David Soul, vedette de "Starsky et Hutch", s'engage contre Trump et pour le mouvement "Black Lives Matter" dans un documentaire émouvant

L'acteur américain a mis en ligne un documentaire de 28 minutes qui retrace l'épopée tourmentée des Afro-Américains qui a abouti au mouvement "Black Lives Matter", avant d'appeler ses concitoyens à "voter" pour écarter "la haine" et retrouver la voie de "l'amour et de la compassion".

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
L'acteur David Soul le 10 mars 2020 à Londres, lors de l'enregistrement de l'émission "This Morning" pour la chaîne ITV. (KEN MCKAY / ITV / REX / SIPA / SHUTTERSTOCK)

David Soul, interprète de Ken Hutchinson dans la série Starsky et Hutch (1975-1979), ne supporte pas Donald Trump et la façon dont la société américaine s'est fracturée, désagrégée, durant sa présidence. Il l'exprime régulièrement sur Twitter, mais à l'approche de l'élection américaine, il voulait aller plus loin. Depuis sa résidence londonienne où il se protège depuis des mois du coronavirus, l'acteur et réalisateur de 77 ans a réalisé un documentaire à la fois instructif et engagé de 28 minutes, America. Conçu avec des documents d'archives et d'actualité, le film a été mis en ligne sur les plates-formes de partage comme YouTube le 30 octobre, dans la dernière ligne droite du scrutin du 3 novembre 2020.

"Ce qui est pire que le soulèvement, c'est ce qui a provoqué le soulèvement"

America, film sans but lucratif financé par une collecte en ligne, a été inspiré à David Soul par une chanson inédite du même titre qu'il avait enregistrée il y a quarante ans. L'acteur a connu un énorme succès comme chanteur dans la seconde moitié des années 70. À l'époque, la chanson n'avait pas trouvé sa place dans un de ses albums. Aujourd'hui, il a la sensation qu'elle "attendait ces heures où les idéaux et principes de l'Amérique semblent s'être érodés dans la polarisation et la politisation du pays", confie-t-il à Franceinfo Culture, "avec une déshumanisation accrue du traitement réservé à l'Amérique noire. La justice pour celui qui a les moyens et la démocratie pour le plus offrant." Constatant l'ampleur de "la division" et "la violence" qui déchirent son pays, l'acteur a jugé "que c'était le bon moment pour utiliser cette chanson comme une fenêtre sur l'âme de l'Amérique", comme "base" d'un documentaire "rappelant les hauts et les bas de l'expérience américaine de l'égalité et de la justice" aux États-Unis.

David Soul a construit le début de son documentaire à partir des paroles de cette chanson écrite par Jack Murphy (l'un des songwriters avec lesquels il travaillait à l'époque) et qui évoque dans le premier couplet la Seconde guerre mondiale, le retour des soldats américains au foyer... Avec une phrase-clé dans le refrain qui se pose sur les images des funérailles de John Fitzgerald Kennedy : "We never had it better than when we stick together. We can weather any storm (Nous n'y arrivons jamais aussi bien que lorsque nous restons unis. Nous pouvons traverser n'importe quelle tempête)." Le père de David Soul, qui était pasteur, a travaillé autrefois auprès de l'ancien président assassiné le 22 novembre 1963.

"Même si je me vois comme un conteur, je réalise que je fais totalement partie de cette histoire, passée et présente", explique David Soul dans le communiqué de presse du film, "je suis impliqué dans la vie de mes compatriotes, dans leurs combats pour la justice et l'égalité raciales." Dans ce film, le conteur symbolique, fil conducteur de cette épopée américaine, est un somptueux oiseau de proie, le pygargue à tête blanche, emblème des États-Unis depuis 1782.

Le film s'ouvre sur les premier temps de l'Amérique du Nord, les Indiens, l'esclavage, des mots d'anciens présidents américains dont Thomas Jefferson, détenteur d'esclaves qui écrivait pourtant dans la Déclaration d'indépendance des États-Unis : "Tous les hommes sont créés égaux." Une autre citation prend une résonance particulière après les émeutes qui auront marqué 2020 outre Atlantique, celle de Frederick Douglass, ancien esclave et abolitionniste : "Ce qui est pire que le soulèvement, c'est ce qui a provoqué le soulèvement."

