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JO d'hiver 2018 : baiser inédit, finish de folie, robe qui craque... Les athlètes racontent les moments les plus forts des Jeux

Franceinfo revient sur les moments forts de la quinzaine olympique, racontés par les principaux intéressés en personne.

Article rédigé par Camille Adaoust
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 14 min
La robe de Gabriella Papadakis se dégrafe lors du programme court de patinage artistique, le 19 février 2018 à Pyeongchang (Corée du Sud). (POOL FOR YOMIURI / YOMIURI / AFP)

"Les jeux, c'est des émotions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Des émotions fortes." C'est en larmes, après sa déception au 15 km de ski de fond, que Maurice Manificat décrit le mieux cette quinzaine. Athlètes comme entraîneurs, spectateurs sur place ou à distance, tous se souviendront du finish incroyable de Martin Fourcade à la fin de la mass start de biathlon, de la joie de la jeune Française Julia Pereira de Sousa, de l'incident vestimentaire de Gabriella Papadakis et de nombreux autres moments qui ont marqué ces Jeux olympiques de Pyeongchang. Alors que la compétition touche à sa fin, dimanche 25 février, franceinfo revient sur les moments forts, entre surprises, déceptions et explosions de joie.

>> JO d'hiver 2018 : regardez en direct la cérémonie de clôture

Le torse nu du Tongien : "C’est pour tous ceux qui ont eu un rêve"

Il a marqué les esprits lors de la cérémonie d’ouverture. Vendredi 9 février, alors que les délégations se succèdent au milieu du stade olympique de Pyeongchang, l’animatrice annonce le Tonga au micro. Portant le drapeau de son pays, Pita Taufatofua entre, acclamé par le public. Comme lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Rio, en 2016, il est vêtu d’un pagne traditionnel, de tongs et… c’est tout. Il s’avance torse nu, la peau huilée et luisante.

Mais si à Rio dans le stade Maracana, il faisait très bon, cette fois, les températures sont glaciales. "Il fait -10°C, il a du courage quand même", s’exclame un commentateur sur France Télévisions. Mais peu importe, pour Pita Taufatofua, qualifié pour le 15 km de ski de fond, le message à faire passer est plus important que le froid. "C’est pour tous ceux qui ont eu un rêve et à qui on a dit : 'Tu ne peux pas.' Tu peux", écrit-il fièrement.

Le plaidoyer de la bobeuse jamaïcaine : "Si en grandissant, on ne voit pas tout ceci"

Elle n’a terminé que 19e sur 20 en bobsleigh à deux. Mais ce n’est pas ce que l’on retiendra de sa participation aux Jeux. Quelques jours avant son épreuve, samedi 10 février, Jazmine Fenlator-Victorian donne une conférence de presse poignante. L’athlète jamaïcaine explique notamment pourquoi, alors qu’elle avait participé aux JO de Sotchi avec la délégation américaine, "elle a décidé de porter les couleurs du pays de son père" à Pyeongchang. "C'est important que les jeunes filles et les jeunes garçons voient quelqu'un qui leur ressemble, qui parle comme eux, qui a la même culture, les mêmes cheveux crépus et fous, la même peau sombre...", souligne l’athlète, retenant difficilement ses larmes.

Elle continue, très émue et applaudie par la salle : "Si, en grandissant, on ne voit pas tout ceci, on se dit qu'on ne peut pas y arriver. Et ce n'est pas normal. Je voulais que mes compatriotes jamaïcains voient que s'ils veulent être athlètes aux JO d'hiver et faire du ski alpin, c’est possible. Parce qu'aujourd'hui, ils voient des Jamaïcains ici."

Les pom-pom girls nord-coréennes : "Elles ont mis l'ambiance"

Elles ont souri, chanté et dansé, dans une chorégraphie synchronisée à la perfection. Elles ont surpris aussi. Samedi 10 février devant le match opposant la Corée unifiée à la Suisse en hockey féminin, les spectateurs ont découvert 230 pom-pom girls Nord-Coréennes… assez particulières.

Les pom-pom girls de la délégation nord-coréenne en train d'encourager les athlètes à Pyeongchang (Corée du Sud), le 10 février 2018. (GRIGORY DUKOR / REUTERS)

Surnommées l'"armée de beauté" en Corée du Sud, vêtues d’anoraks et de pantalons rouges, ces jeunes femmes ont animé l’épreuve et rythmé le match par leurs cris et leurs chants.

