Cet article date de plus de quatre ans.

Violences sexuelles dans le sport : "C'est important que la parole se libère", selon Astrid Guyart, co-signataire de la tribune

L'escrimeuse olympique espère que "le sujet des violences sexuelles ne va plus être une omerta dans le monde du sport", après les accusations de Sarah Abitbol et les révélations qui secouent la Fédération des sports de glace.

Article rédigé par France Info
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Astrid Guyart lors des Jeux Olympiques de Londres, le 2 août 2012. (ALBERTO PIZZOLI / AFP)

"Il y a la honte tout simplement qui vous empêche de parler. C'est pour ça que c'est important que la parole se libère", explique mardi 4 février sur franceinfo Astrid Guyart, escrimeuse olympique, membre de la commission des athlètes de haut niveau au CNOSF, co-auteure d'une tribune sur franceinfo.fr, avec notamment Marie Martinod, Ophélie David et Nathalie Péchalat, contre les violences sexuelles dans le sport. "Déjà, si on pouvait permettre à ceux qui ont des choses à dire de s'exprimer en toute confidentialité dans l'anonymat auprès d'une cellule qui soit indépendante de nos fédérations. Certainement que ça aiderait", ajoute-t-elle. Astrid Guyart espère que "le sujet des violences sexuelles ne va plus être une omerta dans le monde du sport".

franceinfo : Quelle est votre réaction par rapport à ces violences dans le milieu du sport ?

Astrid Guyart : Il y a deux types de réactions. Il y a la première réaction qui est une sorte de révolte face à l'horreur qui est décrite. Le récit est effrayant. Ce qui est énoncé, c'est glaçant. Il y a une deuxième réaction qui est plus confuse, car on se dit : enfin, ça sort. Enfin, le sujet des violences sexuelles ne va plus être une omerta dans le monde du sport comme dans d'autres milieux. Du coup, quand on commence à en parler, on commence à pouvoir réfléchir aux premières actions pour faire en sorte que ça ne se reproduise plus. Une fois que ça sort on sait que c'était là.

On a le sentiment qu'on savait que ce problème existait sans que personne ne puisse vraiment en parler et mettre des mots dessus.

Astrid Guyart

à franceinfo

Avec des témoignages comme celui de Sarah Abitbol, ou d'autres comme les patineuses, les joueuses de tennis, on sait que ces abus existaient. On n'en a pas toujours été les témoins directs. C'est ça qui est difficile, car le flagrant délit est assez rare, on a des rumeurs, on a des bruits, on a des informations partielles mais qu'est-ce qu'on en fait ? On ne sait pas trop. À qui le dire ? On s'aperçoit que le monde du sport n'était peut-être pas suffisamment outillé pour pouvoir dénoncer ce type d'abus.

Il est difficile de faire ce genre de confidences à un ami, à une amie, alors qu'on partage la même passion, le même sport ?

Je ne peux pas parler à la place des victimes. Elles disent toutes et tous qu'il y a la peur d'être sanctionné(e), la peur d'être mis(e) au ban par son entraîneur qu'on dénoncerait. Il y a la honte tout simplement qui vous empêche de parler. C'est pour ça que c'est important que la parole se libère. Je voudrais remercier toutes les victimes qui ont pris la parole et qui permettent de briser le mur du silence. On est une cinquantaine, on s'est tous sentis concernés, on s'est tous sentis solidaires. Nous-mêmes, nous sommes une partie du système. C'était important qu'on puisse s'exprimer. Déjà, si on pouvait permettre à ceux qui ont des choses à dire de s'exprimer en toute confidentialité dans l'anonymat auprès d'une cellule qui soit indépendante de nos fédérations. Certainement que ça aiderait.

Qui est responsable de ces dérives ?

Je pense que chaque partie prenante a sa part de responsabilité. Nous dans cette tribune, les athlètes, on prend notre part. On se rend compte de ce qui pourrait être fait différemment. Nos sélections dépendent de performances mais aussi de sélectionneurs, de fédérations, c'est ça qui explique aussi cette chape de plomb autour des athlètes. Les autres parties prenantes, ce sont les fédérations, les dirigeants de clubs, les parents et le ministère qui prend sa part. La ministre Roxana Maracineau a fait du sujet des violences sexuelles un des priorités de son ministère.

La ministre des Sports demande la démission de Didier Gailhaguet à la tête de la Fédération des sports de glace. Vous réclamez du changement aussi ?

On ne stigmatise pas une fédération plus qu'une autre. L'actualité est dirigée autour des sports de glace. Ce qu'on dit aussi, c'est que ça peut arriver à tout le monde, à beaucoup d'enfants, beaucoup d'athlètes. Je pense que ça peut arriver dans toutes les fédérations. Il n'y a pas une fédération qui peut se dire totalement prémunie contre ce genre d'abus et de dérives. Ce sont des abus qui sont le reflet d'une société. Il faut que toutes les fédérations aient conscience que c'est un sujet à prendre à bras le corps et que c'est comme ça que collectivement on fera avancer la question.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.