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Mondiaux d'athlétisme 2022 : après une longue bataille judiciaire liée à son hyperandrogénie, Caster Semenya retrouve le haut niveau à Eugene

Grâce aux retraits de plusieurs coureuses, la double championne olympique va prendre part aux séries du 5 000 mètres dans la nuit de mercredi à jeudi.

Article rédigé par franceinfo: sport - Tom Nouvian
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
La Sud-Africaine Caster Semenya lors des championnats d'Afrique d'athlétisme à Saint-Pierre (Maurice), le 19 juillet 2022. (FABIEN DUBESSAY / AFP)

Un vrai parcours de combattante. Attendue dans la première série du 5 000 mètres, la sprinteuse sud-africaine Caster Semenya retrouve dans la nuit du mercredi 20 juillet au jeudi 21 juillet les Mondiaux, à Eugene (Oregon).

Double championne olympique sur 800 mètres (en 2012 et 2016), triple championne du monde sur la même distance (2009, 2011 et 2017), l'athlète de 31 ans avait participé à ses derniers mondiaux en 2017, à Londres. Cinq ans plus tard, à Eugene dans l'Oregon, la sprinteuse dont l'androgynie a déclenché des procédures juridiques restrictives de la part des instances dirigeantes, met fin à une longue traversée du désert.

Pour le président de World Athletics (l'ancienne Fédération internationale d'athlétisme), Sebastian Coe, s'est montré catégorique mardi, en conférence de presse : Caster Semenya "a le droit d'être ici". "Si elle décide de concourir sur une distance sur laquelle ne s'appliquent pas les restrictions [du règlement] c'est son choix, et elle sera traitée de la même façon que n'importe quelle autre athlète".

Bataille juridique depuis 2009

Caster Semenya est devenue un symbole des déboires des athlètes hyperandrogènes, dont l'organisme présente une production excessive d'hormones masculines. Elle mène un long bras de fer avec la World Athletics depuis 2009, année de son premier sacre mondial à Berlin.

En 2019, elle a été interdite de participer aux compétitions internationales allant du 400 mètres au mile (1 609 m) si elle ne prenait pas de traitement permettant de faire baisser son taux de testostérone pendant une période continue d'au moins six mois. Selon World Athletics, un taux trop élevé offre aux athlètes concernées un avantage injuste dans la catégorie féminine. Le Tribunal arbitral du sport (TAS), la plus haute instance du sport mondial, a appuyé la décision dans un jugement en 2019. Le recours de la double championne olympique a été rejeté un an plus tard.

Refusant tout traitement, la Sud-Africaine estime que la fédération l'a traitée comme un "rat de laboratoire". Voilà pourquoi elle a décidé changer de distance pour contourner la nouvelle juridiction. En vue des Jeux olympiques de Tokyo, Semenya a essayé de se qualifier pour les séries du 200 mètres. En 2019, elle a pris le départ de cinq courses officielles, réussissant au mieux un temps de 23''50, bien loin des minima nécessaires (22''80).

Caster Semenya a aussi tenté le 5 000 mètres pour se rendre au Japon. Si elle a remporté le championnat sud-africain en 2019, sa marque de 16'05''97 se situait 45 secondes au-delà du meilleur temps de cette année-là.

Repêchée de dernière minute

Toutefois, trois ans plus tard, la Sud-Africaine a bien amélioré son chronomètre. Cette saison, elle a signé un record personnel sur 5 000 m en 15'31''50. Le temps n'était pas suffisant pour atteindre les minimas imposés par la World Athletics (15'10''00) pour les mondiaux d'Eugene. Dès lors, l'athlète de 31 ans ne figurait pas sur la liste, révélée sur Twitter le 1er juillet, des athlètes sud-africains envoyés aux Etats-Unis cet été.

Caster Semenya est pourtant parvenue à se décrocher son billet pour Eugene, en intégrant in extremis la liste des inscrits (PDF) en raison de forfaits d'athlètes mieux classées, a précisé un porte-parole de l'équipe sud-africaine à Reuters (article en anglais).

Celle qui a été la porte-drapeau de son pays aux Jeux olympiques de Londres ne figure pas parmi les favorites sur la piste de l'Hayward Field. Parmi les 37 coureuses retenues pour les deux séries de qualifications, 32 ont réalisé un meilleur temps que la Sud-Africaine cette saison. Mais l'important se trouve sans doute ailleurs : en participant aux Mondiaux, Caster Semenya a déjà réussi sa course.

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