"Sentinelles", une série de fiction sur l'opération Barkhane qui peut contribuer à faire connaître le monde militaire

La série "Sentinelles" sur l'opération Barkhane au Mali, qui arrive début avril sur OCS, a bénéficié des conseils de l'armée française, qui reconnait "un défaut de connaissance" du grand public que la fiction pourrait venir combler, comme cela se pratique aux Etats-Unis. 

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France Télévisions Rédaction Culture
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Une scène de la série "Sentinelles", une fiction sur l'opération Barkhane au Mali, à voir sur OCS à partir du 5 avril 2022. (PASCAL AIMAR/OCS/TETRA MEDIA)

Peut-on faire une série sur une intervention de l'armée française encore en cours ? C'est le défi relevé par Sentinelles, qui raconte l'histoire de soldats traquant les terroristes au Mali pour l'opération Barkhane. "Nous voulions une série la plus actuelle possible", explique Thibault Valetoux, créateur et scénariste avec Frédéric Krivine de Sentinelles (sept épisodes), visible à partir du 5 avril sur OCS.

Si l'invasion russe en Ukraine a fait passer au second plan le conflit au Mali, il n'en reste pas moins au coeur de l'actualité. Le retrait français de ce pays, annoncé le 17 février par le président Emmanuel Macron, devrait durer encore plusieurs mois et c'est dans cette zone que se trouve le seul otage français détenu à l'étranger, le journaliste Olivier Dubois.

"Documenter le réel pour le grand public" comme aux Etats-Unis

Pendant le tournage, l'équipe de Sentinelles a bénéficié des conseils de l'armée. "Nous avons passé une semaine en immersion dans une caserne à Orléans", raconte l'actrice Pauline Parigot, qui incarne le lieutenant Anaïs Collet et donne la réplique notamment à Louis Peres, remarqué récemment dans la série Germinal. Du matériel et des uniformes militaires ont aussi été fournis aux acteurs. Contrairement aux Etats-Unis, où de nombreuses séries ont été tournées sur des conflits en cours, comme Homeland alors que les USA étaient encore en Afghanistan, la France a jusqu'ici peu pratiqué l'exercice.

"Inspiré par une certaine pratique américaine qui n'a pas peur de documenter le réel pour le grand public, le ministère de la Défense a visiblement décidé de changer sa communication", analyse Thibaut de Saint Maurice, chercheur à l'Université Panthéon-Sorbonne.

Ce que confirme Eve-Lise Blanc-Deleuze, cheffe de la Mission Cinéma et Industries créatives du ministère des Armées: "Le grand public connaît la police, la gendarmerie, mais très mal le monde militaire et les enjeux de défense, parce qu'il y a très peu de films et de séries sur notre univers". "Il y a un vrai défaut de connaissance qu'il nous faut combler", ajoute-t-elle, et "la fiction peut être un outil".

"Comprendre ce qui se cache derrière l'uniforme" en abordant aussi les sujets tabous

Sentinelles n'est cependant pas un spot publicitaire destiné à susciter des vocations. "Ce n'est ni une série antimilitariste, ni une série de propagande", estime Thibault Valetoux. "La volonté était de faire une série sur la jeunesse et l'engagement. Or, les rangs de l'armée sont constitués de jeunes qui s'engagent", argumente-t-il. Il s'agissait de "comprendre ce qui se cache derrière l'uniforme, (...) d'aller chercher la spécificité de chacun en tant qu'être humain".

La série aborde des sujets tabous dans l'armée française : un soldat prend de la drogue, une bavure est commise après une embuscade... Cela reste une institution où l'on ne veut pas prendre le risque de heurter, contrairement à la police, constate Thibault Valetoux. Selon lui, "des séries policières avec des flics névrosés, on en voit depuis des années, on ne craint pas le crime de lèse-majesté. Quand on parle de l'armée, on marche sur des oeufs".

"On ne fait pas de la réalité" mais "de la comédie humaine"

Les soldats de Sentinelles sont par ailleurs représentatifs du recrutement très diversifié de l'armée française. Aux côtés d'une femme lieutenant - ce qui a priori n'est pas impossible car l'infanterie compte des femmes officiers dans ses rangs, même si, dans les sections de combat, il n'y en a guère -, se trouvent un caporal noir et musulman, Martial Mendy, incarné par Birane Ba, le fils d'un éminent général blanc, Julien Ravalet (Louis Peres), et un soldat musulman et d'origine maghrébine Saadi Djibril (Samy Seghir).

Comme le remarque Frédéric Krivine, "l'armée française a été quasiment depuis toujours beaucoup plus multiculturelle que d'autres secteurs de la société". "Ce n'était pas un souci politique particulier de notre part de mettre en avant cette diversité", ajoute le créateur de la saga historique Un village françaisSentinelles ne s'inspire pas d'une histoire vraie. "La réalité nous intéresse uniquement pour ne pas être décalés par rapport à ce qu'on raconte, mais on ne fait pas de la réalité: on fait de la comédie humaine", prévient-il.

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