DOSSIER. Dopage : comment fonctionne la lutte antidopage sur le Tour de France 2021

Très obscure pour le grand public, la lutte contre le dopage sur le Tour de France est de plus en plus organisée. Le dernier coureur déclaré positif sur la course remonte à 2015.

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Le peloton du Tour de France 2021 entre Albertville et Valence, le 6 juillet. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Passés au second plan derrière les péripéties de course, les soupçons de dopage ont ressurgi dans les conversations autour du Tour de France 2021. Dans la ligne de mire des plus sceptiques, la domination extrême de l'actuel maillot jaune et tenant du titre Tadej Pogacar. Avant la troisième et dernière semaine, le Slovène de 22 ans a déjà relégué son plus proche concurrent à plus de cinq minutes. Un écart considérable si l'on se réfère aux précédentes éditions.

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Lors de la première journée de repos, Tadej Pogacar a assuré qu'il avait "été contrôlé trois fois" rien que le 4 juillet dernier, jour de la neuvième étape entre Cluses et Tignes. Aucune irrégularité n'a été révélée depuis le début de la course, ce qui ne suffira pas à faire disparaître les doutes. Mais ces débats éternels qui parasitent la Grande Boucle sont aussi l'occasion de se pencher sur la lutte antidopage, dont le fonctionnement reste très obscur pour le grand public.

Qui dirige la lutte antidopage sur le Tour ?

Pour l'édition 2021, l'International Testing Agency (ITA, ou l'Agence de contrôles indépendante en français) s'est vu confier la responsabilité de diriger la lutte antidopage par l'Union cycliste internationale. C'est une première pour elle sur le Tour mais pas pour ses équipes. À l'image du responsable de son unité cyclisme Olivier Banuls, la plupart de ses membres faisaient partie de la CADF (Fondation antidopage du cyclisme), qui officiait avant elle sur le Tour.

Opérationnelle depuis 2018, l'ITA a beau être jeune, elle revendique aujourd'hui travailler pour "presque 50 fédérations internationales et organisateurs d'événements sportifs majeurs", dont les Jeux olympiques. C'est par exemple elle qui a dirigé le panel ayant permis de sélectionner les athlètes russes pouvant participer aux Jeux d'hiver de Pyeongchang en 2018. "Il fallait un lieu d’expertise unique, où l’on évalue les risques de dopage correctement, de manière centralisée", expliquait en 2019 au journal Le Monde sa présidente Valérie Fourneyron, ex-ministre des Sports sous François Hollande entre 2012 et 2014.

Dans un milieu en perpétuelle adaptation, l'agence basée à Lausanne, en Suisse, a dû jouer des coudes pour se faire une place. Pour cela, elle bénéficie de l'appui de l'infuent Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO) dont le siège se situe à moins d'un kilomètre de celui de l'ITA. "Notre objectif principal est de proposer le meilleur programme antidopage possible, nécessaire pour avoir un sport propre. S'il existe encore un écart nous séparant des tricheurs, nous faisons tout pour qu'il soit le plus réduit possible", promet Olivier Banuls, pour qui l'indépendance affichée de l'agence est un atout primordial.

Qui sont les acteurs de la lutte antidopage sur le terrain ?

Deux équipes sont envoyées sur le Tour de France pour assurer l'organisation des contrôles antidopage, la deuxième prenant ses fonctions à la moitié du parcours. Chacune est composée de trois agents de contrôle de l'ITA et de deux préleveurs de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), prestataire de services pendant la course. L'AFLD lui prête également son laboratoire de Châtenay-Malabry. Au total, dix personnes sont chargées de réaliser des tests antidopage sur la totalité de la Grande Boucle, plus huit chaperons qui notifient les coureurs des prélèvements à venir.

Un technicien en train de travailler sur des échantillons dans le laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry en 2015. (FRANCK FIFE / AFP)

Ce chiffre n'inclut pas les autres missions qui sont menés par les onze membres de l'unité cyclisme de l'ITA. Des informations sont également échangées avec l'Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), dont les pouvoirs judiciaires sont requis pour constater les infractions à la loi pénale en matière de dopage. La douane et les polices des pays étrangers traversés par le Tour sont aussi mobilisées. Sans oublier un réseau d'informateurs qui font remonter leurs observations quand ils estiment avoir assisté à quelque chose de louche.