Difficile toutefois de savoir comment elles ont vécu ces Jeux. "Les approcher à moins de quelques mètres vous expose à un échange musclé avec leur escorte de suiveurs", raconte un journaliste de Libération sur place. Mais ces supportrices surmotivées ont ravi les fans présents sur place. "Je ne m'y attendais pas. Quand je les ai découvertes, je n'en avais même pas encore entendu parlé, j'avoue que ça m'a vraiment surpris", raconte à franceinfo un spectateur.

"Avant de voir qu'elles étaient nord-coréennes, je me demandais pourquoi elles agissaient comme un régiment militaire, poursuit ce Français venu assister au match entre la Corée et la Suisse. Elles ont mis l'ambiance avec des chants et des chorés très bien répétées. C'était assez impressionnant, car elles étaient éparpillées par groupes de 30 environ. Il y avait une dizaine de groupes."

La "spirale de la mort" en patinage : "Il n’y a pas de raison d’avoir peur"

L’image est impressionnante. Un photographe de l’AFP a capturé l’instant parfait, durant le programme libre de patinage artistique, le 15 février. Sur sa photo, on voit la lame des patins du Russe Alexey Rogonov à quelques centimètres à peine du visage de sa partenaire, Kristina Astakhova. "C’est une situation habituelle, commente son partenaire Alexey Rogonov à franceinfo. Il s’agit de la 'Death spiral' [ou la 'spirale de la mort'], c’est la figure la plus facile en patinage en couple."

Que les fans soient rassurés : "Pendant une 'death spiral', les deux patineurs utilisent la force centrifuge. Si vous restez bien sur vos patins, il n’y a pas de raison d’avoir peur. Ma partenaire est assez expérimentée et souple pour qu’on ne puisse pas tomber", éclaircit Alexey Rogonov. Il l’admet tout de même : "C’est une très belle photo."

La tête de la Russe Kristina Astakhova frôle le patin de son partenaire Alexey Rogonov lors de leur programme libre sur la patinoire de Gangneung aux JO de Pyeongchang. (ARIS MESSINIS / AFP)

L'émotion de Julia Pereira de Sousa : "Je n’avais pas réalisé que je participais aux Jeux"

Les derniers mètres se sont joués à quelques secondes. Et c’est en deuxième position que Julia Pereira de Sousa passe la ligne d’arrivée du snowboardcross, vendredi 16 février. Quelques mètres plus loin, elle s’effondre. Assise sur la neige, la tête entre les mains. A à peine 16 ans, la rideuse d’Isola 2000 remporte une médaille d’argent. "Je n’avais pas réalisé que je participais aux Jeux olympiques. Du coup je ne pensais pas que j’allais pleurer à la ligne d’arrivée. Mais finalement si, ça vient direct. Je n’arrêtais pas de pleurer", raconte-t-elle à RMC.

Julia Pereira de Sousa fond en larmes après être arrivée deuxième du snowboardcross, le 16 février 2018 à Pyeongchang (Corée du Sud). (MARTIN BUREAU / AFP)

Car cette place est une (belle) surprise pour la Française. "Je ne m'y attendais pas, vu la tête de cette finale, avec les filles qui étaient avec moi", explique-t-elle. Elle s’étonne donc d’être sur le podium alors qu’elle n’a "même pas encore [son] bac". La snowboardeuse oscille entre un grand sourire et les chaudes larmes. Et quand on la qualifie de vice-championne olympique, elle mélange les deux en riant : "Ne le dites pas comme ça, ça me donne envie de pleurer." Julia Pereira de Sousa l’a de toute façon bien annoncé : "Je suis une fille émotive alors je pense que je suis partie pour pleurer tous les jours pendant un mois."

Les larmes de Manificat : "Besoin de descendre au fond pour remonter très haut"

La réaction est déchirante. Très déçu d’être arrivé cinquième du 15 km de ski de fond, le Français Maurice Manificat n'a pas caché son amertume, juste après sa course le 16 février. "J'avoue que je ne m'attendais pas à ça, commence-t-il, avant d’être rattrapé par l’émotion. C’est une grosse déception. Je suis vraiment désolé. Je n’ai pas ramené la médaille. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je voulais le faire pour le ski de fond français", continue l’athlète, en larmes.

"Il fallait que ça sorte", a commenté Maurice Manificat quelques jours plus tard. Il a finalement eu de quoi se consoler, avec deux médailles de bronze : l'une en relais 4x10 km et l'autre en sprint par équipes. Ces larmes, "c'est peut-être ce qui m'a permis de rester concentré, de garder mon énergie. Il y a besoin de descendre au fond pour remonter très haut."

