"Les Jeux Olympiques appartiennent au passé" selon Konstantin Grigorishin, créateur de la Ligue internationale de natation

La Ligue internationale de natation, l’ISL, réunit actuellement à Budapest les meilleurs nageurs du monde dans une compétition par équipes. Une ligue privée créée par un homme, l'ukrainien Konstantin Grigorishin, qui n'hésite pas à casser les codes du sport.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
 Konstantin Grigorishin a créé la compétition de natation ISL (14 novembre 2020). (JÉRÔME VAL / FRANCE-INFO)

Nouveau visage de la natation, la Ligue internationale de natation, l’ISL, est organisée jusqu’au 22 novembre à Budapest avec les meilleurs nageurs de la planète. Ce circuit a été créé par le milliardaire ukrainien Konstantin Grigorishin, un personnage détonnant. Franceinfo l’a rencontré à Budapest.

Franceinfo : vous avez dû revoir vos plans pour l’organisation de l’ISL cette année à cause de la pandémie. Finalement, toutes les épreuves se déroulent sur un même site à Budapest. Est-ce que cette formule vous convient ?  

Konstantin Grigorishin : C’est une très bonne formule et je pense qu’on va s’en inspirer pour le futur. Et ce sera indépendant de la situation sanitaire. Nous allons réduire les déplacements des nageurs. Ils auront une vingtaine de manches à disputer tout au long de la saison. Nous allons organiser deux grosses sessions de courses après l’été. Nous sommes une ligue très jeune et nous avons besoin de promotion. C’est plus facile à faire quand les meilleurs nageurs sont regroupés sur un même lieu.  

L’ISL est la seule compétition maintenue malgré l’épidémie de coronavirus. Est-ce que ça vous donne raison sur la viabilité de ce nouveau circuit ?  

C’est difficile de dire que nous avons raison mais la bulle sanitaire que nous avons mise en place pour les nageurs et leur staff fonctionne bien. Nous avons une mission très importante : donner de l’émotion aux gens et c’est plutôt réussi en ce moment.  

Votre philosophie est de créer un spectacle sportif. Dans votre esprit, le sport est-il d’abord un show ?  

Bien sûr que le sport est un show. Ce n’est pas une expérience scientifique, c’est un mystère. Par exemple, avoir un record du monde pendant notre compétition n’est pas une priorité pour nous. La vraie question, c’est la façon dont nous allons rythmer ce spectacle, comment procurer des émotions aux spectateurs et à quelle fréquence. Si le rythme est trop lent, impossible de toucher les gens. C’est un vrai problème.  

Votre idée est-elle de faire du sport un immense jeu vidéo réel ?  

Il faut trouver le moyen de donner beaucoup d’émotions aux spectateurs et aux téléspectateurs, de les impliquer et de promouvoir le sport. Avec l’ISL, nous avons trouvé la bonne formule. Nous allons encore innover dans les prochaines années mais si nous n’allons pas dans cette voie, le sport traditionnel deviendra marginal. Nous devons donc mettre en avant les stars de la discipline et donner du plaisir aux gens encore plus rapidement.  

L'ISL réunit depuis plus d'un mois à Budapest, dans une bulle sanitaire très stricte, la plupart des meilleurs nageurs du monde. (JÉRÔME VAL / FRANCE-INFO)

Vous avez souvent déclaré que les Jeux olympiques n’avaient pas d’avenir, qu’ils étaient archaïques. C’est juste une provocation ?  

Nous ne sommes pas la même compétition. Les Jeux, c’est un carnaval des peurs tous les quatre ans pendant deux semaines. Les joueurs de basket de la NBA sont contents de venir mais ce n’est pas leur métier. Oui, les Jeux olympiques appartiennent au passé. La preuve, c’est que l’âge moyen d’un téléspectateur aux JO de Rio, c’était 54 ans. Et à chaque JO, le nombre de jeunes de moins de 30 ans qui regardent la compétition décroît de 25 à 30%. Les Jeux sont trop traditionnels. Pour tout dire, c’est démodé. Si les Jeux olympiques veulent réussir à l’avenir, il faut qu’ils changent de formule avec plus d’interactivité, plus d’épreuves très fortes sur le plan émotionnel.  

Avec ce genre de déclaration, ne craignez-vous pas de vous faire des ennemis ?  

Si vous voulez changer les choses, vous vous faites des ennemis. Je ne peux pas dire que j’en suis fier, que j’adore. Mais je veux imposer mes idées et les gens qui ne sont pas d’accord rejettent cette frustration sur ma personne. Ça les dérange et moi, j’aime ça.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.