JO 2022 : "Si le boycott des Etats-Unis n'est suivi que par quatre pays, ce sera une victoire pour la Chine", estime Carole Gomez, directrice de recherche à l’IRIS

Pour l'heure, seuls les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Canada et le Royaume-Uni ont annoncé un boycott diplomatique. La France et l'Europe n'ont pas encore clairement pris position. 

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Des militants se sont rassemblés devant le consulat de Chine à Los Angeles, le 3 novembre 2021, pour appeler au boycott des Jeux olympiques d'hiver de Pékin 2022 en raison des inquiétudes suscitées par le bilan de la Chine en matière de droits humains.  (FREDERIC J. BROWN / AFP)

Depuis quelques jours, la question du boycott diplomatique des Jeux olympiques de Pékin monopolise l'actualité. Lancé par les Etats-Unis lundi 6 décembre, ce boycott a été rapidement suivi par ses proches alliés tels que la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Canada et le Royaume-Uni.

En France, la position se veut plus tempérée. Carole Gomez, directrice de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste en géopolitique du sport, revient sur cette annonce diplomatique et analyse pour franceinfo: sport la réponse française.

Franceinfo: sport : Que pensez-vous de ce boycott diplomatique lancé par les Américains ?

Carole Gomez : Ce boycott m'interpelle beaucoup. Lors de la prise de position de la Maison Blanche, les mots utilisés ont été très durs. On parle de "génocide et des crimes contre l'humanité en cours au Xinjiang".

De son côté, la Chine a réagi de manière assez "intelligente", car les menaces n'ont pas tardé. Elle a expliqué que les pays qui ont annoncé un boycott diplomatique en "paieront le prix", soit une formule très vague, mais qui peut aussi être un message envoyé aux autres pays susceptibles de suivre ce boycott afin de les prévenir des conséquences : "Attention, si vous prenez le risque de les suivre, attendez-vous potentiellement à des contre-sanctions." 

En juin 2021, des militants pour les droits de l'homme avaient déjà manifesté contre l'organisation des Jeux olympiques d'hiver à Pékin en 2022. (SAEED KHAN / AFP)

On ne sait d'ailleurs pas de quelles contre-sanctions on parle. Cela peut être la rupture de relations économiques sur certains sujets, l'abandon de projets importants pour le pays, donc cela peut faire reposer un risque important sur les différents protagonistes.

Pour le moment, seulement cinq pays ont annoncé un boycott. La force de cette annonce en est-elle diminuée ?

Je pense que Pékin et Washington attendent de voir de quelle manière les choses vont se décanter. Si le boycott des Etats-Unis n'est suivi que par quatre pays, ce sera une victoire pour la Chine. Aussi important soient-ils sur la scène internationale, ces quatre pays ne représentent pas assez de poids face aux plus de 200 Comités nationaux olympiques. 

Par contre, il va être intéressant de voir si d'autres nations prendront position, combien et qui. L'argument donné par la Chine est de dire que ce boycott est lancé et suivi par des pays occidentaux, qui sont jaloux de la réussite chinoise, et qu'ils veulent simplement gâcher la fête. Mais si un nombre croissant d'Etats suit le boycott, et ce, sur d'autres continents comme en Amérique Latine, en Afrique, en Asie, cela peut renforcer le bras de fer et le rapport de force. Le fait de lancer un boycott est une chose, le fait qu'il soit suivi ou non en est une autre.

"Si vous lancez un boycott qui n'est pas suivi, votre stratégie initiale, qui consistait à vouloir isoler, pointer du doigt et mettre à l'écart un pays, se retourne contre vous puisque finalement ce pays écarté, c'est vous."

Carole Gomez

à franceinfo: sport

Sur cet épisode, connaissant les Etats-Unis, il ne serait pas surprenant qu'ils soient partis la fleur au fusil, sans avoir pris la température auprès des autres Etats. En revanche, la réponse rapide donnée par la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Canada et le Royaume-Uni permet de voir qu'il s'agit de quelque chose qui a sûrement été discuté entre eux avant. 

Après les annonces en cascade de la Nouvelle-Zélande, de l'Australie, du Royaume-Uni et du Canada de suivre le boycott américain, la France est, elle, restée prudente. 

La position de la France et de l'Europe est intéressante, en dépit du couac survenu jeudi (9 décembre), qui est venu un peu rompre la stratégie plutôt intéressante et maligne de la France. La réponse française a été bien ficelée. D'une part, Paris a montré qu'elle ne se précipitait pas. C'est d'ailleurs le propre de la diplomatie, de ne pas réagir trop à chaud, de garder son sang-froid, et ne pas se laisser entraîner dans des situations que l'on pourrait regretter ou qui pourraient être compliquées à gérer par la suite. 

Ensuite, la France a insisté sur le fait que cela n'allait pas être une condition franco-française mais une décision discutée dans une enceinte plus large, qui est l'Union européenne. Cette décision interviendrait comme une voix, si possible, à 27. 

Pourquoi la France s'est-elle positionnée ainsi ? 

On peut imaginer la gêne de la France sur ce sujet. D'abord, parce qu'elle se revendique encore comme la nation des droits de l'homme. Ainsi, sur un sujet comme celui-ci, la réponse n'est pas facile. Ensuite, la France assumera à partir du 1er janvier 2021 la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne. On peut donc comprendre que Paris ne veuille pas avoir pendant six mois une crise ouverte avec Pékin et qu'elle envahisse totalement l'agenda de cette présidence européenne alors même que l'on sait qu'il y a beaucoup d'autres sujets à traiter.

Enfin, avec l'horizon des Jeux olympiques de Paris 2024, on peut imaginer que Paris n'ait pas forcément envie de s'exposer sur ce sujet, et rappelons aussi que suivront ensuite les Jeux d'hiver de Milan en 2026, ce qui peut également être une situation compliquée à gérer pour l'Italie. 

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