L’incompréhension de Ledecka : "Je pensais que c'était une erreur de chronométrage"

Elle est restée de longues secondes immobile, incrédule dans l’aire d’arrivée. Samedi 17 février, la Tchèque Ester Ledecka ne semble pas comprendre ce qu’affiche le tableau des résultats du Super-G dames. Que veut dire cette lumière verte qui apparaît à la fin de sa descente ? Elle se tourne vers sa mère pour lui demander si elle a raté une porte, raconte Le Monde. Non, la petite couleur n’indique pas une erreur mais… une première place.

"Je pensais que c'était une erreur de chronométrage, glisse-t-elle une fois redescendue sur Terre. Je me disais : 'OK, ils vont changer le temps, j’attends un peu. Ils vont ajouter des secondes.' Je fixais l’écran et il ne se passait rien. Mais tout le monde autour de moi, dans la tribune, criait, alors je me suis dit : 'Tout est vrai.'" Car ce n’est pas sur des skis qu’Ester Ledecka était particulièrement attendue. La double championne du monde de snowboard, désormais championne olympique de ski alpin, était en effet l'une des favorites sur l’épreuve du slalom géant parallèle de snowboard qu'elle a remportée, samedi 24 février, devenant ainsi la première athlète à gagner dans deux sports différents.

Lors de la conférence de presse qui a suivi sa victoire en ski, elle a même surpris les journalistes en débarquant avec son masque sur le visage. "Ma victoire n'était pas prévue et je ne suis pas maquillée", a-t-elle justifié.

Le baiser de Gus Kenworthy: "La seule façon de changer les choses"

Il n’a terminé que douzième, mais son passage à Pyeongchang restera dans l’histoire. Après avoir atteint la zone d’arrivée de la finale de ski slopestyle, dimanche 18 février, l’Américain Gus Kenworthy s’est dirigé vers son petit ami, Matthew Wilkas, et l’a embrassé. Ce que tous deux ne savaient pas, c’est qu’ils étaient filmés et retransmis en direct à la télévision. Une séquence rapidement devenue virale et considérée comme l’un des plus beaux moments de cette quinzaine.

Le champion américain de slopestyle, Gus Kenworthy, embrasse son petit ami après une épreuve, dimanche 18 février 2018, lors des JO de Pyeongchang (Corée du Sud). (GUS KENWORTHY)

"Je n'avais pas réalisé qu'on était filmés mais je suis tellement heureux qu'on l'ait été. Jamais dans ma jeunesse, je n'aurais pu imaginer voir deux hommes s'embrasser à la télé pendant les JO mais pour la première fois, un jeune qui regarde la télé peut le voir. L’amour, c’est l’amour", a réagi sur les réseaux sociaux l’Américain de 26 ans.

S'exprimant peu après son baiser, Gus Kenworthy s'est félicité de l'évolution des mentalités. "La seule façon de changer les choses, de casser les barrières, de lutter contre l'homophobie, c'est à travers la représentation, a-t-il déclaré. Et ce n'est certainement pas quelque chose qui existait quand j'étais enfant. Je n'ai jamais vu un athlète gay embrasser son petit ami. Si ç'avait été le cas, ç'aurait été beaucoup plus facile pour moi. C'est quelque chose que j'aurais aimé faire aux derniers Jeux olympiques, mais j'avais trop peur de le faire."

Le finish fou de Fourcade : "J’ai tellement l’impression d'être derrière"

Il a attendu pendant de longues minutes. Médaille d’or ou d’argent ? Quelques instants après avoir franchi la ligne d’arrivée de la mass start de biathlon, Martin Fourcade ne sait toujours pas avec quelle breloque il repartira. On l’entend poser la question aux journalistes et spectateurs autour de lui. Un petit peu plus tôt, il jetait son pied en avant pour passer devant l’Allemand Simon Schempp. "Il y a quatre ans, j’étais sur le point de réaliser quelque chose d’inédit sur la mass start de Sotchi et pour trois petits centimètres, je m’incline devant Emil Svendsen. Et c’est vrai que dans tout le dernier tour [à Pyeongchang], je me suis dit : 'Mais ça va se passer pareil, c’est pas possible, c’est l’histoire qui se répète'", explique-t-il à France Télévisions. Mais cette fois-ci, c’est bien à lui que la photo finish sourit.

Martin Fourcade passe devant Simon Schempp à l'occasion de la mass start de biathlon, le 18 février 2018 à Pyeongchang (Corée du Sud). (FRANCE TELEVISIONS)

Quand on lui annonce enfin sa victoire, il n’en revient pas. "J’attends toujours qu’on me dise que je suis second. Quand je jette le pied, je sais que j’ai bien fait. J’ai tellement l’impression d'être derrière." Quelques centimètres (une fixation, pour être exact) le séparent pourtant de Simon Schempp. "Je suis extrêmement heureux."

