Jeux paralympiques : avec 54 médailles françaises à Tokyo, Marie-Amélie Le Fur se dit "plus que satisfaite et heureuse de ce bilan"

La France a largement dépassé l'objectif des 35 médailles aux Paralympiques de Tokyo. 

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France Télévisions
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La présidente du comité paralympique et sportif français, Marie-Amélie Le Fur, a accroché l'argent pour ces derniers Jeux paralympiques, à Tokyo, le 28 août 2021. (NGUYEN TUAN /  CPSF)

La délégation française a brillé à Tokyo. Lors des Jeux paralympiques, les Tricolores ont récolté une belle moisson de médailles, avec 54 breloques au total, dont 11 en or. Un record. 54 médailles qui permettent à la France de se classer à la 14e place. Au terme des douze jours de compétition, le bilan est plus que positif, comme le souligne la présidente du Comité paralympique et sportif français, Marie-Amélie Le Fur.

Avec 54 médailles remportées par la France, quel bilan tirez-vous des Jeux paralympiques de Tokyo ?

Marie-Amélie Le Fur : Le bilan est très positif. L'objectif était de ramener 35 médailles. On savait qu'on devait avoir des résultats supérieurs à ce qu'on avait réalisé aux Jeux de Rio, en 2016 (28 médailles). Ce sont vraiment des résultats exceptionnels, avec beaucoup de médailles et de titres. Et, au-delà des performances, ce que je retiens de ces Jeux, et ce que je tiens à saluer, c'est l'état d'esprit très positif des sportifs français qui font rayonner le mouvement paralympique à travers leur performance et leur prestation dans les médias. On a une équipe de France qui est très jeune aussi, et qui a confirmé son niveau international. Je suis plus que satisfaite et heureuse de ce bilan.

La France a remporté onze médailles d'or, mais aucune n'a été glanée par une femme. À Rio, trois athlètes féminines avaient remporté l'or, dont vous avec deux titres. Comment interprétez-vous ce résultat ?

J'ai effectivement fait le même constat. Cela peut s'expliquer par différentes raisons. On a certaines athlètes, qui ont été médaillées d'or par le passé, pas cette année mais qui ont tout de même décroché une autre couleur de médaille. Ainsi, nous devons encore franchir un cap dans la détection des athlètes féminines. On sait que faire du sport en situation de handicap, ce n'est pas simple et ce n'est pas forcément encore un réflexe. Et on a encore plus de freins pour la section féminine. Selon moi, ce constat doit nous interpeller, mais surtout il doit nous encourager à aller chercher encore plus de sportives dans nos programmes de détection et d'accompagnement.

Il y a aussi des jeunes athlètes qui arrivent, qui sont dans la pépinière de formation, et qui n'étaient pas encore en capacité d'aller chercher des médailles ou l'or à Tokyo. Il nous reste trois ans jusqu'à Paris pour avoir des féminines en équipe de France paralympique, et en mesure d'aller chercher des médailles d'or.

15 médailles d'argent. 28 de bronze. Il y a-t-il de nombreuses possibilités de transformer ces métaux en or à Paris, en 2024 ?

Ce bilan démontre que nous avons une densité d'athlètes capable d'aller chercher des médailles. Le programme paralympique, même s'il a été mené pendant de longues années par la Fédération française de handisport, s'est accru avec beaucoup plus de moyens financiers, humains, scientifiques et d'accompagnement, mis à disposition des athlètes.

C'est donc le reflet de cet engagement qu'on commence à voir éclore à Tokyo, mais demain il faudra continuer ce programme et l'amplifier, pour faire en sorte que les médailles d'argent et de bronze se transforment en or. Et que des finalistes puissent accéder demain au podium. L'enjeu est vraiment d'avoir un accompagnement beaucoup plus fort du mouvement paralympique, et je pense qu'au regard des résultats français à Tokyo, cela démontre que l'investissement est utile.

Avec 54 médailles, la France fait mieux qu'à Pékin (40), Londres (45) et Rio (28). L'équipe de France a-t-elle franchi un cap ?

Oui, et surtout jamais autant de médailles n'ont été gagnées dans une densité et une concurrence aussi accrue, avec des athlètes qui se professionnalisent et se spécialisent de plus en plus. C'est donc en ça que le bilan est également très positif puisque cette année le niveau était vraiment au rendez-vous. 

De nombreux records du monde ont été battus, et même dans ce contexte, les Français ont su exister et briller, et ce quelle que soit la génération de nos sportifs.

Marie-Amélie Le Fur

à franceinfo: sport

Par ailleurs, l'équipe de France était représentée dans 19 des 22 sports présents à Tokyo, ce qui démontre que nous sommes une grande nation du mouvement paralympique, même si nous ne sommes pas dans le Top 10 des nations les plus médaillées des Jeux.

