Reportage "Le plus important, ce n'est plus la participation aux compétitions mais la victoire sur le front" : les athlètes ukrainiens face au choix du boycott

Alors que la fédération internationale d’escrime a finalement levé la disqualification de l'ecrimeuse ukrainienne Olga Kharlan qui avait refusé de serrer la main à une adversaire russe, la question du boycott se pose pour les sportifs ukrainiens à l'approche des jeux olympiques de Paris 2024.
Article rédigé par Hajera Mohammad - Fabien Gosset, Natalia Vlasenko
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Olga Kharlan, escrimeuse ukrainienne, juin 2023, en Pologne. (ARTUR WIDAK / ANADOLU AGENCY)

Dans le dojo où il s'entraîne deux fois par jour, Artem Lesiuk nous confie à quel point le geste de sa compatriote Olga Kharlan l'inspire. En refusant de serrer la main à son adversaire russe, elle a agi comme il fallait, dit le jeune judoka. "Oui, bien sûr. Grâce à ce geste, tout le pays la soutient et fière d'elle, assure son compatriote. Dans le judo, ce n'est pas obligatoire de se serrer la main. Même si ça l'était, on ne le ferait pas, ni sur le tatami, ni en dehors”.

>> Mondiaux d’escrime : une Ukrainienne disqualifiée pour avoir refusé de serrer la main de son adversaire russe, une décision "disproportionnée" pour le CNOSF

Ici, tous les sportifs estiment que les Russes n'ont pas leur place aux Jeux olympiques et attendent de savoir s'ils auront l'autorisation du gouvernement de les affronter ou pas dans un an à Paris. "S'il faut y renoncer, on renoncera", assure l'entraîneur de l'équipe nationale, Vitalii Doubrova."Le plus important, ce n'est plus la participation aux compétitions, mais c'est la victoire sur le front. Si l’État dit qu'on ne doit pas participer, qu'on doit boycotter, on boycottera”, promet-il.

Vitalii Dubrova, l’entraîneur de l’équipe nationale de judo d’Ukraine est prêt à boycotter les JO de Paris. (Hajera Mohammad)

Et pourtant, dans l'équipe, certains se sentent tiraillés. Si l'un d'entre eux se hisse en finale face à un Russe, à un combat seulement d'une médaille d'or, faut-il vraiment abandonner ? "C'est une question difficile”, reconnaît Bogdan Iadov. Champion d'Europe des moins de 66 kilos, il se prépare depuis des années pour ce rendez-vous, mais son père est mobilisé depuis des mois sur le front. S'il accepte de se confronter à un Russe, ce sera en pensant à lui.

Bogdan Iadov, champion d’Europe des -66 kilos, dont le père se bat au front, rêve d’une médaille d’or aux JO de Paris mais refuse qu’on laisse les sportifs russes participer à la compétition. (Hajera Mohammad)

"Mon père a toujours été un exemple pour moi. Maintenant, il ne peut pas suivre mes compétitions, mais je lui téléphone après chaque combat. Il me dit qu'il est fier de moi. Si un jour je dois combattre contre un judoka russe, je donnerai tout pour la victoire”.

Bogdan Iadov, judoka ukrainien

à franceinfo

Cette semaine, le gouvernement ukrainien a finalement autorisé ses athlètes à affronter des Russes en compétition officielle, à une condition : que ces derniers se présentent sous une bannière neutre, surtout pas sous le drapeau de la Russie. 

Ukraine : les sportifs et la perspective de rencontrer des Russes aux JO - Reportage de Hajera Mohammad et Fabien Gosset

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