JO 2021 : espoirs de médailles, préparation des Bleus, absence de public... Claude Onesta fait le point avant le début des épreuves

Le manager général de la haute performance au sein de l'Agence nationale du sport s'attend à vivre des Jeux olympiques particuliers et n'exclut pas quelques surprises à Tokyo.

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L'ancien manager général de l'équipe de France de handball, Claude Onesta, pose le 7 novembre 2018, au ministère des Sports à Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

À Tokyo, l'heure est désormais à l'arrivée des athlètes sur les sites des épreuves olympiques. Claude Onesta, manager général de la haute performance au sein de l'Agence nationale du sport (ANS), revient pour franceinfo: sport sur ces JO si particuliers. État de forme des Bleus, protocole sanitaire, objectif de médailles, huis clos, l'ancien sélectionneur de l'équipe de France de handball fait le point.

Franceinfo: sport : à quelques jours du début des Jeux olympiques, dans quel état d'esprit est la délégation française ? Malgré la pandémie, y a-t-il une certaine effervescence ?

Claude Onesta : Tout le monde est désireux que les Jeux olympiques démarrent, et que la compétition devienne une réalité et non plus une projection remplie d'interrogations. Il y a de l'impatience et en même temps une forme de déception liée à la façon dans laquelle ces Jeux vont se dérouler. Ensuite, je ne sais pas si on peut parler d'effervescence, parce que la réalité de nos contraintes est à ce jour compliquée. On passe plus de temps à réfléchir aux tests PCR, à toutes les applications à télécharger pour être dans les règles, à lire des protocoles sanitaires qu'à penser à l'aspect sportif. 

Mais on a forcément en tête ce qu'il va se passer à chaque fois qu'il risque d'y avoir un cas de Covid avéré, avec des cas contacts autour. On se dit que pour espérer une performance aux JO, il faut déjà pouvoir y participer jusqu'au bout.

Craignez-vous qu'un athlète doive renoncer à ses chances olympiques à cause d'une contamination au Covid ? 

Bien évidemment. Prenez l'exemple d'un vol affrété avec de nombreux athlètes dedans. S'il y a des cas positifs à l'arrivée, imaginez les conséquences que ça pourrait avoir sur les autres athlètes, leur incapacité à participer aux JO à cause d'une mise en quarantaine... Même s'il s'agit du contexte dans lequel tout le monde vit depuis un an et demi maintenant, pour ceux qui risqueraient de rater les Jeux olympiques et paralympiques pour ces raisons, ce serait un drame affectif supplémentaire. 

"Les Jeux, c'est la compétition où personne ne peut vous garantir que vous y serez la fois d'après."

Claude Onesta

à franceinfo: sport 

Quel est l'objectif de médailles de la France pour les Jeux olympiques et paralympiques ?

D'abord, nous sommes dans une olympiade très complexe. Jamais nous n'avons connu une période aussi troublée précédant les Jeux. Honnêtement, il est très compliqué de se projeter car on a une très faible analyse des résultats en compétition des deux dernières années. On a bien eu des résultats sur les deux derniers mois mais ils ne sont pas toujours très significatifs car les compétitions ne rassemblaient pas toujours les meilleurs athlètes.

Ainsi, la visibilité de la concurrence est moins claire. Il est donc plus difficile de se projeter sur cette édition que sur les précédentes. Ce que je peux vous dire, c'est que les spécialistes de l'analyse prédisent des résultats sensiblement similaires à ceux des Jeux de Rio en 2016, autrement dit une quarantaine de médailles pour les JO et environ 35 pour les Paralympiques (contre 28 médailles en 2016).

Depuis un an et demi, le monde vit au rythme de la pandémie de Covid-19. Quelles ont été les conséquences sur la préparation olympique et paralympique des athlètes ?

Tous les athlètes du monde entier ont été perturbés dans leurs pratiques, dans leurs phases d'entraînement. Mais ce sont surtout les compétitions internationales qui ont été bouleversées. Certains athlètes ont pu être en manque de compétitions et donc en manque de repères. Il leur était plus difficile d'évaluer la qualité de leur niveau. Pour d'autres, le report d'un an a été bénéfique car ils ont pu revenir de blessure et être présents aux JO. Mais le sportif de haut niveau s'adapte toujours aux circonstances.