De nombreux jeunes athlètes français ont brillé à Tokyo. C'était pour certains leurs premiers Jeux et leur galop d'essai avant Paris. Avez-vous identifié toute cette nouvelle génération qui se prépare pour les Jeux à domicile ?

Je pense que nous avons déjà une partie du visage de l'équipe de France paralympique qui sera présente à Paris. Toutefois, la magie du mouvement paralympique est telle qu'au détour d'un parcours de vie ou d'une difficulté de vie, on peut se retrouver projeté assez rapidement dans le mouvement. Nous pouvons donc avoir encore de belles découvertes, et surprises, d'ici à 2024.

Et j'espère aussi, qu'à travers ces Jeux de Tokyo, on arrivera à faire franchir un cap dans nos enjeux de détection, car on a beaucoup trop de talents qui ne se sont pas révélés. Quand vous êtes en situation de handicap en France actuellement, vous ne vous tournez pas forcément vers la pratique spécialisée, ou vers le mouvement paralympique, alors même que vous êtes éligibles et que vous pourriez gagner des médailles.

Marie-Amélie Le Fur a remporté sa neuvième médaille paralympique à Tokyo, lors du concours du saut en longueur. (G.PICOUT / FRANCE PARALYMPIQUE)

Justement, pensez-vous que ces bons résultats à Tokyo puissent engendrer une hausse de la pratique handisport, et un changement de mentalité de la part de tous les publics ?

Il y a beaucoup d'enjeux derrière les Paralympiques, derrière la réussite de l'équipe de France. Il y a déjà un message très fort adressé aux personnes en situation de handicap sur la possibilité et la capacité pour elles de faire du sport. C'est aussi un message fort envoyé au grand public, pour démontrer les compétences et les capacités des personnes en situation de handicap. Le sport de haut niveau est un véritable levier d'émancipation de la société inclusive et, finalement, de la perception que l'on a du handicap en France.

Quel a été le moment le plus marquant des Paralympiques pour vous ?

On a eu un moment très fort vendredi. Nous étions plusieurs de la délégation à suivre ensemble deux matchs en même temps, qui étaient deux chances de médailles d'or : il y avait les finales des doubles messieurs en tennis-fauteuil, avec Stéphane Houdet et Nicolas Peifer, et en tennis de table avec Stéphane Molliens et Fabien Lamirault. Ce moment a été extraordinaire. En face de nous, on avait les pongistes qui nous ont confié qu'eux aussi suivaient la finale de tennis. C'était un moment intense, plein d'émotions et de réussite pour la France, avec des champions extraordinaires, qui se sont nourris de l'émulation des quelques personnes présentes sur place pour aller chercher une belle performance. Pour moi, ce fut le moment fort de ces Jeux.

Les Jeux paralympiques ont pu se tenir grâce à un protocole sanitaire strict. Comment avez-vous vécu l'organisation et la vie au Japon ?

Il était important de maintenir les Jeux et c'est pour cela que je salue l'engagement du Comité d'organisation pour la préparation des Jeux et pour la qualité de l'organisation. Les délégations ont été mises dans des conditions de performance. On avait certes des sites vides, mais ils étaient qualitatifs et offraient une expérience athlète très agréable. Et on l'a vu aussi à travers les nombreux records du monde et personnels réalisés dans leur enceinte.

Tout cela montre que les sportifs étaient prêts et qu'ils ont été mis dans des conditions de réussite optimale. La vie au village était aussi très agréable. Les organisateurs ont fait en sorte, malgré un protocole sanitaire très strict, de permettre aux athlètes de vivre la magie des Jeux. 

À Tokyo, vous avez remporté l'argent au concours du saut en longueur, votre neuvième médaille paralympique. Était-ce la fin de carrière rêvée ? 

Non, la meilleure des fins aurait été de revenir avec l'objectif atteint, c'est-à-dire de revenir avec l'or et un record du monde mais, malheureusement, je n'ai pas été assez performante le jour J. Toutefois, quand je regarde en arrière, ces cinq dernières années et les difficultés rencontrées ces derniers mois, cette médaille d'argent reste très belle, et marque en effet la fin de ma carrière, sans regret ni déception. J'ai peut-être simplement une petite pointe de frustration.

Cette année a été très difficile pour plusieurs raisons, et a éteint chez moi la passion du sport de haut de niveau, qui m'animait depuis tant d'années. Je l'ai toujours dit : le jour où je ne prendrai plus de plaisir sur les pistes, il sera temps de me retirer. Ainsi, ces derniers mois très, trop, compliqués ont confirmé la décision à laquelle je réfléchissais depuis plusieurs années.

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