Coupe du monde 2022 : le Danemark tiraillé entre contestation politique et ambitions sportives

Parmi les sélections les plus critiques sur l'organisation de la compétition dans l'Emirat, l'équipe scandinave tente d'adapter sa position pour se concentrer sur l'aspect sportif.
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De notre envoyé spécial à Doha - Andréa La Perna
France Télévisions
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Kasper Hjulmand, le sélectionneur du Danemark, à la veille d'affronter la France à la Coupe du monde 2022 au Qatar, le 25 novembre 2022. (NATALIA KOLESNIKOVA / AFP)

Des maillots d'entraînement aux sponsors estompés, une ex-Première ministre vêtue d'une robe aux motifs arc-en-ciel en tribune, l'appui d'Amnesty International... En première ligne contestataire, le Danemark s'est lancé dans le Mondial 2022 après avoir dépensé beaucoup d'énergie en dehors des terrains. Tenu en échec par la Tunisie lors de son entrée en lice timide mardi (0-0), l'ambitieux demi-finaliste du dernier Euro doit prendre des points contre la France, samedi 26 novembre, pour ne pas être dos au mur lors de la dernière journée.

"Ce match, face à cette équipe très solide, très haut placée dans la hiérarchie du football mondial, est évidemment très important, surtout après notre départ", a reconnu le sélectionneur Kasper Hjulmand en conférence de presse. Et lorsqu'on lui demande si tout le contexte extra-sportif très lourd et l'activisme de son pays peuvent avoir un impact négatif sur les résultats de son équipe, ce dernier coupe : "Nous avons été très actifs et quand je dis nous, je mentionne la Fédération de football danoise. C'est elle qui doit faire ce travail, celui d'être visible et de parler de toutes ces questions. Nous, nous devons nous concentrer sur le football. Il ne peut y avoir d'impact sur notre performance dès lors qu'on a divisé les rôles".

Hjulmand et ses joueurs laissent le politique à la Fédération

Quatre jours plus tôt, il ne cachait pourtant pas son incompréhension face à l'interdiction des brassards "One Love". "Le message n'est pas controversé. Je ne vois pas le problème", disait-il dans une conférence de presse similaire. Depuis que son équipe a débuté son tournoi, ce dernier a lancé un processus de désengagement, comme s'il s'était rendu compte qu'il ne pouvait pas autant s'investir sur deux fronts à la fois. Au point qu'on a parfois l'impression d'entendre la communication de l'équipe de France, dont les joueurs ont toujours refusé de s'engager pleinement. "On peut être amenés à perdre un peu d'énergie [à trop en faire sur le plan extra-sportif]", a d'ailleurs souligné Hugo Lloris vendredi.

Oliver, Oscar, Ann et Mark, des fans danois, avant le match de Coupe du monde Danemark-Tunisie, à l'Education City Stadium de Doha, le 22 novembre 2022. (Andréa La Perna / Franceinfo)

“Tous ces débats sont un gros problème pour l'équipe nationale, pour le coach comme pour les joueurs. C'est devenu un plus gros problème qu’ils ne l’avaient prévu", explique Rasmus Tantholdt de la chaîne danoise TV2. D'après le journaliste, qui avait été arrêté en plein direct par les autorités qatariennes avant le début du tournoi, les critiques portant sur l'organisation du Mondial au Qatar monopolisent les titres de la presse au Danemark, où le débat continue d'être intense. Le capitaine Simon Kjaer n'a par exemple pas été épargné lorsqu'il a refusé d'aller à l'encontre de la décision de la Fifa, concernant le brassard "One Love". "Beaucoup ont trouvé ça pathétique. C’est assez inaudible pour les gens d'entendre qu’un joueur refuse de le faire parce qu'il risque un carton jaune", ajoute Tantholdt.

S'il faudra attendre la fin de la phase de groupes pour décréter si le Danemark a fait une erreur en courant deux lièvres à la fois, son engagement politique a déjà une conséquence visible. La sélection scandinave ne peut tout simplement pas (ou très peu) compter sur son 12e homme. Seulement 2 100 tickets avaient été vendus par la Fédération à des supporters danois, une semaine avant le début du tournoi. On est très loin de l'engouement de l'Euro 2021.

Refroidis, les fans danois presque absents

Mardi, ils n'étaient que 700 à l'Education City Stadium, noyés dans la vague rouge tunisienne. Aux abords du stade, il fallait être patient pour en croiser. Très rares ont d'ailleurs été les groupes acceptant de répondre à nos questions. "Pas de questions politiques", prévient Chris, un Danois venu en famille avec sa femme Ann et ses fils Oscar et Oliver, avant même qu'il n'entende la première question. "Chacun son parti pris", coupe Mark à la première interrogation ne portant pas sur l'aspect sportif, qui finit par rejoindre ses deux amis agacés de le voir répondre à ce genre de questions. D'autres, croisés par le journaliste Rasmus Tantholdt, étaient vêtus de tee-shirts portant comme inscription : "taisez-vous et jouez au ballon" (vidéo ci-dessous).

Supporters Dannois

Le Danemark, comme la France, échappe au consensus. Il a également ses voix dissonantes, ses supporters qui viennent profiter d'une Coupe du monde de football. "Je pense que le Mondial a permis de lancer des discussions à propos des droits de l'homme et des conditions de vie au Qatar. Mais, si je dois être honnête, toutes ces choses politiques auraient dû être débattues avant le début du tournoi", nous écrit Kristian, un supporter danois croisé après Pays-Bas-Sénégal, qui craint que le débat ne parasite la compétition de son équipe. Pour certains, la défaite de l'Allemagne, renversée par le Japon après que ses joueurs ont envoyé un signal fort en se bâillonnant avant le coup d'envoi, est l'exemple à ne pas suivre.

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