JO 2021 : soulagés mais un peu frustrés, comment les athlètes ont-ils vécu ces Jeux si particuliers ?

À l'issue des Jeux de Tokyo, retour sur l’expérience de la quinzaine olympique avec quatre athlètes qui sont rentrés du Japon.

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L'équipe de France de handball féminin après sa victoire en finale face au comité olympique russe, le 8 août (FRANCK FIFE / AFP)

Ils pourront dire qu'ils ont vécu l'édition des Jeux olympiques la plus spéciale de l'Histoire. Les 11 000 athlètes présents à Tokyo ont déjà quitté le Japon ou vont le faire dans les prochaines heures, plus de deux semaines après le début d'une 32e édition bien particulière. Pour le Japon comme pour les sportifs, la cérémonie de clôture a permis de pousser un grand ouf de soulagement. Après le report, les incertitudes concernant le maintien, les rumeurs d'annulation à quelques jours de la cérémonie d'ouverture, le plus grand événement sportif du monde s'est bien tenu.

Vu de l'extérieur, ces Jeux semblent s'être bien déroulés. Le Japon aura bien connu une hausse du nombre de cas de Covid-19 dans le pays depuis le début des JO le 23 juillet dernier (de 4 082 cas par jour à 15 035 le 8 août), mais les autorités locales ont précisé que cette augmentation n'avait pas grand-chose à voir avec l'arrivée au Japon d'athlètes venant du monde entier. Il faut dire que le pays organisateur avait mis les petits plats dans les grands pour éviter toute explosion de cas dans le village olympique.

Hugo Hay après avoir raté la qualification en finale du 5 000 m, le 3 août (HERVIO JEAN-MARIE / KMSP)

"C'était nickel, tout était bien encadré. Les risques étaient vraiment diminués, on n'était pas du tout en contact avec la population", explique le fondeur Hugo Hay. Comme le Français de 24 ans, une flopée de sportifs présents à Tokyo a participé à ses premiers Jeux olympiques dans ces conditions si particulières. Hay, qui a échoué à se qualifier pour la finale du 5 000 m, retiendra un souvenir mitigé de ce voyage initiatique.

"Je n'ai pas de point de comparaison car c'étaient mes premiers Jeux. Mais c'était un peu moins bien par rapport à ce que je m'étais imaginé, parce que c'était forcément moins festif", souligne l'athlète, avant d'évoquer machinalement des souvenirs qui resteront gravés : "Le village olympique, c'est top. Ça te met dans l'ambiance. Tu croises des gens, tu sors du petit déjeuner et tu croises Yao Ming, Rudy Gobert, Karsten Warholm. Tu prends le bus avec Shelly-Ann Fraser-Pryce devant toi. C'est quand même fou."

Un village olympique moins animé

Sur le village olympique, l'ambiance n'était pas forcément la même qu'à Rio il y a cinq ans. Les athlètes ont passé la quinzaine à tenter d'apprivoiser les méthodes pour communiquer au-delà des plexiglas qui les séparaient à la cantine. "Finalement, ça n'empêchait pas de discuter, rigole Pascal Martinot-Lagarde. Il y avait une vraie vie sur le village olympique. Tu croises du monde, tu t'échanges des pin's entre athlètes, tu rigoles."

Le sprinteur, 5e de la finale du 110 m haies, souligne surtout la qualité d'accueil des bénévoles japonais : "Ils sont géniaux, ils n'ont pas arrêté de nous transmettre de la force, de nous encourager. Et surtout, ils nous ont laissés respirer sur le côté sanitaire." "On a été super bien accueillis. Ils sortaient des banderoles pour nous soutenir, c'était peut-être même plus souriant qu'à Rio", confirme Charline Picon.

Le Covid, ennemi toujours présent

La véliplanchiste, qui a remporté l'argent en RS:X après sa médaille d'or à Rio, n'était pas présente sur le village olympique. Confinée dans un hôtel, la Française de 36 ans se trouvait dans une bulle sanitaire à part : "Mais j'ai la chance de pratiquer un sport en plein air, donc tous les jours, on pouvait sortir, on en profitait pour décompresser".

