Faut-il boycotter la Coupe du monde de football au Qatar ? Une militante écologiste et un économiste du sport débattent sur franceinfo

A deux mois du début de la Coupe du monde, Adélaïde Charlier et Vincent Chaudel débattent de la nécessité de boycotter ou non l'évènement. 

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Radio France
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Une banderole appelant au boycott de la coupe du monde au Qatar, dans le stade de Guingamp.  (PHILIPPE RENAULT / MAXPPP)

Faut-il boycotter la Coupe du monde de football qui débute dans deux mois, du 20 novembre et jusqu'au 18 décembre, au Qatar ? La question est posée par de nombreuses associations et ONG de défense des droits humains et de l'environnement. Selon un rapport d'Amnesty International, plus de 6 000 ouvriers sont morts pour construire les stades qui seront utilisés pour l'événement. La question écologique, avec notamment la climatisation des stades, est aussi pointée du doigt par les associations.

>> REPLAY - Boycotter le mondial au Qatar : la grande hypocrisie ? Le Talk de franceinfo

Sur franceinfo, Adélaïde Charlierla co-fondatrice avec Greta Thunberg du mouvement pour le climat Youth For Climate parle d'une Coupe du monde "inacceptable" et appelle à un "boycott diplomatique". Vincent Chaudel, économiste du sport et co-fondateur de l’Observatoire du Sport Business voit plutôt dans cet événement un moyen de "faire avancer les choses" et se prononce contre un boycott.

franceinfo : Adélaïde Charlier, quel est le principal argument selon vous pour appeler à un boycott de cette Coupe du monde de football ?

Adélaïde Charlier : Ce que l'on retrouve autour de cette Coupe du monde est extrêmement problématique. Cet événement est très important pour le Qatar car je rappelle que c'est la première fois qu'on va retrouver au Moyen-Orient un événement sportif comme la Coupe du monde. C'est symbolique et important. Derrière l'organisation de cette Coupe du monde, il y toujours le même problème que l'on dénonce, c'est-à-dire l'exploitation.

"Il y a eu des milliers de morts pour construire les stades, il y a une violation de nombreux droits humains, il y a des horaires de travail excessifs, du travail forcé."

Adélaïde Charlier, co-fondatrice de Youth For Climate

à franceinfo

Et puis, sur place, il y aura également un non-respect des droits humains pour les spectateurs, notamment sur la question de la représentation des LGBTQI+. Le Qatar n'est absolument pas un pays sécurisé vis-à-vis de la question des droits humains. Il faut pouvoir envoyer un message fort pour dire qu'il est inacceptable de retrouver en 2022 un rassemblement au sein d'un événement sportif au prix de la vie de milliers de personnes.

franceinfo : Vincent Chaudel, entendez-vous ces arguments sur les droits humains au Qatar ainsi que les conditions de travail sur les chantiers et les milliers de morts ?

Vincent Chaudel : Je les entends et je les nie pas. Cependant, je dis que nous sommes dans un monde qui évolue. Il faut pointer tous ces sujets mais justement, la force du sport, c'est de faire évoluer les choses.

Déjà, il faut revenir sur le principe des instances mondiales du sport, qui se sont construites historiquement dans une forme d'indépendance par rapport au pouvoir politique, ce qui leur permettaient d'être un outil géopolitique et justement d'aller voir chacun et de continuer à parler avec chacun. On peut par exemple regretter d'avoir confié des Jeux olympiques à l'Allemagne de Hitler. Mais quel a été le plus beau symbole que Jesse Owens gagne des médailles devant Hitler et qui démontre par l'absurde qu'il n'y a pas de supériorité de la race aryenne ?

Ce n'est donc pas un phénomène nouveau. La Coupe du monde de football de 1978 s'est jouée durant la dictature argentine. Nous avons été en Chine pour les Jeux olympiques de 2008 ou pour ceux d'hiver de cette année. Dans les deux cas, il y existait déjà le problème des Ouïghours, il y avait le problème du Tibet.

