Stades abandonnés, chantiers démesurés, pollution… Paris 2024 va-t-il avoir les mêmes conséquences écologiques que les précédents JO ?

À moins de deux ans des prochains Jeux olympiques de Paris 2024, franceinfo revient sur les précédentes olympiades d'été qui, malgré les ambitions affichées, sont montrées du doigt pour leurs conséquences écologiques.

Article rédigé par
Thomas Destelle - franceinfo
Radio France
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Les anneaux olympiques sur le parvis du Trocadéro, le 14 septembre 2017. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Avec ses gigantesques stades climatisés en pleine crise énergétique et climatique, la Coupe du monde au Qatar concentre les critiques sur les conséquences climatiques des événements sportifs. Des appels au boycott sont lancés pour dénoncer les conditions de travail déplorables sur les chantiers et la catastrophe écologique que la compétition représente.

Ces critiques concernent aussi les Jeux olympiques. Les images des sites de Pékin 2022 entourés de montagnes sans neige ont marqué les esprits. Les JO d'été sont aussi montrés du doigt. Paris accueillera dans moins de deux ans la plus grande compétition sportive internationale. Les organisateurs assurent que ces Jeux olympiques s'engagent pour le climat

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Un engagement olympique qui ne date pas d'hier. Les Jeux de Sydney en 2000 ambitionnent déjà réduire les conséquences écologiques de la compétition sportive. Le village olympique est annoncé comme éco-durable, un système de transport public est mis en place ainsi qu'un système de gestion de l'eau et une usine de recyclage. Mais des lacunes jugées évidentes sur le plan environnemental ont conduit Greenpeace, associée au projet, à prendre clairement position contre le comité organisateur. Une occasion manquée de mettre en place des Jeux olympiques "verts" ou un vrai héritage écologiste, comme le souligne le CIO ?

franceinfo revient sur sur les conséquences écologiques des cinq dernières olympiades d'été. Avec une question : Paris 2024 va-t-il réussir ou non à remporter une médaille verte ?

Athènes 2004 : la catastrophe des éléphants blancs

Pour 2004, les Jeux olympiques à Athènes sont vus comme un retour aux sources. La Grèce est le berceau des Jeux de l'Antiquité et l'hôte des premiers Jeux de l'ère moderne en 1896. Le respect de l’environnement est officiellement devenu en 2004 le 3e pilier de l’olympisme, avec les sports et la culture. Pour ces JO, les organisateurs mettent en avant les projets de rénovation urbaine dans la capitale, la mise en place de transports en commun ou les étapes franchies grâce aux jeux en faveur de l'environnement notamment sur la qualité de l'eau et la protection du bord de mer.

Mais ces Jeux olympiques sont aussi considérés comme ruineux pour la Grèce. Le budget d'environ deux milliards d'euros sera par la suite réévalué à 6,5 milliards. Ce chiffre ne prend pas en compte la rénovation ou l'extension d'infrastructures urbaines comme les routes, l'aéroport ou les transports en commun. Le pays connaîtra une banqueroute quelques années après l'organisation de la compétition. Cette olympiade est désignée comme ayant précipité la Grèce dans la crise financière avec pour symbole ces "éléphants blancs" dans la capitale grecque.

Les "éléphants blancs" sont des infrastructures surdimensionnées construites pour une grande compétition sportive ou culturelle. Elles sont laissées à l'abandon quelques mois après car elles sont peu adaptés à leur réemploi ou trop coûteuses à entretenir. Les exemples ne manquent pas, le quartier de l'Exposition universelle de Séville 1992 est souvent cité en exemple. Ils sont surtout devenus un symbole des Jeux olympiques de 2004. La capitale grecque se retrouve, quelques mois après la compétition, parsemée d'équipements sportifs abandonnés comme le stade de softball ou des piscines transformées en marécages.

Des éléphants blancs après Paris 2024 ? Il s'agit de l'un des points forts de ces JO parisiens : 95% des infrastructures prévues sont déjà existantes ou temporaires. Parmi les nouvelles installations, le futur Centre aquatique olympique à Saint-Denis pour accueillir les épreuves de plongeon et de natation. Au niveau des installations temporaires, les épreuves se dérouleront dans des sites iconiques de la capitale comme sous la Tour Eiffel ou sur la place de la Concorde.