Charline Picon avec sa médaille d'argent remportée en RS:X, le 31 juillet (CURUTCHET VINCENT / KMSP)

Evidemment, plusieurs cas d'athlètes positifs au Covid-19 ont été recensés pendant la quinzaine olympique, mais aucun parmi la délégation française. Ce qui fait dire à Martinot-Lagarde "qu'au vu de la conjoncture actuelle, c'est une excellente réussite. On avait plein de protocoles de sécurité qui étaient contraignants mais pas insurmontables. On n'était pas dans un truc militaire." Un constat teinté de soulagement que partage Kevin Mayer, médaillé d'argent en décathlon. "On n'a pas à se plaindre, on a déjà une chance énorme de pouvoir faire notre sport, même sans public et sans pouvoir beaucoup se déplacer."

L'absence de public, un manque surmontable

L'absence de spectateurs – touristes ou locaux – devait permettre d'éviter la propagation du virus. "Il n'y avait pas de public mais pour la voile, ce n'est pas un problème. Une fois que j'étais dans ma concentration et mon objectif, ça ressemblait aux Jeux de Rio, Londres ou Pékin", assure Picon. Même constat chez Hugo Hay : "On a l'habitude d'aller dans des stades plus ou moins vides. Ce qui pouvait faire peur, c'était de se faire prendre par l'ambiance dans un stade plein. Et là, justement, on n'a pas été trop dépaysés."

"D'habitude, il y a un gros brouhaha, on ne s'entend pas et ça fout un stress pas possible, assure Martinot-Lagarde. Là il y avait quelques encouragements, mais c'était beaucoup moins bruyant. Avant ces JO, on m'a demandé plein de fois si ça allait être nul sans public. Mais je peux vous dire que j'ai connu les championnats du monde de Doha, et je n'ai pas arrêté de dire que les athlètes criaient avant d'avoir mal parce qu'ils pensaient qu'il allait faire trop chaud. Et pourtant, tout s'est bien passé au Qatar. À Tokyo, c'était pareil."

Pascal Martinot-Lagarde à l'issue de la finale du 110 m haies, le 5 août (CROSNIER JULIEN / KMSP)

Si ces Jeux de Tokyo ont satisfait nos trois athlètes français, tous sont repartis avec une pointe de déception. Pour Charline Picon, celle de ne pas pouvoir fêter sa médaille : "Les célébrations, c'est le gros truc qui a manqué. Après la course, j'ai eu entre 24 et 48 heures pour faire le parcours médiatique et prendre l'avion sans vraiment en avoir profité. Je n'ai pas pu aller au village olympique, et surtout je n'ai pas pu profiter de mes proches. Ce qui est difficile, c'est de ne pas pouvoir partager la médaille tout de suite avec eux, au moment où l'émotion est la plus importante. Après quelques jours, ce n'est pas la même chose."

Cap sur Paris 2024

En athlétisme, le calendrier olympique n'a pas facilité la tâche des sportifs : une arrivée tardive au village olympique et un départ le lendemain de son élimination. "À Rio, après les épreuves, on avait pu profiter de la vie au Brésil. On pouvait sortir, visiter du pays. On arrivait bien avant les courses et on ne repartait pas juste après. Là, c'était plus frustrant", nous raconte Martinot-Lagarde, qui vit alors ses derniers moments au village olympique.

Le sprinteur partage avec Hugo Hay la déception de ne pas avoir pu avoir accès à d'autres sites que le stade national olympique où se déroulaient les épreuves d'athlétisme. "Le truc qui a manqué, c'est d'aller voir les autres sports. En tant qu'athlète, on ne pouvait assister qu'aux épreuves d'athlétisme. Ça aurait été pas mal pour vivre davantage l'expérience olympique", indique le fondeur.

Contrairement à Picon, qui vivait ses quatrièmes Jeux olympiques, et Martinot-Lagarde, qui avait connu Rio en 2016, Hugo Hay découvrait les JO à Tokyo : "Après ça, j'ai absolument envie d'aller à Paris pour vitre l'expérience des JO à 100%, les vrais JO. Je l'ai senti avant la compétition, je me suis dit qu'il y avait moins d'excitation parce que je savais que les conditions n'allaient pas être normales. Je savais déjà que je voulais aller à Paris." Rendez-vous est pris pour 2024.

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