qu'un objectif, que le spectacle continue. Ses dirigeants ont insisté tout le mois de décembre, la situation est sous contrôle. "On étudie évidemment toutes les options mais, honnêtement, on a du mal à trouver la logique qui nous pousserait à appuyer sur pause, expliquait le président de la ligue, Adam Silver à la chaîne ESPN le 21 décembre dernier. On voit l’explosion de cas dans le pays actuellement. On savait à quoi s’attendre lors des derniers mois, à savoir que ce virus ne serait pas éradiqué et qu’il fallait apprendre à vivre avec." Même si cela signifie d'avoir, comme Trae Young, besoin d'écarquiller un peu les yeux à la lecture des effectifs.

133 joueurs confinés

La NBA s'est imposée un régime strict, et encore jamais vu dans les plus grandes compétitions sportives, pour continuer à jouer malgré l'explosion des cas liée au variant Omicron. Le protocole veut ainsi que tout joueur positif au Covid-19 ou cas contact soit placé à l'isolement (réduit depuis le 28 décembre de dix à six jours pour les joueurs vaccinés et asymptomatiques) et qu'il puisse faire l'objet d'un remplacement exceptionnel. La ligue a ainsi créé son propre "CDD d'usage", un contrat de dix jours – un format d'essai qui existait déjà auparavant dans les réglements – le temps qu'un joueur soit dans le désormais fameux "health and safety protocols".

Avec 133 joueurs confinés au moment de ces lignes, 13 rien que pour les Atlanta Hawks de Trae Young, les équipes empilent les rustines. Elles n'ont d'autres choix que de disputer les matchs, tant qu'elles disposent de huit joueurs "sains". Et pour s'éviter l'accumulation des reports de match, façon Top 14 ou football européen, la NBA a contraint les franchises à utiliser ces remplaçants au pied levé : un joker obligatoire dès que deux joueurs sont isolés, trois quand quatre joueurs ou plus sont indisponibles.

Le banc des Memphis Grizllies, lors d'un match contre les Minnesota Timberwolves, le 20 novembre 2021 (DAVID BERDING / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Via AFP)

Nécessaire iniquité

Les rencontres disputées tous les deux jours en moyenne, parfois deux soirées de rang, contraignent les équipes à se montrer réactives dans leur quête de substituts. La ligue de développement de la NBA, la G League, qui permet en temps normal principalement aux jeunes joueurs de disposer de temps de jeu pour progresser, est devenu un vivier pour colmater les brèches des effectifs. Si pour certains, les portes de la "Grande ligue" étaient déjà proches, pour d'autres, ce tremplin de fortune est une aubaine inespérée de se montrer. Pour la lisibilité des feuilles de match et l'équité sportive, on repassera. Mais qui veut la fin (de la saison) justifie les moyens.

Cette solution de dernière minute permet quelques révélations, et son lot d'anecdotes pour l'histoire. Comme celle des Toronto Raptors, à l'arrêt en pleine piste de décollage avant de s'envoler pour Chicago le 21 décembre dernier en attendant que les joueurs appelés en renfort quelques minutes plus tôt ne rejoignent l'avion... Pour un match qui sera finalement reporté quelques heures plus tard à la suite de nouveaux cas positifs au sein de l'équipe canadienne. La venue au pied levé de ces joueurs crée également un risque de contamination, les remplaçants d'infortune arrivant parfois après plusieurs vols, autant de passages en aéroport et de brassages en zones très fréquentées en ces périodes de fêtes.

Les anciens à la rescousse

Autre conséquence imprévue, ces différentes absences et les mesures sanitaires de la NBA pénalisent toutes les équipes, certes, mais dans des proportions variables. Celles qui ont été parmi les plus actives durant l'intersaison n'ont que peu de temps pour cultiver leurs automatismes collectifs. "Mardi, on a pu faire notre premier entraînement tous ensemble pour la première fois depuis un long moment, a ainsi insisté LeBron James. On a dû avoir dix entraînements depuis le début de la saison, entre les blessures, le Covid, les protocoles… Ce n'est pas assez."

Dans cette improvisation permanente, les équipes voient parfois dans d'anciens joueurs NBA des "valeurs refuges" pour combler les besoins en intérimaires. En fin de carrière, disparus des radars… Plusieurs joueurs ont fait leur retour dans le championnat après une absence parfois longue durée. Joe Johnson, absents des parquets depuis avril 2018, a été appelé par les Boston Celtics, équipe pour laquelle il avait débuté sa carrière vingt ans plus tôt. En difficulté suite à une grave blessure à la hanche qui l'a fauché au sommet de sa carrière, Isaiah Thomas a tenté un nouveau comeback, avec un premier contrat de dix jours pour les Los Angeles Lakers, puis un deuxième, cette fois avec les Dallas Mavericks. Signé par Minnesota le 28 décembre après deux dernières saisons en Europe, Greg Monroe est devenu le 541e joueur à fouler les parquets depuis octobre, un record de joueurs ayant participé à une saison… Qui n'en est pas à sa moitié.

Certaines gloires s'en amusent, comme Chris Bosh, ancienne star retraitée depuis 2017 et qui préférait en rire à l'idée de revivre ses plus belles heures à l'annonce de la signature de son ancien coéquipier Mario Chalmers au Miami Heat. Les deux compères avaient été sacrés champions avec la franchise floridienne il y a près de dix ans (2012, 2013). LeBron James a préféré ironiser sur la situation, et les difficultés de ses Los Angeles Lakers, en interpellant Metta World Peace, ex-joueur des années 2000 et 2010 devenu consultant TV, pour qu'il vienne lui prêter main forte. "J'aimerais être prêt pour un contrat de dix jours, mais je ne le suis pas, a rigolé l'ancien féroce défenseur de 42 ans. Je suis prêt par contre sans problème pour un contrat de dix minutes." C'est tout ce qu'il faut parfois pour avoir la deuxième chance de sa vie, en pleine pandémie.

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