"La vérité, c'est qu'avec ce genre d'événements, il y a un avant et un après. Cela n'avance jamais assez vite mais ça fait bouger les lignes."

Vincent Chaudel, économiste du sport

à franceinfo

Par exemple, le salaire minimum au Qatar est toujours trop bas, mais il a été multiplié par quatre depuis l'attribution de la Coupe du monde. Il y a aussi eu une indemnisation par rapport au logement qui a progressé. Bref, les choses ne bougent jamais assez vite, mais elles bougent quand même.

franceinfo : Pensez-vous, Adelaïde Charlier, que l'on puisse faire bouger les choses en braquant les projecteurs sur ce qui se passe au Qatar ?

Adelaïde Charlier : Il est évident que c'est important d'utiliser ce moment pour interpeller dès maintenant. Cela fait maintenant plus de dix ans que les stades sont en train de se construire. Nous n'allons pas pouvoir revenir en arrière sur ces morts et sur ce qu'il s'est passé. En attendant, ce sont des choses qui se sont déroulées parce que le Qatar créé de manière très intensive des bâtiments et installations pour accueillir une Coupe du monde.

Il y a aussi la question des stades climatisés. C'est évidemment un non-sens face à une crise écologique, à une crise climatique et une crise énergétique, une crise qui va toucher sur le long terme le monde entier. C'est illusoire d'imaginer de construire des énormes stades climatisés. Nous devrions plutôt nous diriger vers une sobriété énergétique.

franceinfo : Sur cette aberration écologique, Vincent Chaudel, vous êtes d'accord ?

Vincent Chaudel : On peut toujours dire ce que l'on veut par rapport à ça. Mais quand en Europe, on joue en plein hiver et que tous les stades sont chauffés pour chauffer la pelouse, pour chauffer les loges, c'est l'effet miroir. Évidemment que dans les pays chauds, on ne va pas chauffer, on va refroidir. Si l'on fait une Coupe du monde en hiver, c'est justement pour jouer à des températures respectables. On va être autour d'une trentaine de degrés en novembre et décembre au Qatar.

franceinfo : En un mot, Adélaïde Charlier, à quel type de boycott appelez-vous de vos vœux ?

Adélaïde Charlier : De mon côté, j'appelle d'abord à la responsabilité de la FIFA pour continuer à lancer des investigations et à prendre sa responsabilité face à ça. De plus, comme il s'agit du deuxième événement sportif le plus regardé au monde, il y a une responsabilité de la part des sportifs et des médias. J'en appelle donc à un boycott diplomatique, c'est-à-dire qu'il faut pouvoir interpeller tout le monde politique qui va aller se retrouver là-bas sur place.

"Il faut absolument boycotter et envoyer un message fort pour ce non-respect des droits humains qui est inacceptable aujourd'hui en 2022."

Adélaïde Charlier, co-fondatrice de Youth for Climate

à franceinfo

Il ne faut surtout pas accepter ce qui s'est déroulé et qui continue de se dérouler en ce moment au Qatar. J'appelle aussi tous les citoyens à s'organiser ensemble pour mener diverses actions symboliques et fortes qui peuvent interpeller autour de la manière dont aujourd'hui, on a accepté qu'un événement comme celui-là se passe.

franceinfo : L'idée d'un boycott diplomatique, à savoir des personnalités politiques qui ne feraient pas le déplacement, est-elle possible ?

Vincent Chaudel : C'est ce qu'il s'était passé en 2008 lors des Jeux olympiques de Pékin. Ce qui est cependant intéressant à regarder, c'est qu'Amnesty International n'est pas pour le boycott de cette Coupe du monde de football.

"Faire passer des messages est une chose. Boycotter est une autre chose. Il fallait boycotter avant ou refuser avant."

Vincent Chaudel, économiste du sport

à franceinfo

Désormais, il faut y aller et jouer, et peut-être amener la troisième étoile. C'est peut-être le plus important pour la France.

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