La saga douloureuse des Afro-Américains pour mieux comprendre les tensions de 2020

Le deuxième couplet de la chanson évoque les manifestations de 1964 contre la Guerre du Vietnam, Woodstock, l'embrasement des ghettos noirs, la voix de Martin Luther King clamant "Free at last" ("enfin libres"), sur des images du Klu Klux Klan et du carnage de Tulsa en 1921. Sont évoqués en images (parfois dures), le lynchage du jeune Emmett Till en 1955, le courage d'Elizabeth Eckford, l'une des premières Afro-Américaines à intégrer un lycée blanc, en Arkansas en 1957, le racisme incurable du gouverneur de l'Alabama George Wallace ("La ségrégation maintenant, demain et pour toujours") fustigé en musique par Nina Simone, l'acte de résistance de Rosa Parks, le Bloody Sunday durant les Marches de Selma de 1965, les mots de Martin Luther King à la veille de son assassinat le 4 avril 1968 ("Je n'y accéderai peut-être pas avec vous, mais nous atteindrons la Terre promise. Ce soir je suis heureux, rien ne m'inquiète..."). 

Après ces évocations, le film bascule dans un autre cauchemar, celui de l'histoire récente : le meurtre de l'Afro-Américain George Floyd par des policiers le 25 mai 2020, le combat de ses frères ("Je suis fatigué de la souffrance ! Arrêtez la souffrance !"), d'autres victimes des violences policières, les larmes du rappeur Killer Mike : "Je suis fatigué de voir des hommes noirs mourir. Je vois l'officier blanc assassiner un homme noir et je sais que ça vous déchire le cœur... Je n'ai rien de positif à dire pour l'instant. Mais je me dois de vous dire qu'il est de votre devoir de ne pas brûler vos propres maisons en signe de colère à l'égard de l'ennemi. Le moment est venu de planifier une stratégie, s'organiser, se mobiliser."

À la 14e minute, résonne la voix grave de David Soul qui énumère les noms d'Afro-Américains tués par la police. Suivront d'autres hommages à Martin Luther King ainsi que John Lewis, autre figure du combat pour les droits civiques, disparu le 17 juillet, des images de la physicienne de la Nasa Katherine Johnson disparue le 24 février 2020, et des allers-retours entre aujourd'hui et hier. Le Covid-19 qui frappe les plus démunis, le changement climatique, le mur dressé à la frontière mexicaine où des enfants ont été séparés de leurs parents, les suprémacistes blancs en roue libre, autant de dossiers au passif de Donald Trump énumérés par David Soul, semblent mis en opposition avec la solidarité qui avait suivi l'attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001, incarnée par le témoignage poignant d'un pompier...

Voter Joe Biden et "retrouver l'âme de l'Amérique"

L'acteur s'exprime à nouveau à la 20e minute, avec émotion, sur les photos de jeunes femmes ensanglantées, en larmes, à l'issue d'une manifestation qui a tourné au drame : "Je suis désolée ma chérie, j'aimerais tant pouvoir aider, arrêter tout ça, mais on veut juste que je balaye tout ça, que je m'assoie dessus jusqu'à la prochaine occasion de dire Plus jamais ça..." Pour s'opposer à "la haine", l'appel qui suit est limpide. David Soul invite les Américains à "voter pour un leader qui croit en la justice et l'égalité. Nous pouvons retrouver l'âme de l'Amérique, n'est-ce pas ?"

L'acteur évoque enfin, en images, des figures contemporaines de l'Amérique : le républicain John McCain (mort en 2018) qui s'était dressé contre Trump, la très respectée juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg disparue le 18 septembre dernier, et enfin Barack Obama et les figures emblématiques du "Black Lives Matter" d'hier et d'aujourd'hui, genou à terre ou poings levés...

Le documentaire, façonné avec beaucoup de cœur, s'achève par un hommage appuyé à John Lewis, et par les mots forts et poignants de Bobby Kennedy au soir de l'assassinat du pasteur King (quelques semaines avant de tomber à son tour), dont voici un extrait : "Martin Luther King a consacré sa vie à l'amour et à la justice entre les êtres humains. Il est mort pour cette cause. En ces moments difficiles, demandons-nous quel genre de nation nous sommes, quelle direction nous voulons prendre. Pour ceux d'entre vous qui êtes noirs, considérant que des blancs sont responsables, vous pouvez être emplis d'amertume, de haine et d'un désir de vengeance. Nous pouvons prendre cette direction en tant que pays et amplifier la polarisation : les noirs parmi les noirs, les blancs parmi les blancs, tous pleins de haine envers les autres. Ou alors, nous pouvons faire un effort comme le fit Martin Luther King, pour essayer de comprendre, et pour remplacer cette violence qui a fait couler le sang dans tout le pays par la compassion et l'amour."

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.