Les installations existantes, notamment le Parc des princes, Roland-Garros ou l'AccorArena, accueilleront de nombreuses épreuves olympiques et paralympiques. Les épreuves athlétisme se dérouleront au Stade de France. Cette enceinte a longtemps été critiquée. Si elle accueille depuis son inauguration en janvier 1998 des grandes manifestations sportives et culturelles, l'absence de club de football ou de rugby à l'année depuis plus de 20 ans, interroge sur son avenir.

Le stade olympique de softball laissé à l'abandon à Athènes, le 11 juin 2012. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Pékin 2008 : des JO au budget colossal

La démesure des Jeux olympiques ne prendra pas fin avec ceux de Pékin en 2008. Le pays en pleine croissance veut utiliser cette compétition pour montrer sa capacité à accueillir un grand rendez-vous international et prouver sa place parmi les grandes puissances. Un budget impressionnant qui dépasse les 30 milliards d'euros est alloué pour ces JO, en grande partie pour construire ou rénover les infrastructures de la ville.

Pour le CIO, l'héritage olympique est toujours vivant dans ce qui est appelé le "nouveau Beijing" citant notamment les parcs créés en pleine ville et la mise en place de nouveaux transports en commun. Mais ce gigantisme a forcément des répercussions écologiques mais ils existent peu d'études sur les conséquences écologiques de la compétition. Les expropriations pour construire les équipements sportifs, le respect des droits de l'homme en Chine et la censure exercée par le pouvoir seront critiqués par des organisations non gouvernementales avec de nombreux appels au boycott.

Quel budget pour Paris 2024 ? Si le coût des prochains Jeux olympiques est loin des sommes impressionnantes de 2008, le risque de dérapages n'est pas à exclure. La somme de 6,2 milliards d'euros que les organisateurs prévoyaient initialement a dû être revue à la hausse en passant à 7,3 milliards. Un budget calculé selon une inflation modérée avant notamment la récente flambée des cours de matières premières et de l'énergie.

Mais il ne faut pas oublier que ces Jeux olympiques s'inscrivent dans le projet du Grand Paris. Il comprend entre autre une rénovation urbaine importante dans certains quartiers notamment Saint-Denis Pleyel situé à proximité des sites olympiques et la construction du Grand Paris express qui doit desservir certaines installations sportives. Le budget de ce supermétro parisien, avec ces 200 km de lignes et 68 gares, avaient été réévalué par la Cour des comptes à 34,6 milliards d'euros à la fin de l'année 2017.

Le Stade olympique national, plus connu sous le nom de "Nid d'oiseau", à Pékin, le 30 novembre 2008. (GOU YIGE / AFP)

Londres 2012 : une première évaluation de l'impact écologique

Avec un budget final de 9 millions de livres (plus de 10 milliards d'euros selon le taux de change de l'époque) au lieu des 2,4 milliards de livres de prévus, le retour de l'olympisme en Europe après la coûteuse olympiade de 2004 n'est pas synonyme de restrictions budgétaires. Cependant, point positif, ce budget élevé a permis de réhabiliter le quartier de l’East End de Londres. Le site olympique accueille après la compétition des nouveaux habitants, même si dans ce quartier populaire la rénovation urbaine a fait grimper les prix de l'immobilier. Les installations sportives ont aussi été conçues pour être très vite adaptables et utilisables à un coût raisonnable.

Les éléphants blancs ont été évités. Le parc olympique continue d'accueillir des événements sportifs et le stade olympique est occupé par le club londonien de West Ham. Les Jeux olympiques de Londres 2012 sont les premiers où l'on dispose d'une évaluation des conséquences écologiques de la compétition sportive. Le bilan carbone final est de 3,5 millions de tonnes équivalent CO2.

Quel bilan carbone est prévu pour Paris 2024 ? Les organisateurs estiment que ces JO auront un impact plus faible que les récentes olympiades. Un objectif de 1,5 million de tonnes de CO2 est prévu. Une économie réalisée grâce aux faibles nombre de nouvelles installations construites et des sites accessibles en transports en commun. Ces Jeux sont censés sur le papier moins polluer, mais pour de nombreuses associations ou collectifs d'habitants, ces JO ne sont pas pour autant des jeux "verts". Certains sites dans le département de la Seine-Saint-Denis on disparu ou vont disparaître, notamment les jardins ouvriers d'Aubervilliers ou encore l’Aire des Vents, à Dugny, où sera construit le village des médias.

