"Ça n'arrêtera pas une révolution en marche" : la créatrice de #BalanceTonPorc réagit aux accusations visant Asia Argento

Selon des révélations du "New York Times", l'acteur Jimmy Bennett a accusé l'actrice italienne, figure de la lutte contre les violences faites aux femmes, de l'avoir agressé sexuellement en 2013.

Sandra Muller à Paris, le 14 mars 2018. 
Sandra Muller à Paris, le 14 mars 2018.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Les révélations du New York Times dévoilant qu'Asia Argento, figure de proue du mouvement #MeToo, est visée par une accusation d'agression sexuelle sur l'acteur Jimmy Bennett, en 2013, ont provoqué des réactions acerbes d'internautes, certains allant même jusqu'à évoquer un "retour de manivelle".

En plus de cette accusation, le journal américain révèle qu'en avril dernier, soit six mois après avoir accusé le producteur Harvey Weinstein de viol, l'actrice a versé de l'argent à ce jeune homme. 

L'avocat de Harvey Weinstein s'est aussitôt saisi de ces révélations pour dénoncer "le niveau frappant d'hypocrisie d'Asia Argento, et la duplicité de son comportement", dans un communiqué publié le 20 août, dans lequel il ajoute que "cela devrait démontrer à tous que les accusations contre M. Weinstein ont été mal vérifiées".

Cette affaire décrédibilise-t-elle Asia Argento, et avec elle, tout le mouvement #MeToo ? La journaliste Sandra Muller, à l'origine du mouvement #BalanceTonPorc, qui incite les femmes à dénoncer les agressions qu'elles ont subies, livre à franceinfo ses impressions quant à cette accusation et ses conséquences pour #MeToo et #BalanceTonPorc.

Franceinfo : Qu'avez-vous ressenti en apprenant l'accusation qui vise Asia Argento ? 

Sandra Muller : J'étais choquée et j'étais en colère. J'ai trouvé ces révélations très violentes. J'étais plutôt énervée de voir un truc pareil, mais ensuite j'ai pris le temps de réfléchir, d'analyser, de lire correctement l'article du New York Times. Ce qui a quand même retenu mon attention, en tant que journaliste, c’est que les documents reçus par le New York Times viennent d’une source anonyme. Et le fait que cela arrive en pleine instruction du procès Weinstein, cela pose question.

Bien sûr, si l'agression est avérée, Asia Argento doit être traitée de la même façon que tout le monde, mais il ne faut pas être dupe non plus. Il y aura toujours des coups d'épée dans l'eau pour ralentir notre avancée.

Il ne s’agit que d’une seule personne, d’un seul fait divers, cela ne va pas entacher tout un mouvement, ni des millions de victimes.Sandra Mullerà franceinfo

Ces révélations ne sont donc pas un coup dur pour le mouvement ?

Cette affaire va faire du bruit pendant quelques jours mais il y a une masse de personnes en route et ça n'arrêtera pas une révolution en marche. Surtout que notre mouvement est intersectionnel, on ne défend pas que les femmes, on défend aussi les hommes.

La victime n'est pas née avec une auréole autour de la tête. Asia Argento n'a jamais prétendu être parfaite, elle a même fait un film autobiographique qui fait état de sa sexualité débridée. Il y aura toujours les mêmes hargneux qui vont la ramener et dire que les victimes ne sont pas des victimes.

Ces révélations n'enlèvent rien à son discours.Sandra Muller franceinfo

La victime peut aussi être prédateur. Mais on ne va quand même pas comparer Asia Argento avec Harvey Weinstein. Je ne la défends pas, mais il n'y a pas d'accusation de viol et il n'y a qu'une personne qui se plaint, face aux plus de 80 personnes qui ont dénoncé Weinstein publiquement. Au-delà de cela, je ne peux pas m'exprimer sur le fond de l'affaire, j'attends de voir s'il y a une enquête.

Craignez-vous d'autres révélations de la sorte ?

Le but va être de décrédibiliser les femmes porteuses du mouvement #MeToo. Alors oui, s'ils cherchent, ils vont trouver des femmes qui ont pris de la drogue, qui ont fait de l'évasion fiscale, qui ont donné une gifle un peu trop fort à leurs enfants. Tout le monde a des dossiers, c'est évident.

Toutes celles qui l'ouvrent un peu sont gênantes, on essaye de les faire taire.Sandra Mullerà franceinfo

Dès l'instant où on lance un mouvement, on sait qu'on peut très bien utiliser un moment de notre passé et le monter en épingle pour nous présenter comme des sorcières et nous brûler au bûcher.