Plomb à Notre-Dame : comment se profile la rentrée scolaire dans les écoles autour de la cathédrale ?

Le rectorat de Paris a demandé le report de la rentrée scolaire dans cinq écoles du diocèse, "en attendant que tous les établissements concernés présentent les garanties requises d'innocuité".

Un ouvrier décontamine l\'école Saint-Benoît, dans le 6e arrondissement de Paris, près de Notre-Dame, le 8 août 2019.
Un ouvrier décontamine l'école Saint-Benoît, dans le 6e arrondissement de Paris, près de Notre-Dame, le 8 août 2019. (MARTIN BUREAU / AFP)

La rentrée scolaire est reportée dans cinq écoles proches de Notre-Dame de Paris. Le rectorat de Paris a "demandé le report de la rentrée scolaire dans les écoles suivantes : Sainte-Catherine (5e), Sainte-Clotilde (7e), Saint-Jean-Gabriel (4e), Saint-Thomas d'Aquin (7e), Saint-Victor (5e), en attendant que tous les établissements concernés présentent les garanties requises d'innocuité".

Cette demande fait suite aux nouvelles analyses réalisées par l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France dans ces cinq écoles du diocèse. L'ARS a estimé dans un communiqué que les prélèvements effectués à la suite de l'incendie de Notre-Dame n'étaient pas suffisants. Ils ne permettent pas "de porter une appréciation quant à la réalité de l'exposition au plomb" a déclaré l'ARS lors d'une réunion vendredi. Dans l'école Sainte-Catherine, "les valeurs relevées dans les pièces accessibles aux enfants sont pour certaines élevées", a notamment indiqué l'organisme. Franceinfo fait le point sur cette affaire, tandis que les dépistages se poursuivent à l'approche de la rentrée. 

Un report de la rentrée demandé par l'association Robin des Bois

Depuis le début de l'été, l'association environnementale suit le dossier de près. Elle a d'abord porté plainte contre X, le 26 juillet, notamment pour mise en danger de la vie d'autrui, à propos de ces risques liés à la pollution au plomb après l'incendie de Notre-Dame. Désormais, elle réclame, dans un communiqué, un décalage de la rentrée scolaire "dans tous les établissements présentant des teneurs en poussières de plomb supérieures à 70 µg/m2", "aussi longtemps que des travaux d'assainissement et d'extraction du polluant ne seront pas entrepris". 

Robin des Bois se réfère à la valeur de "réflexion" pour les pouvoirs publics dans les bâtiments accueillant des enfants, établie et recommandée par le Haut conseil de la santé publique. Car le plomb peut provoquer le saturnisme chez les jeunes enfants (moins de 7 ans) et les femmes enceintes. Mais pour toutes les autres populations, la valeur réglementaire à ne pas dépasser pour les poussières de plomb présentes en intérieur est fixée à 1 000 µg/m2.

La situation des mineurs préoccupe Robin des Bois. "Environ 55 000 enfants et adolescents entre 3 ans et 17 ans sont scolarisés dans les 1er, 4e, 5e, 6e et 7e arrondissements [de Paris]. Moins de 200 ont fait l'objet d'une plombémie", s'alarme l'association. "Les lycéens et lycéennes sont aussi en droit d'exiger des informations auprès des proviseurs et des professeurs. Il en va de même pour les crèches", insiste Robin des Bois.

Au total, 37 écoles contrôlées

Cet été, l'Agence régionale de santé (ARS) a établi son propre périmètre de surveillance, qui va également au-delà des abords immédiats de l'île de la Cité. Il part du point où aurait été effectué un prélèvement en surface extérieure supérieur à 5 000 µg/m2 (valeur fixée par l'ARS d'Ile-de-France pour décider d'une action sanitaire). Et il comprend tous les établissements scolaires situés dans un rayon de 300 mètres. Selon le rectorat, 19 établissements (14 publics et 5 privés) se situent à l'intérieur de ce périmètre. Mais au total, 37 établissements ont fait l'objet de contrôles.

Des analyses de sang ont par ailleurs été proposées aux enfants scolarisés dans le périmètre concerné. Sur les 164 enfants testés à fin juillet, trois enfants ont donc présenté des plombémies légèrement supérieures à 50 microgrammes de plomb par litre de sang, seuil de déclaration obligatoire du saturnisme. Pour deux d'entre eux, la source d'exposition s'est révélée sans lien avec l'incendie de Notre-Dame. Pour le troisième, "il est possible que cela vienne de l'école", selon l'ARS, mais rien ne prouve que la contamination vienne de Notre-Dame et non d'une pollution préexistante. En outre, les tests de 16 enfants se situaient au-dessus du taux dans le sang de 25 µg/l, "seuil de vigilance" établi par les autorités sanitaires.

