ENTRETIEN. Tour de France 2021 : Pavel Sivakov (Ineos Grenadiers) "ne voit pas Pogacar craquer"

Le coureur franco-russe de la formation Ineos Grenadiers livre ses impressions sur ce Tour de France ainsi que ses objectifs pour la fin de saison.

Article rédigé par
De notre envoyé spécial - Théo Gicquel - franceinfo: sport
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Pavel Sivakov (Ineos-Grenadiers) lors du Giro 2021. (DARIO BELINGHERI / AFP)

Né en Italie, de nationalité franco-russe, habitant en Andorre et coureur pour la formation britannique Ineos Grenadiers, Pavel Sivakov (24 ans) observe de loin mais avec attention le Tour de France où Tadej Pogacar malmène sa formation mais aussi toutes les autres. Celui qui avait ouvert la porte à une arrivée en équipe de France dans le futur disputera ensuite les Jeux olympiques cet été avec la délégation russe. 

Quelle analyse faites-vous de ce Tour à une semaine de l'arrivée ?

Pavel Sivakov (Ineos Grenadiers) : Je n'ai jamais vu ça ! Tous les jours, ça a l'air de rouler à bloc. Les écarts sont énormes, il y a de grosses défaillances, c'est impressionnant. Chaque jour, c'est une bataille pour prendre l'échappée. Le fait que Tadej Pogacar soit en avance ouvre des portes aux attaquants quasiment tous les jours. Ça bataille énormément, ce qui aide aussi son équipe, qui n'a pas à contrôler en début d'étape. C'est un des Tours les plus durs que j'ai vus, avec une première semaine mentalement très compliquée, avec beaucoup de chutes et de nervosité. Mais si on a de bonnes jambes sur ce Tour, il y a vraiment moyen de se faire plaisir !

Votre coéquipier Richard Carapaz peut-il bousculer Tadej Pogacar d'ici Paris ?

Je vais être honnête, ça va être compliqué. Je ne vois pas Pogacar craquer. J'espère vraiment que l'équipe puisse gagner, mais ça me paraît très difficile. Pogacar, en ce moment, a l'air imbattable, ça va être compliqué de le battre physiquement et tactiquement. Sur une bonne journée, c'est le plus fort, il n'y a pas photo. C'est impressionnant à voir. Mais on ne sait jamais, personne n'est à l'abri d'une défaillance. Il faut continuer à se battre, et je sais que Richard est un battant, il ne va rien lâcher. J'espère qu'il finira sur le podium.

Sepp Kuss s'est imposé lors de la 15e étape du Tour de France entre Céret et Andorre-la-Vieille, longue de 191,3 kilomètres et synonyme d'entrée dans la haute montagne au cœur des Pyrénées. L'Américain a réussi à lâcher ses compagnons d'échappée dans le col de Beixalis, dernière difficulté du jour. Alejandro Valverde et Wouter Poels complètent le podium. Au général, Guillaume Martin a perdu sa deuxième place et redescend en 9e position.

Votre équipe semble plus forte que la sienne, pourtant elle a du mal à faire la différence...

Son équipe n'est pas aussi forte, mais au final, c'est entre les leaders que ça va compter. Richard (Carapaz) a encore essayé dans le col de Beixalis (dimanche), ça n'a pas marché, mais il faut continuer d'essayer. On peut faire un train exceptionnel toute la journée, si finalement on n'arrive pas à décrocher le leader, c'est compliqué. Mais on fatigue son équipe tous les jours : peut-être qu'à l'usure il va craquer, donc il faut continuer.

Quel regard portez-vous sur le Tour des Français ?

Julian (Alaphilippe) a fait un départ exceptionnel, c'était vraiment beau à voir. Guillaume Martin était deuxième au classement général dimanche matin. C'est normal qu'il ait été décramponné après son échappée de samedi, on le paye toujours à un moment ou un autre. Ce n'est peut-être pas la meilleure année pour les Français, mais c'est un Tour très compliqué, il y a pas mal de défaillances et de chutes.

Quel bilan tirez-vous à titre personnel de votre début de saison ?

Je n'en suis pas super content. J'ai eu une grosse déception au Giro, j'étais en très bonne condition et puis j'ai chuté (lors de la 5e étape). Ça a été un début de saison compliqué plus mentalement que physiquement. J'essaye de revenir à un très bon niveau pour cette fin de saison. Les Jeux olympiques arrivent dans deux semaines, puis j'espère être sélectionné sur la Vuelta. Il va falloir prouver. Ça va me faire revenir un pas en arrière : si je vais sur la Vuelta, c'est pour protéger notre leader, alors que j'étais allé au Giro en tant que co-leader avec Egan Bernal.

"Pour l'instant, je reste avec la Russie. C'est aussi plus facile pour moi d'être sélectionné avec ce pays, on verra dans le futur."

Pavel Sivakov

à franceinfo: sport

L'épreuve de cyclisme sur route des Jeux olympiques a lieu le 24 juillet, quels sont vos objectifs avec la Russie ?

Honnêtement, je ne sais pas. Je n'ai pas été au top au Tour de Suisse (46e du classement général), donc j'espère retrouver mon meilleur niveau. Je ne vais pas me mettre de grosse pression pour cet objectif. Ça a peut-être été un souci par le passé : je me mettais trop de pression. C'est aussi pour ça que j'ai mal vécu cette chute du Giro. S'il y a une médaille, ce serait exceptionnel. C'est le rêve de tout athlète, pas que les cyclistes. On verra, je vais vraiment prendre du plaisir à Tokyo, même si sans public ce sera différent de ce que tous les autres ont connu.

Une fois les JO terminés, envisagez-vous toujours de rejoindre la sélection française dans le futur ?

Je n'y ai pas trop repensé. Je me concentre sur cette olympiade et ensuite on verra. Il y a une période de quatre ans* ensuite (pour être éligible avec la France), donc ça devrait être limite. Pour l'instant, je reste avec la Russie. C'est aussi plus facile pour moi d'être sélectionné avec ce pays, on verra dans le futur.

*  trois ans en réalité selon l'article 41 de la charte olympique, sauf dérogation. 

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