Le "robe gate" de Papadakis : "Mon pire cauchemar est arrivé aux Jeux"

Les spectateurs ne l’ont sans doute pas remarqué tout de suite. Et pourtant, c’est le petit détail qui a gâché le programme court des patineurs français Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, le 19 février. "Dès le premier mouvement", la robe de l’athlète s’est décousue dans la nuque. "Je me suis rendue compte que ça s’était dégrafé. Je me suis dit : 'Bon et bien, on va continuer quand même'", décrit à France Télévisions Gabriella Papadakis. Et pour cause, elle explique qu’une pause pour régler le problème aurait coûté aux Français cinq points sur la note de leur épreuve.

La robe de Gabriella Papadakis se dégrafe lors du programme court de patinage artistique, le 19 février 2018 à Pyeongchang (Corée du Sud). (POOL FOR YOMIURI / YOMIURI / AFP)

A la sortie de la patinoire, la déception est grande. "Ça m'a beaucoup déconcentrée, mon pire cauchemar est arrivé aux Jeux olympiques", réagit-elle. "C'était dans notre esprit pendant tout le programme, ajoute Guillaume Cizeron. C'est sur le twizzle [une série de pas tournants] que ça nous a le plus affectés, parce que quand vous tournez, c'est dur de garder votre robe alors qu'elle ne tient plus." Ils évoquent les mois de travail jetés aux oubliettes à cause d'un si petit détail : "S’entraîner pour des Jeux olympiques, mettre tant d’heures de travail, pour que quelque chose comme ça arrive, c’est un peu frustrant", note Gabriella Papadakis.

Les deux Français sont malgré tout arrivés deuxièmes à l'issue du programme court, derrière leurs rivaux numéro un, les Canadiens Tessa Virtue et Scott Moir. Des péripéties vite oubliées le lendemain, au moment de décrocher la médaille d’argent de danse sur glace. Et, cette fois-ci, sans soucis vestimentaire.

La blessure d’Ophélie David : "Une peur immense s’est abattue sur moi"

C’est une médaille qu’elle convoitait. Vendredi 23 février pourtant, Ophélie David n’a pas pu prendre le départ du skicross. Un peu plus tôt, mardi, elle a annoncé sur les réseaux sociaux qu’elle s’était blessée. "Lors de l’entraînement, je suis arrivée sur un module avec un peu plus de vitesse que prévu. Il y avait un trou derrière. J’ai décollé et j’ai atterri au fond du trou. Mon genou n’a pas tenu", explique-t-elle à franceinfo. Lors d'une nouvelle tentative dans la descente, "j’ai luxé mon ménisque, mon genou s’est bloqué immédiatement".

Chers tous, je ne serai malheureusement pas au départ du SkiX Olympique , j’ai chuté lors des entraînements, je me suis rompu les ligaments croisés et luxé le ménisque du genou gauche C’est triste, je n’imaginais pas finir ma carrière comme ça mais... c’est avec beaucoup de fierté et de gratitude que je me retourne sur ces 15 années en coupe du monde Et c’est avec encore plus de fierté que j’ai porté les couleurs de la France ⚪️. Faire partie de cette équipe de France et de la famille du sport français restera pour moi le plus grand des cadeaux ! Merci pour vos messages de soutien (avant ma blessure) et vos messages de réconfort (après), vous êtes géniaux ! Merci à tous mes fidèles partenaires ( je vous ferai la liste quand j’aurai le droit après les Jeux !) Tous ensemble derrière les bleus !!! #espritbleu Que la chasse aux médailles continue !

Une publication partagée par ophelie david (@ophedavid) le

Grosse "déception" pour la doyenne des Bleus. "Une peur immense s’est abattue sur moi. Pour la première fois, je me suis dit que je pouvais peut-être ne pas faire cette course", se souvient-elle. "C’est triste, je n’imaginais pas finir ma carrière comme ça", regrette-t-elle dans un texte écrit sur Instagram. Après cette annonce, la skieuse de l’Alpe d’Huez a reçu de très nombreux messages de soutien, d’athlètes comme de supporters. "Ca fait chaud au cœur." Malgré cette désillusion, elle retiendra de cette quinzaine de bien meilleurs souvenirs : "L'ambiance pleine de bienveillance, l’unité de l’équipe de France olympique, un état d’esprit rare et surtout beaucoup de professionnalisme, de la bonne humeur, de jolies rencontres", énumère-t-elle. Sans oublier : "Une nourriture super bonne."

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