Vuelta : Romain Bardet, un changement d'équipe réussi sans se renier

Le Français sera samedi au départ du Tour d’Espagne pour la deuxième fois de sa carrière.

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Romain Bardet sera au départ de la Vuelta, samedi 14 août, pour la deuxième fois de sa carrière. (LAURENT LAIRYS / AFP)

Un saut dans l’inconnu. Lorsque Romain Bardet avait annoncé son départ d’AG2R La Mondiale (désormais AG2R-Citroën) pour la formation DSM en 2021, c'était le signe d'une nouvelle ère pour lui qui n’avait connu que sa formation de toujours. Depuis ses débuts en 2012, le natif de Brioude avait toujours joué la continuité, lové dans son cocon chambérien qu'il agrémentait chaque été du Tour de France ces huit dernières années. En tranchant finalement avec son quotidien "pour se mettre en danger" comme il l'avait confié à L'Equipe, Bardet avait pris un risque, à un âge charnière (30 ans) et donc risqué pour un coureur.

Presque un an plus tard, le Français au départ du Tour d'Espagne, samedi 14 août, a déjà validé son choix de changer de crémerie. Le coureur a terminé les quatre courses par étapes disputées dans le top 10 : 8e de Tirreno-Adriatico, 9e du Tour des Alpes, 7e du Tour d’Italie et récemment 6e du Tour de Burgos. Tout a changé autour de lui, mais Bardet a de nouveau fait ce qu’il sait faire de mieux : une fiabilité à toute épreuve.

Découverte réussie du Giro

Surtout, il n'a pas simplement changé d'équipe pour faire les mêmes courses, il a également tranché dans le vif en délaissant la Grande Boucle pour la première fois depuis 2013 afin de découvrir son premier Tour d'Italie en mai, et son deuxième Tour d'Espagne, à partir de samedi.

Sur le Giro, il avait terminé deuxième d’une étape pluvieuse derrière l’intouchable Egan Bernal, vainqueur final. "C'était dur mais ça fait du bien ! Depuis 2018 j'ai eu des hauts et des bas. Cela fait plaisir d'avoir de bonnes sensations", se réjouissait-il à l'arrivée.

Cinquième à l'aube du contre-la-montre de l'ultime étape, l'Auvergnat avait finalement glissé au septième rang, victime de ses lacunes dans l'effort solitaire sans pour autant exploser (31e de l'étape), signe qu'il avait les jambes pour tenir jusqu'au bout. "Je n'ai pas attaqué le Giro à 100 % afin d'arriver à mon meilleur niveau en troisième semaine. Il me manquait ces quelques watts que la compétition apporte. Maintenant je suis dans mes meilleures valeurs", analysait-il à cinq jours de l'arrivée à Milan.

Impasse sur les JO

Absent des JO de Tokyo à la demande de son équipe, Bardet a dû faire l'impasse sur deux rendez-vous qu'il n'aurait peut-être pas raté avec AG2R : le Tour et les Jeux. Choix tranché, dur à accepter ? Sans doute, mais une nouvelle vie implique aussi des sacrifices. "On a de gros objectifs avec DSM qui nous attendent en fin de saison et ce n'était pas possible d'avoir un pic de forme à Tokyo avec ce programme-là", avait justifié Bardet, qui avait pourtant annoncé en début d'année renoncer au Tour en raison de la présence des Jeux à la suite.

Lui comme son sélectionneur ont donc revu leurs plans."J'ai discuté avec son équipe lors du critérium du Dauphiné (30 mai-6 juin, ndlr). Je respecte leur position, si j'avais été à leur place j'aurais peut-être fait pareil. Ce sont eux qui le paient", acquiesçait Thomas Voeckler, sans doute déçu de ne pas pouvoir compter sur Bardet avec un tel profil autour du Mont Fuji.

Bardet n'était donc pas du voyage à Tokyo, mais la suite lui a donné raison. Il a en effet conjuré un sort étonnant pour un coureur de sa trempe : il a levé les bras. Lui qui ne comptait que sept victoires professionnelles dans sa carrière et ne s'était plus imposé depuis la Classic de l’Ardèche en 2018, a renoué avec les joies du succès lors du récent Tour de Burgos, le 5 août dernier. Signe que son intégration au sein du collectif de l’ex-formation Sunweb est plus que réussie.

Tour d'Italie 2021 : Egan Bernal gagne en solitaire devant Romain Bardet

Première victoire depuis trois ans

En solitaire, le grimpeur de l’Allier est allé dompter le Picon Blanco, un col hors-catégorie (que la Vuelta retrouvera d'ailleurs dès lundi), pour réparer une autre anomalie de son parcours : avec cette victoire, il a endossé pour la première fois un maillot de leader. Maillot qu’il a perdu deux jours plus tard, lors de l’ultime étape, en proie à des douleurs au dos consécutives à sa récente chute. "Dans la montée finale, j’ai souffert des effets de ma chute il y a deux jours, alors je me suis juste battu jusqu’à la ligne pour obtenir le meilleur résultat possible. Nous avons fait une belle course ici en équipe et nous pouvons prendre confiance en nous pour la Vuelta", expliquait-il à l’arrivée.

De quoi jeter le voile sur son dernier objectif de l’année : le Tour d’Espagne (14 août - 5 septembre), qu’il n’a disputé qu’une seule fois (17e en 2017). Visiblement diminué, Bardet aura eu une semaine pour faire disparaître ces maux de dos, qui font tant souffrir celui qu’il a si souvent affronté sur les pentes du Tour de France : Thibaut Pinot.

Si son dos est toujours douloureux, difficile d’imaginer le grimpeur français s’immiscer dans le top 10 avec un plateau toujours relevé : Egan Bernal, Richard Carapaz, Adam Yates (Ineos-Grenadiers), Primoz Roglic (Jumbo-Visma), Aleksandr Vlasov (Astana), Mikel Landa (Bahrain-Victorious), Rigoberto Uran (EF Education-Nippo) seront de la partie. D'autant que la formation DSM sera plus déplumée de lieutenants de luxe qu’Ineos, Jumbo ou Bahrain-Merida, malgré la présence du prometteur Michael Storer, vainqueur du Tour de l'Ain fin juillet, et déjà très à l'aise aux côtés du Français sur le Tour d'Italie. 

Un dos récalcitrant

Autant de concurrents à un top 5 que le Français va devoir affronter à partir du départ à Burgos, samedi, jusqu’à l’arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle. Deux villes qui bornent cette 76e édition du Tour d’Espagne, et qui seront les deux exercices chronométrés (prologue de 7,1 km à Burgos, contre-la-montre de 33,8 km à Compostelle) de cette édition.

Cette ultime étape coûtera-t-elle cher à Bardet, comme l'a été celle de Milan en Italie ? Peut-être. Mais cela ne devrait pas suffire à obscurcir le constat d'un transfert réussi et d'une prise de risque bénéfique. Le nouveau souffle espéré a bien eu lieu, et peut prendre une nouvelle dimension. A condition que son dos le laisse tranquille.

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