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Coupe du monde de rugby : quatre (mauvaises ?) raisons de croire en la France

Alors que les noms des 36 Tricolores présélectionnés pour le Mondial ont été dévoilés mardi, jamais un XV de France n'a été aussi décrié. Pourtant, avec un peu d'optimisme, et de mauvaise foi, il existe quelques raisons d'y croire.

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France Télévisions
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Le sélectionneur du XV de France, Philippe Saint-André, le 21 mars 2015 à Twickenham à Londres (Royaume-Uni). ( REX / SIPA )

L'été sera dur pour les 36 joueurs du XV de France que Philippe Saint-André a présélectionnés, mardi 19 mai, pour préparer la Coupe du monde de rugby, organisée du 18 septembre au 31 octobre en Angleterre et au pays de Galles. Pour être prêts dès le début de la compétition, les Bleus vont multiplier, à partir du 6 juillet, tests physiques, stage en altitude, répétitions tactiques, et matchs de préparation avant que le sélectionneur livre sa liste définitive de 31 joueurs, le 23 août.

>> Découvrez la liste des 36 Français présélectionnés pour la Coupe du monde

Pendant ces trois mois, ils devront aussi faire face aux sérieux doutes qui pèsent sur les capacités du XV tricolore à remporter la compétition. Après un Tournoi des six nations raté, et un sélectionneur qui affiche le pire bilan depuis 1995, la cote des Bleus est au plus bas. Chez les bookmakers, elle est même derrière celle du pays de Galles, en septième position. Pourtant, en analysant la situation avec un brin d'optimisme (et beaucoup de mauvaise foi), francetv info a trouvé quatre raisons d'y croire.

1La France a le meilleur championnat du monde

Si la Coupe du monde de rugby opposait non pas les meilleures nations, mais les meilleurs clubs du monde, la France serait clairement favorite du tournoi. Avec le Rugby club toulonnais (RCTde nouveau sacré champion d'Europe cette saison, face à Clermont en finale, les clubs français dominent le rugby européen. Si bien que les stars de la planète ovale, à l'image des Néo-Zélandais Dan Carter, Ma'a Nonu et Conrad Smith, ou encore l'Australien Ashley Cooper, se bousculeront encore l'année prochaine sur les pelouses du Top 14.

Le RCT a remporté sa troisième Coupe d'Europe, le 2 mai 2015 à Londres (Royaume-Uni) grâce notamment à ses Sud-Africains Juan Smith, Bryan Habana, et Bakkies Botha. (SIPANY / SIPA / SIPA USA)

De quoi faire progresser les joueurs français qui se frottent ainsi tous les week-ends à des rugbymans de très haut-niveau. Quoi de mieux pour préparer une Coupe du monde ?

Sauf que… Cet arrivée massive de joueurs étrangers est souvent considérée comme la raison principale des mauvais résultats du XV de France. L'ex-entraîneur de Bayonne, et ancien numéro 10 des Bleus, Christophe Deylaud, estime ainsi dans Midi Olympique que le Top 14 est "constitué à 90% d’étrangers dans les effectifs" et que "l'équipe de France paie les pots cassés".

En fait, le problème pour le XV tricolore ne vient pas forcément des stars venues d'ailleurs, mais plutôt des joueurs étrangers moyens, que les équipes françaises moyennes recrutent à tour de bras, parce qu'ils coûtent moins cher. Comme l'explique Slate, ce facteur empêche les jeunes joueurs français de percer dans ces clubs plus modestes, où ils pourraient normalement devenir titulaires et progresser, avant de se frotter au très haut niveau. Cela explique aussi pourquoi "il est devenu parfois difficile d'avoir des joueurs à certaines positions", regrette le co-capitaine du XV de France, Pascal Papé, cité par Espnscrum.com.

2Une préparation physique au sommet

Afin d'être prêt pour la Coupe du monde, Philippe Saint-André a décidé de se servir de tout ce qui marche en matière de préparation. Les Bleus vont d'abord avoir le temps de "resserrer les liens", puisqu'à partir du 6 juillet, ils vont rester ensemble plus de deux mois et demi. De quoi "travailler dans la durée", et développer enfin le jeu tricolore, comme le souhaite depuis si longtemps le sélectionneur.

Au programme notamment, un regroupement à Marcoussis (Essonne), l'habituelle résidence des Bleus, pour des tests physiques. Puis, grande première, un stage à Tignes (Savoie), à 2 100 m d'altitude, du 15 au 24 juillet. C'est ici que l'équipe de France de foot s'était préparée avant sa victoire en Coupe du monde en 1998 ou à l'Euro en 2000, ou encore avant sa finale du Mondial en 2006.

Objectif : pousser les organismes jusque dans leurs derniers retranchements. "Courses, muscu, rugby sans contact le matin, pour développer l’aérobie", ou encore "du core training, et des marches en montagne", selon le site de la station alpine. En s'entraînant en altitude, avant de redescendre quinze jours plus tard au niveau de la mer à Falgos (Pyrénées-Atlantiques), le XV de France espère "faire le plein de globules rouges", ce qui doit permettre aux Bleus d'augmenter leur endurance.