Des personnes se promènent dans le parc olympique Elizabeth, anciennement le parc olympique de Londres 2012, le 30 mars 2013. (WILL OLIVER / AFP)

Rio 2016 : le symbole de l'eau verte

Le site du Comité international olympique l'assure, la première olympiade organisée en Amérique du Sud sera la plus respectueuse de l'environnement. Un affichage écologique jusque dans la cérémonie d'ouverture avec des arbres formant des anneaux olympiques. La question environnementale s'est depuis imposée dans le débat public. La COP 21 qui s'est conclue sur l'accord de Paris a eu lieu en 2015. Mais peut-on parler de Jeux olympiques "verts" ? En matière de bilan carbone, il est au-dessus, mais proche, de celui des JO de Londres avec 3,6 millions de tonnes de CO2. Difficile de faire baisser les émissions carbone quand le budget final atteint les 13,7 milliards d'euros au lieu du budget initial de 10 milliards d’euros.

De nombreuses installations ont aussi été construites pour l'occasion. Le pays, à l'époque en pleine crise, n'échappe pas aux fameux éléphants blancs. Un an après les JO, le gouvernement doit présenter un plan pour occuper les installations laissées à l'abandon. Autre grief : la pollution de certains sites olympiques qui accueillaient des compétitions. L'eau du bassin de plongeon est devenue verte en 24 heures, et la (très) mauvaise qualité de l'eau de la baie de Guanabara, où se déroulaient les épreuves de voile, a également été pointée.

Se baignera-t-on dans la Seine pour Paris 2024 ? C'est un symbole pour ces Jeux. La Seine doit accueillir plusieurs épreuves olympiques comme la nage en eau libre et le triathlon. Pour améliorer la qualité du fleuve, encore interdit à la baignade car pollué par les eaux usées, la municipalité a inauguré récemment, le 5 juillet 2022, un tunnelier dans le quartier d'Austerlitz. Un bassin de 30 m de profondeur, doit être relié au réseau d'égoût pour éviter le rejet d'eaux polluées lors des fortes pluies. Selon la mairie de Paris, après les athlètes ce seront les Parisiens qui pourront plonger une tête dans le fleuve en 2025.

De l'eau verte dans la piscine avant une épreuve de plongeon des Jeux olympiques de Rio 2016 au stade aquatique Maria Lenk à Rio de Janeiro, le 9 août 2016. (MARTIN BUREAU / AFP)

Tokyo 2021 : des promesses écologiques tenues ?

Malgré la dérive financière des Jeux olympiques de Tokyo, avec un budget final évalué entre 10 et 20 milliards d'euros (le stade national a coûté 1,1 milliard), les émissions carbones diminuent pour la première fois avec 2,7 millions de tonnes équivalent CO2. Le chiffre sera réévalué à la baisse atteignant les 2,4 millions de tonnes en raison du Covid-19. Ces Jeux se sont déroulés un an après la date prévue et sans spectateurs étrangers. Résultat, environ 340 000 tonnes de CO2 ont été économisées.

Les organisateurs ont voulu afficher une exemplarité sur l'environnement. La limitation des conséquences de l'évènement est passée par notamment des circuits courts pour l’alimentation des athlètes et des spectateurs, le recyclage et la récupération des déchets ou encore les énergies renouvelables. Durant la compétition, la flamme olympique est alimentée par de l'hydrogène vert. Par ailleurs, le Japon s'est engagé à "compenser" ses émissions de CO2, et même au-delà, avec l'achat de crédits carbone équivalent à 4,38 millions de tonnes de CO2.

La neutralité carbone est-elle réalisable pour Paris 2024 ? Le Comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 assure que ces JO atteindront cette "neutralité carbone". Il y a un an, le Cojo a lancé notamment deux appels à projet. Ils concernent entre autres la réalisation de groupes électrogènes propres pour faire face au pic énergétique. Les émissions carbone seront compensées à 100% assurent aussi les organisateurs. Un principe considéré comme illusoire selon des organisations environnementales qui accusent ce procédé de "compensation" comme permettant de se donner bonne conscience.

Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Tokyo, au stade olympique, à Tokyo, le 23 juillet 2021. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

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