Coupe du monde de football 2022 : quatre questions sur le partenariat signé entre la France et le Qatar pour assurer la sécurité du Mondial

Le Parlement a ratifié un accord liant la France au Qatar pour la sécurité de la Coupe du monde 2022 à Doha. Un partenariat décrié par les oppositions à l'Assemblée. 

Article rédigé par
Théo Uhart - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
L'émir du Qatar Sheikh Tamim bin Hamad Al-Thani reçoit Emmanuel Macron à Doha le 3 décembre 2021. (THOMAS SAMSON / AFP)

Après le Sénat en février, c'est l'Assemblée nationale qui a ratifié à son tour l'accord entre le Qatar et la France jeud 4 août pour appuyer les qataris dans la sécurité de la Coupe du mondeSigné en mars 2021 à Doha par le Premier ministre de l'époque, Edouard Philippe, ce partenariat fait grincer les dents des oppositions, qui oppose au gouvernement la mort des ouvriers sur les chantiers des stades qataris.

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Qu'est-ce qui est prévu par l'accord ?

Le texte "vise à assurer un haut niveau de sécurité de la Coupe du monde de football de 2022, au travers d’actions de conseil technique et d’assistance opérationnelle", selon son article 1. En clair, il s'agit surtout d'un échange d'expertise pour assurer la sécurité du Mondial 2022.

Dans le détail, selon les précisions données dans l'hémicycle par la rapporteure du texte, Amélia Lakrafi, la France va envoyer "21 opérateurs spécialisés du GIGN, 170 opérateurs en matière de lutte anti-drones, 10 opérateurs en matière de déminage, 10 équipes cynophiles de recherche d'explosifs et 5 à 8 experts fournis par la division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH)" pour un total "d'environ 220 experts français".

En plus de moyens humains, le Qatar a demandé l'envoi de matériel et pourrait "exprimer des besoin supplémentaires" en octobre 2022, à quelques semaines du premier coup d'envoi. 

Si aucun député du groupe Renaissance ou de ses alliés (MoDem et Horizons) présent, ne s'est opposé au texte, les groupes de la Nupes et du Rassemblement national ont voté contre. Le groupe Les Républicains n'a, lui, majoritairement pas participé au vote.

Pourquoi le Qatar fait-il appel à la France ?

La question est légitime car généralement, la sécurité de tels évènements est gérée localement, quitte à passer des contrats avec des entreprises étrangères. "Contracter avec des pays, c'est assez inhabituel", souligne justement Jean-Baptiste Guégan, enseignant en géopolitique du sport. "On est dans un cas particulier, ils n'ont pas les compétences en interne. La sécurité est assurée en bout de ligne par des Britanniques, ajoute l'auteur de Géopolitique du sport, une autre explication du monde. Il y aura aussi les services de sécurité marocains reconnus pour leur gestion des flux".

Selon le spécialiste, ce partenariat "montre les compétences des Français sur la gestion des flux"Le ministre du Commerce extérieur et de l'attractivité Olivier Becht a d'ailleurs décrit la "sécurité" des événements sportifs comme un "axe fort" de la coopération bilatérale entre la France et le Qatar, depuis les Jeux asiatiques de 2006 jusqu'à la Coupe arabe des nations de 2021.

L'autre explication, c'est justement ce "rapport privilégié" qu'entretiennent Doha et Paris, selon Jean-Baptiste Guégan.

"Depuis que le Qatar a du gaz, des accords existent. Il y a beaucoup d'entreprises françaises sur place. Il y a également une base militaire française là-bas. C'est un allié stratégique local."

Jean-Baptiste Guégan

à franceinfo

 

 

Que reprochent les oppositions à cet accord ? 

Les groupes de la Nupes ont frontalement attaqué cet accord international, rappelant notamment à plusieurs reprises les conditions de travail des ouvriers "quasi esclaves" pour la construction des stades. "En dix ans, 6 500 ouvriers surexploités sont morts sur les chantiers. Sous chaque pelouse, il y a un cimetière !", a ainsi lancé le patron du PS Olivier Faure, quand son collègue insoumis Louis Boyard s'est interrogé : "Comment jouer au ballon sur un tas de cadavres ?"

"La diplomatie, ce sont aussi des signes que l’on adresse, des rapports de force que l’on crée, des yeux que l’on ne ferme pas quand les droits humains élémentaires sont méprisés."

Olivier Faure

à l'Assemblée nationale

Du côté du Rassemblement national aussi, on s'est ému du mépris des droits humains dans le royaume qatari. "Tout le monde s'assoit allègrement sur les droits de l'homme" pour "quelques milliards de plus", a dénoncé Caroline Parmentier. Enfin, plusieurs députés ont fustigé le "scandale écologique" que constitue l'organisation de cette Coupe du monde, vivement critiquée pour la construction de multiples stades climatisés. 

Rien de rédhibitoire pour le gouvernement ou la majorité. Sur franceinfo, Karl Olive, député des Yvelines, a déclaré : "Il ne s’agit pas d’être ambassadeur du Qatar, pas plus procureur à charge".

Mieux, pour Amélia Lakrafi, ce partenariat est l'occasion de "défendre les intérêts de la France, promouvoir le rayonnement de l’expertise française et d'assurer la protection des visiteurs". La députée de la majorité a assuré que les questions de respect des droits de l'homme ou du bilan carbone ont été abordées. Ce discours n'étonne pas Jean-Baptiste Guégan, qui assure que la France "est le pays qui parle le plus de cette question, par rapport à l'Allemagne ou au Royaume-Uni".

"Les Etats ont d'abord des intérêts et ensuite ils ont des sujets de préoccupation."

Jean-Baptiste Guégan

à franceinfo

Et le Stade de France dans tout ça ?

Les députés n'ont évidemment pas manqué de rappeler au gouvernement les récents incidents au Stade de France. Pourtant, cela n'a pas semblé refroidir Doha. "Le Stade de France a fait grand bruit hors de nos frontières, cela a été un vrai problème pour notre diplomatie, a fortiori au Qatar", assure le spécialiste en géopolitique du sport. Mais "on est un pays qui a une vraie expertise dans l'organisation évènementielle et dans sa sécurisation. Le Stade de France est finalement plus un fiasco politique".

En fait, à en croire Jean-Baptiste Guégan, la ratification de ce partenariat "permet au gouvernement d'Emmanuel Macron de montrer les compétences du ministère de l'Intérieur et de la police" quelques semaines seulement après le fiasco en Seine-Saint-Denis. Et puis "on oublie une chose", conclut Jean-Baptiste Guégan : "personne ne rentrera au Qatar sans visa, et venir supporter son équipe coûtera plusieurs milliers de dollars. Ce sera une Coupe du monde VIP."

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