Quand et comment sont contrôlés les coureurs ?

Comme dans toutes les autres disciplines sportives, les tests antidopage ne sont pas systématiques en compétition. Les coureurs cyclistes français sont régulièrement soumis à des tests tout au long de la saison, parfois inopinés, que ce soit par l'AFLD ou par d'autres agences sur les épreuves auxquelles ils participent. "Une intensification des tests" a été observée à mesure que le Tour de France approchait, explique Olivier Banuls, le responsable de l'unité cyclisme de l'ITA.

À l'automne dernier, 560 échantillons avaient été prélevés sur la Grande Boucle précédente (406 sanguins, 154 urinaires). "Les chiffres varient très peu entre les années. Ce qui compte vraiment, c'est la qualité des prélèvements", explique Olivier Banuls. Comme l'explique le fondateur du département des contrôles de l'AFLD, Jean-Pierre Verdy, dans son livre intitulé Dopage, ma guerre contre les tricheurs, un contrôle positif peut ne pas être sanctionné en cas de vice de procédure. Positif à la nandrolone le 30 avril 1999, le footballeur Christophe Dugarry avait été blanchi par la justice en raison d'un vice de forme.

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Un protocole très strict doit être appliqué à la lettre, du prélèvement à l'analyse, en passant par le transport. Et chaque test doit être anticipé, que ce soit dans le choix du coureur ou le timing du contrôle. Si les cibles étaient longtemps aléatoires, elles sont désormais clairement identifiées. Lors du Tour de France 2021, huit prélèvements sont effectués chaque jour, et deux concernent systématiquement le vainqueur de l'étape et le maillot jaune. Les autres coureurs sont ciblés sur la base de plusieurs critères, dont les performances, l’évaluation des passeports biologiques des athlètes, les éléments de ciblage transmis par l’équipe de renseignement et investigations. Les tests peuvent être fait entre l'hôtel, le bus et l'arrivée. Tadej Pogacar a par exemple raconté avoir été "contrôlé trois fois" le dimanche 4 juillet, jour de la neuvième étape.

Quelles sont les ressources pour faire tomber les tricheurs ?

Pour détecter la présence d'une substance illicite dans l'organisme d'un coureur du Tour de France, les agences antidopage peuvent analyser des échantillons de sang et d'urine. Les phanères (cheveux, poils et ongles) n'ont pas encore de validité légale. Depuis l'instauration du passeport biologique en 2008, le sang des coureurs est surveillé sur le long terme. Et sans que cela débouche sur un contrôle positif, le taux d'hématocrite (pourcentage de globules rouges dans le sang) peut connaître des variations suspectes.

Jérémy Roubin, le sécretaire général de l'AFLD, assure que les protocoles sont tellement minutieux et surveillés par l'Agence mondiale antipodage que "la chaîne du prélèvement est extrêmement robuste". Pour déclarer un coureur positif, l'échantillon A doit être confimé par un échantillon B. Ces échantillons sont anonymisés et peuvent être conservés par congélation pendant dix ans, ce qui maintient une épée de Damoclès au-dessus de la tête des coupables. Certains pourraient donc connaître un destin à la Juan Cobo, vainqueur déchu du Tour d'Espagne huit ans après l'avoir gagné (2011) à cause d'une anomalie dans son passeport biologique.

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Au-delà du strict protocole des tests, l'ITA possède "des ressources scientifiques, juridiques et informatiques que nous n'avions pas avant", note Olivier Banuls. Celle-ci peut solliciter un laboratoire externe et indépendant pour recevoir des recommandations. Financée par les parties prenantes du cyclisme (organisateurs, équipes et UCI), l'équipe cyclisme de l'ITA compte aussi sur le réseau d'informateurs bâti par ses membres avant qu'ils la rejoignent.

Mais le nerf de la guerre reste aussi financier : des rentrées d'argent indispensables pour répondre aux exigences de la lutte antidopage moderne. En 2019, Le Monde évoquait ainsi une enveloppe de 18 millions d'euros promise par le CIO pour soutenir le développement de l'ITA, dans le cyclisme et les autres sports.

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