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Rugby : pourquoi ce n'est pas si grave de rater le Tournoi des six nations l'année de la Coupe du monde

Si les Bleus entament face à l'Ecosse, samedi, la compétition en se posant beaucoup de questions, ils peuvent toutefois avoir une certitude : il n'est pas nécessaire de réussir un grand Tournoi pour briller lors du Mondial. 

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France Télévisions
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Le sélectionneur du XV de France Philippe Saint-André, lors du match Angleterre-France, le 23 février 2013, à Twickenham à Londres.  (DAVID ROGERS / GETTY)

"On connaît la particularité du rugby français : tu peux louper le Tournoi et faire une Coupe du monde exceptionnelle", a assuré Philippe Saint-André, le sélectionneur du XV de France, dans L'Equipelundi 2 février. Alors que les Tricolores accueillent l'Ecosse, samedi 7 février, en ouverture d'un Tournoi des six nations à hauts risques avec des déplacements périlleux en Irlande et en Angleterre, vérifions si cette maxime est vraie. 

Parce que la France a l'habitude

Les Tournois des six nations ratés, la France connaît. Surtout les années de Coupe du monde. Le plus bel exemple reste l'édition 1999, en Ecosse. Les Bleus terminent derniers du Tournoi. Le moral est au plus bas, le climat entre les joueurs est délétère et la tournée estivale en Océanie ne fait rien pour améliorer les choses : une déculottée face aux All Blacks (54-7) et une humiliation par les modestes Tonga (20-16). L'entame de Coupe du monde est laborieuse. Jusqu'à la troisième mi-temps d'un quart de finale victorieux mais mal maîtrisé contre l'Argentine (47-26). Entre deux (puis trois, puis quatre...) bières, les joueurs se lâchent et finissent par se convaincre que l'exploit est possible en demi-finale face aux favoris néo-zélandais, raconte "Titou" Lamaison à 20minutes.fr. Pas le staff administratif, qui réserve déjà les billets d'avion du retour. Menés à la mi-temps par les All Blacks, les Français jettent toutes leurs forces dans la bataille pour inscrire quatre essais et signer la plus belle victoire du rugby tricolore (43-31).

Et curieusement, la seule fois où les Bleus ont préparé une Coupe du monde auréolés d'un Grand Chelem lors du Tournoi des six nations, en 2007, ils sont passés à côté, en finissant 4es, avec le fameux épisode de la lecture de la lettre de Guy Môquet par Clément Poitrenaud dans les vestiaires et les deux défaites contre l'Argentine.

Parce que les anciens vainqueurs l'ont (presque) tous fait

Qui a gagné la Coupe du monde 2011 ? La Nouvelle-Zélande, qui n'avait pas remporté le tournoi des Tri-Nations cette année-là. En 2007 ? L'Afrique du Sud, bonne dernière du Tri-Nations la même année. En 1999, l'Australie remporte la Coupe du monde après un tournoi de l'hémisphère sud décevant. 

La seule exception, c'est l'Angleterre, en 2003, qui avait remporté le Tournoi des six nations puis la Coupe du monde dans la foulée. Grâce à un système bien particulier : le refus de jeu et la seule botte de Jonny Wilkinson pour marquer des points. Mais cette équipe avait atteint un haut niveau de performance depuis plusieurs années, en ne concédant jamais plus d'une défaite lors du Tournoi. "Pour gagner une Coupe du monde, il faut surtout savoir gagner sept matchs de suiteremarque Neil Back, champion du monde 2003 avec l'Angleterre. Le XV de la Rose n'a plus été capable de rééditer pareille performance depuis douze ans. Seules deux équipes y sont parvenues récemment : la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud, les deux meilleures sélections du monde." 

Parce qu'on n'a plus de temps pour préparer le Mondial

Si Philippe Saint-André est si confiant, c'est qu'il sait qu'il va pouvoir profiter de façon exclusive de ses joueurs trois mois avant le début de la Coupe du monde sans être perturbé par les échéances des clubs par exemple. Lors du stage concocté par Marc Lièvremont à l'été 2011, en Auvergne, les joueurs avaient participé à la cueillette des fraises chez un agriculteur entre deux stages commando et autres séances tactiques, raconte le sélectionneur dans son livre. Un programme qui avait renforcé la cohésion de l'équipe en plus de son niveau général. "A certains postes, on sait que des mecs en concurrence peuvent progresser de 20-25%", veut croire Philippe Saint-André dans L'Equipe. En 2011, les Français avaient été une des rares équipes à monter en puissance physiquement au cours de la compétition. Les Bleus avaient failli cueillir les All Blacks, au bout du rouleau, en finale (8-7). 

Parce que le Tournoi compte (presque) pour du beurre

Le sélectionneur du Pays de Galles, Warren Gatland, ne s'en cache pas : pour lui, le Tournoi n'est qu'un "apéritif" avant le Mondial, le vrai objectif des Gallois. "Nous ne voulons pas dévoiler toutes nos cartes pendant le Tournoi, même si gagner à domicile demeure important, explique-t-il à la télévision irlandaise RTELe but, à moyen terme, est de gagner la Coupe du monde." Désormais, les mandats des sélectionneurs sont bâtis sur des cycles de quatre ans, avant le couperet de la Coupe du monde qui phagocyte leur dernière année. Hormis une catastrophe industrielle - une cuillère de bois ? - Philippe Saint-André sait qu'il ira au bout de son mandat. 

Moralité : le fait que seuls 2,7% des sondés du site Rugbyworld voient la France gagner le Tournoi (c'est moins que l'Irlande, l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Ecosse) ne doit pas vous inquiéter. Rien n'est (encore) perdu pour la Coupe du monde. 

Parce que l'important, c'était la tournée d'automne 2014

Le pilier français Uini Atonio (en bleu foncé) lors du test-match contre l'Argentine, le 22 novembre 2014 au Stade de France (Seine-Saint-Denis). (JEAN CATUFFE / GETTY IMAGES EUROPE)

La Coupe du monde n'a été décrochée qu'une seule fois par une nation de l'hémisphère nord, l'Angleterre en 2003. Un succès qui s'est peut-être moins construit sur leur Grand Chelem que sur leur tournée automnale triomphale de 2002 : ils n'avaient fait qu'une bouchée de la Nouvelle-Zélande, de l'Australie et de l'Afrique du Sud. "Pour gagner le Mondial, vous devez battre au moins deux nations de l'hémisphère sud, analyse Lawrence Dalaglio, troisième ligne historique du XV de la Rose, cité par WalesOnline (en anglais). Avant la finale de 2003, nous avions battu les Wallabies (l'Afrique du Sud) quatre fois lors de nos cinq dernières rencontres, ce qui nous a donné un avantage psychologique sur eux."

Avis aux Bleus : pour le Mondial 2015, c'est loin d'être gagné. Depuis 2007, les équipes du Nord ont perdu 90% de leurs matchs face à leurs rivales de l'hémisphère sud, relève l'Irish Times. Mais les Bleus ont réussi une tournée d'automne encourageante, avec une victoire probante sur l'Australie en novembre 2014 au Stade de France (29-26). 

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