La soprano sud-africaine Pretty Yende dénonce la "brutalité" de la police française : "J'ai été fouillée comme une criminelle"

La chanteuse lyrique a expliqué avoir été retenue par la police à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Elle accuse les forces de l'ordre de racisme et de brutalité. Les autorités frontalières parlent pour leur part d'un problème de visa.

Article rédigé par
Julien Nguyen Dang - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
La soprano sud-africaine Pretty Yende à l'Opéra Garnier, le 10 septembre 2019, à Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Maintenant, j'ai une idée de ce qu'on le ressent en étant emprisonnée." L'artiste sud-africaine Pretty Yende, premier rôle de l'opéra La Somnanbule à l'affiche au Théâtre des Champs-Elysées, a raconté sur les réseaux sociaux* avoir été "détenue", lundi 21 juin, par la police aux frontières de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Une expérience qui l'a laissée "traumatisée et en état de choc".

"J'ai été déshabillée et fouillée comme une criminelle"

Dans une longue publication* largement relayée, la célèbre soprano de 36 ans affirme avoir été retenue à son arrivée à la frontière française, en provenance de Milan, en Italie. "J'ai été déshabillée et fouillée comme une criminelle et mise en cellule de rétention au niveau des douanes du terminal 2B" a rapporté Pretty Yende, qui affirme avoir "toutes ses affaires" lui être confisquées, dont son "téléphone portable". "Il faisait froid là-dedans, il n'y avait pas de lumière au début (...) et ils m'y ont laissée seule avec une ligne fixe."

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La chanteuse lyrique sud-africaine n'hésite pas à accuser les forces de l'ordre de racisme, dressant un parallèle avec les victimes de violences policières. "La brutalité policière est une réalité pour quelqu'un qui me ressemble", avance Pretty Yende. "Je suis une des personnes très très chanceuses d'être en vie pour voir la lumière du jour malgré les mauvais traitements (...) la torture psychologique et des commentaires racistes très injurieux dans un pays auquel j'ai tant ouvert mon cœur".

"J'étais alors emplie de nombreuses pensées négatives. L'une d'elles était : 'Ça y est, c'est le jour où ma famille va recevoir une dépouille et personne ne saura ce qui m'est réellement arrivé.'"

Pretty Yende, soprano

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Contactée par franceinfo deux jours après les faits, Pretty Yende a précisé ses propos, mercredi : "[Les officiers de police] n'ont pas été brutaux physiquement mais ils ont fait des commentaires racistes. Et tout ce calvaire a été très désagréable et effrayant." L'artiste explique s'être rendue à Milan pour obtenir "un nouveau permis de séjour", un document que la police française aurait considéré invalide pour rentrer sur le territoire hexagonal, malgré les explications de son avocat. Pretty Yende raconte enfin avoir appelé son manager à l'aide depuis la ligne fixe de sa cellule, qui a pu joindre le directeur général du Théâtre des Champs-Elysées. "Ils ont pu trouver une solution pour me sortir de là. Je leur en suis très reconnaissante."

"Aucun incident" selon la police aux frontières

La version donnée par Pretty Yende est cependant contestée par la police aux frontières. L'artiste "a présenté son passeport sud-africain sur lequel elle n'avait pas de visa lui permettant de rentrer en France", rapportent les autorités frontalières contactées par franceinfo, qui mentionnent également "un document italien qui ne lui permettait pas non plus de rentrer en France."

La police aux frontières explique avoir alors "approfondi l'étude de sa situation" en procédant notamment à "une fouille" par "un personnel féminin". "On ne lui a pas demandé de se déshabiller, précisent cependant les forces de l'ordre. C'était une palpation qui permettait de vérifier qu'elle n'avait pas d'objet dangereux sur elle." La chanteuse lyrique a ensuite été conduite "dans une salle de maintien" disposant d'un téléphone fixe, rapportent les autorités frontalières, qui précisent que son téléphone portable, gardé temporairement en raison de sa caméra, lui a été finalement rendu.

"Elle a été entendue ensuite par la police aux frontières une heure après son arrivée" par l'entremise d'un "interprète en langue anglaise". Du fait "qu'il n'y avait pas de risque sécuritaire ou migratoire", Pretty Yende s'est vu remettre un visa de régularisation et a pu quitter les lieux "deux heures après son premier contrôle", détaillent les forces de l'ordre auprès de franceinfo. La police aux frontières a refusé de commenter les accusations de brutalité et de racisme portées par la chanteuse lyrique, se contentant de mentionner qu'"aucun incident" n'avait été signalé par Pretty Yende lors de sa présence au sein des locaux de police.

*Les liens marqués par des astérisques renvoient vers des contenus en anglais.

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