C'est ce que j'essaie de dire aux athlètes quand je les croise, que quels que soient les problèmes de préparation qu'ils ont eus, ou la manière dont ils ont traversé cette difficulté, les épreuves auront bien lieu, et à la fin, des athlètes monteront sur le podium et certains d'entre eux seront champions pour la vie. 

"Ceux qui seront champions ou médaillés seront ceux qui auront le mieux géré les conséquences de la pandémie."

Claude Onesta

à franceinfo: sport

Il ne faut pas utiliser cet argument comme une excuse de contre-performance. Ces Jeux peuvent aussi être l'olympiade des outsiders. En effet, il y a beaucoup d'incertitudes et peut-être que certains jeunes athlètes seront capables de forcer le destin. Il faut tirer les leçons de cette pandémie et s'en servir comme une opportunité et non pas comme une difficulté supplémentaire.

Le huis clos décrété pour ces Jeux peut-il avoir un impact sur la performance des athlètes ?

Tout peut avoir un impact sur la performance. Si l'absence du public et de leurs proches peut être vécue comme un vide, pour d'autres cela sera peut-être vécu comme un poids en moins. Toutefois, la plupart des compétitions se déroulent sans public depuis plusieurs mois. Ce n'est pas la meilleure façon de vivre le spectacle sportif, mais je pense que les athlètes sont aujourd'hui très concentrés sur leurs épreuves. Ce qui se passe dans les tribunes est certes un élément qui peut jouer dans cette performance, mais c'est loin d'être le seul. Encore une fois, les meilleurs d'entre eux seront au rendez-vous pour réaliser leur performance, qui peut être la performance d'une vie.

Il y a eu certains doutes sur l'état physique de quelques têtes d'affiche de la délégation française, comme Renaud Lavillenie ou Pierre-Hugues Herbert, qui se sont blessés à quelques semaines du début des JO. Doit-on s'attendre à des forfaits ?

Aux dernières nouvelles, personne n'a renoncé officiellement. Vous savez, dans le parcours de ces sportifs, comme Renaud ou Pierre-Hugues, ce sont des athlètes très aguerris et qui ont déjà une longue carrière derrière eux. Ils ont tous eu à vivre des situations de ce type, à se préparer dans des conditions très spéciales et avec des contraintes. Mais surtout, je crois que la force de ces athlètes, c'est d'être des gens atypiques, et parfois dans de telles difficultés, ils sont capables d'aller puiser des ressources qui peuvent être déterminantes le jour de la compétition.

Depuis votre nomination en 2019, vous avez lancé plusieurs chantiers qui ont pour objectif la refonte du modèle sportif français. Où en êtes-vous ? Pourra-t-on déjà voir certains résultats à Tokyo ?

On a lancé plusieurs chantiers il y a deux ans. C'est assez peu, surtout avec l'année que vous venons de traverser avec le Covid. Le travail est davantage ciblé sur Paris 2024 que sur Tokyo, même s'il y a des actions déjà mises en œuvre et dont on verra les effets sur les athlètes et encadrants.

Nous sommes tout d'abord très heureux de voir ce qui a déjà été fait pour transformer le sport français, comme le revenu minimum pour les sportifs. Tous les athlètes présents à Tokyo perçoivent un revenu minimum de 40 000 euros annuel brut (soit environ 2500 euros net mensuel) afin de les aider à se dédier pleinement à leur pratique et à leurs objectifs. On développe et on investit aussi dans les sciences du sport pour être de moins en moins empirique et de plus en plus précis dans les analyses qu'on peut faire.

Autre nouveauté à Tokyo, celle de la prime à destination des entraîneurs des athlètes médaillés. Nous voulions donner des signaux forts envers les entraîneurs (nationaux ou privés) les plus proches des athlètes qui gagnent, qu'ils soient identifiés comme des acteurs importants de la réussite de leur athlète. Cette prime valorisera leur travail au quotidien. Nous voulions montrer que les entraîneurs sont associés à la performance de l'athlète.

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