Cet article date de plus d'un an.

Un an de guerre en Ukraine : "Quand l'ordre est venu de rejoindre la Garde nationale, je n'ai pas réfléchi à deux fois", se souvient le biathlète Dmytro Pidruchnyi

Le biathlète ukrainien a été appelé à rejoindre la Garde nationale ukrainienne dès le début de la guerre, déclenchée par une offensive russe le 24 février 2022. Pendant trois mois, il a servi l'armée avant d'être autorisé à reprendre son sport.
Article rédigé par Apolline Merle, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 4 min
Le biathlète ukrainien Dmytro Pidruchnyi a terminé cinquième du sprint lors des championnats du monde de biathlon à Oberhof (Allemagne), le 11 février 2023. (MAXPPP)

Comme beaucoup d'autres athlètes ukrainiens, Dmytro Pidruchnyi a pris les armes, il y a un an, pour défendre son pays, attaqué par la Russie, le 24 février 2022. Champion du monde de la poursuite en 2019 à Östersund (Suède), le biathlète a rejoint les rangs de la Garde nationale ukrainienne entre le 25 février et le 5 juin dernier. Une mission de trois mois, pendant laquelle il a dû mettre de côté sa carrière sportive. Autorisé à quitter son unité militaire en juin afin de pouvoir de nouveau "s'entraîner et représenter l'Ukraine lors de compétitions internationales", il a accepté de se confier à franceinfo: sport sur ces mois au sein de l'armée, et sur sa reprise de la compétition, malgré la guerre. 

Un retour à la compétition "difficile" pour celui qui, "la plupart du temps, (...) pense à la guerre". Malgré un éloignement du pas de tir pendant trois mois, Dmytro Pidruchnyi a obtenu de bons résultats cette saison, dont une cinquième place sur le sprint des derniers championnats du monde de biathlon à Oberhof (Allemagne), le 11 février, derrière une suprématie norvégienne. Dans ce contexte, et peut-être plus qu'auparavant encore, "il est important que l'Ukraine soit entendue et ne soit pas oubliée, tant sur le plan politique que sportif", confie-t-il.

Franceinfo: sport : Il y a un an jour pour jour, la guerre débutait. Comment allez-vous aujourd'hui ? 

Dmytro Pidruchnyi : Il est difficile de décrire mon état, de dire comment je vais. Je continue à vivre en Ukraine avec toute ma famille. Je suis très inquiet pour ma famille et mes amis. Mes amis protègent le pays de l'agression d'un Etat terroriste. Je prie chaque jour pour que la guerre se termine bientôt avec notre victoire. 

Nous sommes constamment en contact, et je suis toutes les nouvelles. C'est très difficile mentalement d'être loin de chez soi. Mais en tant qu'athlète de haut niveau, je dois défendre l'honneur sportif de l'Ukraine lors des compétitions sportives. Il est important que l'Ukraine soit entendue et ne soit pas oubliée, tant sur le plan politique que sportif.

Quelques jours avant de rejoindre l'armée ukrainienne, Dmytro Pidruchnyi participait aux Jeux olympiques d'hiver de Pékin (Chine). Ici sur le sprint masculin, à Zhangjiakou, le 12 février 2022. (FRANK AUGSTEIN / SIPA)

Vous avez rejoint la Garde nationale ukrainienne quelques jours seulement après la fin des Jeux olympiques de Pékin. Vous êtes ainsi passé de sportif de haut niveau à soldat du jour au lendemain...

Oui, immédiatement après mon retour des Jeux olympiques, la guerre a commencé, et le 25 février, j'ai été envoyé dans l'une des unités de la Garde nationale d'Ukraine, dans laquelle je servais, en tant qu'athlète, depuis de nombreuses années. J'ai donc été appelé et je suis allé servir. C'était mon devoir. J'ai passé les trois premiers mois de la guerre dans cette unité, en suivant les ordres. Celle-ci était située dans ma ville natale, à Ternopil [à l'ouest de Kiev].

Je n'étais donc pas directement au front. Je n'ai pas combattu, mais nous nous préparions au fait que cela pouvait arriver à tout moment. J'effectuais des tâches à l'arrière. Nous gardions la ville. C'était une bonne expérience pour moi de comprendre comment l'armée fonctionnait, comment se déroulait le service militaire. J'ai appris beaucoup de nouvelles choses.

Pouvez-vous de nouveau être appelé par la Garde nationale ?

Pour être honnête, je ne sais pas dans quel cas je peux être appelé à combattre à nouveau. Mais, je continue à faire partie de la Garde nationale. Je la représente toujours en tant qu'athlète.

Dans quelle mesure était-il important pour vous de prendre les armes ?

Il ne s'agit pas d'un conflit, mais d'une guerre. Une vraie guerre, où la Russie, avec le soutien de son allié biélorusse, a envahi un Etat souverain et indépendant. En 2014, elle a d'abord occupé les régions de Louhansk et de Donetsk, puis en 2022, elle a lancé une invasion à grande échelle. C'est pourquoi, quand l'ordre est venu de rejoindre la Garde nationale, je n'ai pas réfléchi à deux fois. J'ai immédiatement rejoint l'unité, comme on me l'avait ordonné.

Tout Ukrainien consciencieux doit défendre le pays si on l'appelle. C'est notre devoir en tant que citoyen de l'Ukraine. Par conséquent, chacun doit se préparer à prendre les armes à tout moment pour défendre sa maison, son pays. Nous attendons notre victoire et nous faisons tout notre possible pour qu'elle arrive le plus vite possible.

Après vos trois mois passés dans les rangs de la Garde nationale, a-t-il été difficile de concourir à nouveau sur le plan sportif, et alors que la guerre continue ?

Bien sûr, il est beaucoup plus difficile de concourir, parce que je ne peux pas me concentrer à 100 % sur mon sport. Habituellement, je ne pense qu'au biathlon et aux compétitions pendant la saison, mais maintenant, la plupart du temps, je pense à la guerre, à ce que ressentent mes parents et mes amis. Je m'inquiète constamment pour eux. J'arrive donc à me concentrer sur le biathlon uniquement pendant les entraînements et les courses, mais c'est très difficile.

Quelle a été la chose la plus difficile pour vous pendant ces trois mois au sein de la Garde nationale ?

Le plus difficile a été de changer d'activité, de passer du biathlon à l'armée. Je n'avais jamais servi dans l'armée auparavant. En outre, vous comprenez que tout cela se passe dans des conditions de guerre, donc psychologiquement, c'était très difficile.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.