Finale de la Ligue des champions : pourquoi la version des autorités françaises et de l'UEFA, qui invoquent la circulation de faux billets, est contestée

La polémique enfle autour des responsabilités de chacun dans les couacs organisationnels de la finale de la Ligue des champions entre Liverpool et le Real Madrid, samedi soir.

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Un cordon de policiers mis en place devant des supporters de Liverpool après la finale de la Ligue des champions, au Stade de France, le 28 mai 2022. (THOMAS COEX / AFP)

"Fiasco", "soirée de chaos"… Après une finale de Ligue des champions marquée par des scènes de violence aux abords du Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), samedi 28 mai, la polémique enfle autour des responsabilités des uns et des autres. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, présent dans la soirée au PC sécurité du stade aux côtés de la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a rapidement désigné, sur Twitter, "des milliers de 'supporters' britanniques, sans billet ou avec des faux billets", qui "ont forcé les entrées et, parfois, violenté les stadiers"Même son de cloche du côté de l'UEFA, qui avance que "des milliers de spectateurs" se sont présentés avec de "faux billets qui ne fonctionnaient pas", créant "une accumulation de spectateurs" dans les files d'attente.

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a finalement décidé, dimanche soir, de saisir le procureur de la République pour une "fraude massive aux faux billets", s'appuyant sur l'article 40 du code de procédure pénale. Didier Lallement met en avant la présence de 30 à 40 000 spectateurs supplémentaires aux abords du Stade de France, sans billets valables. Mais cette version est contestée. Franceinfo vous explique pourquoi, à la veille d'une réunion ministérielle prévue lundi à 11 heures pour "cerner les dysfonctionnements" qui ont conduit aux incidents.

Parce que le problème des faux billets est connu

Directeur général de Football Supporters Europe (FSE), Ronan Evain dénonce, sur franceinfo, "les conclusions tirées par le ministre de l'Intérieur et la ministre des Sports". "Cette histoire de faux billets, malheureusement, fait partie de la culture du supporterisme à Liverpool, estime-t-il. Si c'est un faux billet, la personne est expulsée et fin de l'histoire." Selon lui, il s'agit d'un problème "connu", "identifié", "généralement bien traité par les organisateurs de finales" et, finalement, "marginal".

Un argument repris par Pierre Barthélemy, avocat de plusieurs groupes de supporters français, présent à Saint-Denis en tant qu'observateur pour l'association Football Supporters Europe. "Il y avait des faux billets et des fausses accréditations, on en a vu, mais de manière très marginale", décrit-il dans Le Parisien. Pierre Barthélemy qualifie le problème de "prétexte", d'"argument opportuniste". Les supporters de Liverpool "se sont très bien comportés" et "ont su garder leur calme malgré l'attente interminable, le manque d'informations et les gaz lacrymogènes", ajoute l'avocat. Et il n'est pas le seul à saluer leur comportement.

Parce que les Anglais ont été "exemplaires", selon des policiers de Liverpool

"La question, c'était surtout celle des gens sans billet qui se sont trouvés autour du Stade de France, qui ont essayé de rentrer en force, soit en passant par-dessus les tourniquets, soit, pour les plus sportifs d'entre eux, en essayant de passer par-dessus les grilles du Stade de France. Et là, majoritairement, ce n'était ni des supporters de Liverpool, ni des supporters du Real Madrid, mais plutôt des jeunes Parisiens qui sont venus tenter leur chance autour du Stade de France", juge Ronan Evain.

De leur côté, des officiers de la police de Liverpool, déployés comme observateurs et agents de liaison lors de tous les déplacements européens, ont constaté que "l'immense majorité" des supporters anglais "se sont comportés d'une manière exemplaire, arrivant tôt aux tourniquets et faisant la queue" comme demandé. "La seule agressivité que nous avons vue, elle venait de la police française, on avait presque l'impression qu'ils étaient venus en découdre", a témoigné un supporter interrogé par Sky Sports à son retour. Il a également décrit des tentatives d'intrusion, mais aussi des agressions et des vols, commis par de jeunes Français cherchant à profiter de la cohue devant le stade.

La préfecture de police de Paris assure, elle, que les tentatives d'intrusion ou d'utilisation de faux billets étaient "globalement" le fait de "supporters anglais", avec "aussi sans doute quelques Parisiens ou Dyonisiens". Pour faire la lumière sur ce qu'il s'est réellement passé, la secrétaire d'Etat britannique chargée de la Culture et des Sports, Nadine Dorries, a demandé dimanche à l'UEFA une "enquête officielle" sur les causes des incidents.

Parce que l'organisation autour du Stade de France est souvent décriée

"Il y a des enseignements à tirer, tout ne s'est pas déroulé de la meilleure des façons", a finalement reconnu, dimanche en début de soirée, sur franceinfo, la porte-parole de la préfecture de police de Paris. "En attendant, l'expérience de la préfecture de police dans la gestion des grands événements sportifs a déjà été éprouvée. Nous avons accueilli l'Euro 2016, et encore récemment la Coupe de France au Stade France, et tout s'est bien passé", ajoute Loubna Atta.

Ce n'est pas l'avis de Ronan Evain. "On doit se poser la question de savoir si la France avait la capacité d'organiser [cette finale] au regard de difficultés organisationnelles répétées autour du Stade de France qu'on avait déjà vues sur l'Euro 2016, sur certaines finales de Coupe de France. Ce sont des problèmes qui sont anciens, connus, très importants", déplore-t-il. Il pointe "un problème ancien de circulation, de mobilité, autour du Stade de France, qui était exacerbé" samedi. "Il y a un problème très spécifique, qui est celui du nombre de stadiers disponibles, de leur formation, de leur qualité professionnelle, de l'expérience professionnelle, qui se pose depuis le retour au stade et l'épidémie de Covid-19", ajoute le directeur général de Football Supporters Europe.

Pour leur part, le maire PS de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, et le président PS du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, ont réclamé "une commission d'enquête rapide et transparente sur les manquements qui ont conduit aux débordements" de samedi.

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