Sauf que… La fameuse préparation en altitude n'apportera pas nécessairement le petit "plus" physique qui fera la différence pendant le Mondial. Car, comme l'explique au Monde Jean-Pierre Paclet, l'ancien médecin de l'équipe de France de foot, "les effets de l'altitude sur l'organisme restent relativement controversés dans le milieu médical". Selon lui, "tout ça, c'est accessoire, le plus important dans ce stage reste la tranquillité du lieu."

L'objectif sera donc d'isoler le groupe dans un environnement propice au travail... et à la "grosse rigolade", selon Rugbyrama, comme peuvent en attester les joueurs du RCT, habitués des lieux. Pour le "plus" physique, on repassera.

3Peu d'ouvreurs disponibles, un problème en moins

Depuis que Philippe Saint-André est sélectionneur, le XV de France n'a pas trouvé son demi-d'ouverture, un poste clé dans le développement du jeu des Bleus. En trois ans et demi, pas moins de six joueurs se sont succédés au poste d'ouvreur. Et aucun n'est ressorti du lot. Mais à quatre mois du Mondial, le sort a peut-être évité des prises de tête au staff tricolore : Frédéric Michalak, Jules Plisson et Camille Lopez sont blessés. Il ne restait donc plus que Rémi Talès, François Trinh-Duc et Lionel Beauxis parmi les joueurs valides qui ont déjà mené le jeu tricolore.

Beauxis étant hors course depuis longtemps, le choix s'est donc logiquement porté sur Trinh-Duc et Talès. Michalak, bien que blessé à la main pour au moins quatre semaines, fait tout de même partie de l'aventure car il peut aussi dépanner comme demi de mêlée. Mais il ne postulera pas pour une place de titulaire à l'ouverture. Cette question étant réglée, la pression qui pèse à chaque match sur les épaules du numéro 10 devrait retomber, faute d'alternative.

Sauf que… Ces blessures risquent, en fait, de peser sur le fond de jeu de l'équipe de France. Car en l'absence Lopez, et avec un Michalak à peine remis et sûrement appelé à jouer les doublures, Philippe Saint-André sera privé des deux ouvreurs titulaires qu'il a le plus utilisés, et donc des deux joueurs qui maîtrisent le mieux les combinaisons tricolores.

François Trinh-Duc lors de son dernier match en bleu, le 9 février 2014 contre l'Italie au Stade de France. (JEAN MARIE HERVIO / DPPI MEDIA)

Du coup, François Trinh-Duc, longtemps blessé cette saison, mais récemment brillant avec son club de Montpellier, tient la corde pour devenir le titulaire tant attendu. Sauf qu'il n'a plus occupé ce poste chez les Bleus depuis février 2014. Pas forcément la meilleure façon, pour l'ouvreur héraultais, de réussir sa Coupe du monde. Sans compter que Trinh-Duc devra sans doute composer avec la méfiance latente dont Philippe Saint-André fait preuve à son égard, rappelle Rugbyrama.

4Les Français, rois des outsiders

Tous les adversaires du XV de France insistent sur ce point : "Ils sont imprévisibles", répètent des Irlandais cités dans Le Monde, ou des All Blacks dans Midi Olympique. Il faut dire que les Français ne sont jamais aussi bons que lorsque leur cause semble perdue.

Pour preuve, le XV de France a presque raté à chaque fois la saison qui a précédé une Coupe du monde réussie. Derniers du Tournoi des six nations en 1999, les Bleus de "Titou" Lamaison avaient ainsi battu la Nouvelle-Zélande de Jonah Lomu, six mois plus tard à Londres en demi-finale de la Coupe du monde, avant de tomber face à l'Australie en finale.

L'ancien ailier du XV de France Philippe Bernat-Salles face aux All Blacks en demi-finale de la Coupe du monde de rugby, le 31 octobre 1999 à Twickenham à Londres (Royaume-Uni). (PHOTOSPORT / AFP)

Sauf que… Cette capacité à se sublimer n'a jamais permis pour autant aux Bleus de remporter un Mondial, les Tricolores se contentant seulement de trois finales. Selon Fabien Pelous, ancien capitaine des Bleus, le rugby français doit voir plus loin : "Ce qui me rend fou, c'est que la France est la deuxième nation du monde en termes de licenciés, et qu'on se présente à ces rendez-vous en outsiders, grince l'actuel sélectionneur des moins de 20 ans dans Sud Ouest. Quand on est en demi-finale, c'est un très bon résultat. Est-ce que le rugby français ne doit pas avoir des ambitions plus élevées ?" Une évolution qui pourrait d'abord passer par un peu plus d'optimisme chez les supporters français, à l'heure où le XV de France en a le plus besoin.

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