Une plainte déposée par les parents

Dans le 7e arrondissement de Paris, une famille a assigné en justice l'établissement privé Sainte-Clotilde, qui comprend une école maternelle et une école élémentaire. "Cette famille a fait réaliser une plombémie sur ses trois enfants scolarisés dans cet établissement, et l'un d'entre eux a des quantités de plomb qui atteignent presque le seuil de vigilance de 25 microgrammes par litre de sang (µg/L)", explique au Parisien Jacky Bonnemains, de l'association de défense de l'environnement Robin des Bois qui révèle la plainte. Ils réclament un diagnostic sur la pollution de l'établissement et, si nécessaire, des mesures d'assainissement.

Pour tenter d'obtenir gain de cause, la famille a assigné en référé le directeur de l'école Philippe Michel, l'OGEC Sainte-Clotilde (qui gère l'établissement) et la direction diocésaine de l'enseignement catholique de Paris, référente pour cet établissement privé. Au cours de l'audience, mercredi 28 août, l'avocat de la Direction diocésaine de l'enseignement catholique a expliqué à l'AFP que, à la suite d'un diagnostic (sur les 24 prélèvements effectués, trois dépassaient 70 µg/m2), des mesures de nettoyage étaient en cours. "Trois prélèvements dépassent ce seuil au rez-de-chaussée : dans les sanitaires accessibles de la cour (101,5 μg/m2), un
couloir (346,5 μg/m²) et une salle de classe (133 μg/m2)", détaille l'enseignement catholique dans un communiqué sur son site

Des mesures prises pour décontaminer

L'établissement privé Sainte-Clotilde n'est pas le seul concerné par des travaux d'assainissement. Depuis le début du mois d'août, des mesures de nettoyage ou des travaux plus lourds ont été entrepris dans les établissements présentant des taux de plomb supérieurs à 1 000 µg/m2 en extérieur, et 70 µg/m2 en intérieur. Côté établissements privés catholiques, la Direction diocésaine a décidé de mettre en ligne jeudi les résultats des analyses effectuées dans toutes les écoles.

L'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France a recommandé vendredi de nouvelles analyses de détection du plomb dans cinq écoles du diocèse de Paris, pour lesquelles le rectorat a demandé immédiatement le report de la rentrée prévue lundi. Dans l'école Sainte-Catherine, "la moyenne des valeurs observées est supérieure au seuil de 70µg/m²" et "un test de dépistage est recommandé". Concernant l'école Saint-Victor, une valeur élevée de plomb a été identifiée dans un espace d'une courette extérieure, et un test de dépistage est recommandé.

A l'école publique Saint-Benoît, dans le 6e arrondissement, le bitume de la cour d'école, où des taux de 7 000 µg/m2 avaient été relevés, a été entièrement remplacé. D'autres écoles ont été décontaminées à l'aide d'un gel désincrustant. "Nous avons nettoyé, décontaminé (...) tout ce qui est accueil des enfants dans le secteur concerné", à savoir crèches, écoles, aires de jeux, bibliothèques, ajoute Anne Souyris, adjointe à la santé à la maire de Paris. A la suite des nettoyages effectués cet été, "tous les résultats qui sont calculés sont conformes aux valeurs de référence fixées par les autorités sanitaires" dans les écoles publiques, a indiqué le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, lors d'une conférence de presse mercredi.

En ce qui concerne les écoles privées, chaque chef d'établissement est responsable pour faire procéder aux analyses et aux travaux éventuellement nécessaires. "Les concentrations en plomb des prélèvements effectués dans les écoles catholiques depuis le 9 mai 2019 sont toutes très inférieures au seuil de 1 000 μg/m2 retenu par le Code de santé publique", selon un communiqué de l'enseignement catholique de Paris, encore dans l'attente d'autres résultats.

Des garanties apportées par la Mairie de Paris

"Si, en accord avec l'ARS, nous ouvrons normalement les écoles lundi, c'est que nous considérons que tout risque est levé", assure Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la Mairie de Paris. Sur franceinfo, mercredi, il a déclaré que "rien ne justifi[ait]" un report et que "toutes les écoles ouvrir[aie]nt parce qu'il n'y a aucun risque" de pollution au plomb après l'incendie de la cathédrale. 

"Les problèmes ont été résolus à 90%", précise à franceinfo Anne Souyris. "Et pour les 10% restants, ce sont des petites choses que l'on va régler au cas par cas", poursuit l'adjointe, évoquant l'exemple d'un parquet poreux difficile à décontaminer. "Si jamais les nouvelles analyses montrent que ce sol n'est pas décontaminé, il faudra peut-être recouvrir la petite zone concernée, voire fermer la salle de classe", détaille-t-elle.

La municipalité assure par ailleurs avoir appliqué le principe de précaution dans l'interprétation des analyses. Alors que l'ARS suggérait d'engager un nettoyage lorsque la moyenne des mesures en intérieur réalisées au sein d'une école était supérieure à 70 µg/m2, la mairie les a fait réaliser dès qu'une mesure supérieure à ce taux a été constatée, explique Anne Souyris.