L'inclusion des personnes transgenres dans le sport en France : malgré des discriminations toujours présentes, "les choses évoluent dans le bon sens"

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France Télévisions
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L'association parisienne Pari-T a créé une équipe de volley-ball inclusive, accueillant de personnes transgenres. (Association Pari-T)

Alors que la Fédération française de rugby autorise depuis cette saison les personnes transgenres à participer à des compétitions nationales, il reste encore de nombreux chantiers pour améliorer leur inclusion dans le sport en France.

"Faire du sport en France quand on est trans, c'est un combat au quotidien." Clémence Zamora Cruz sait de quoi elle parle. Née garçon, celle qui deviendra très impliquée dans la communauté des personnes transgenres fait son coming-out à six ans. Son entourage l'oblige à suivre une thérapie de conversion pour la "normaliser" et la force à abandonner la danse pour se mettre à des sports dits masculins, notamment le football. Un véritable calvaire pour Clémence Zamora Cruz, harcelée par ses camarades. "J'allais aux entraînements à reculons", raconte la quadragénaire d'origine mexicaine. Au club, on m'a interdit d'avoir les cheveux longs, les autres m'insultaient, me poussaient dans les vestiaires et j'étais punie quand je me défendais." 

Transphobie ordinaire dans les vestiaires et sur le terrain

Victime de violences physiques et verbales, Clémence Zamora Cruz arrête très rapidement le football et toute pratique sportive extra-scolaire. Ce n'est que des années plus tard, qu'avec des connaissances, elle se remet à faire du sport "à la sauvage", dans la rue, avant de s'inscrire dans un club LGBT de danse urbaine à l'âge adulte.

Un parcours malheureusement commun à "beaucoup de personnes trans", souligne la militante engagée au sein de la communauté des personnes transgenres (qui ne se reconnaissent pas dans le genre assigné à leur naissance). Pour les encourager à faire du sport, l'association Pari-T, dans laquelle Clémence Zamora Cruz est bénévole, a lancé une équipe de volleyball accueillant des personnes transgenres. "Avec cette équipe, on dit aux trans : 'vous pouvez faire du sport', un message qu'on entend peu ailleurs."

"L'accès à la pratique sportive nous est difficile", souligne la militante : "On n'est pas accepté dans les vestiaires et on nous oblige à pratiquer le sport dans le genre assigné à notre naissance. Tout cela constitue de la transphobie ordinaire". Des discriminations liées à la "culture sexiste et patriarcale du monde du sport qui exclut celles et ceux qui ne sont pas dans la norme", explique la sociologue et vice-présidente de la fédération française de handball (FFH), Béatrice Barbusse. 

Comment protéger et promouvoir les droits humains des athlètes transgenres et intersexes dans les compétitions sportives ? Une vaste question à laquelle le Conseil de l'Europe a réfléchi lors d'une conférence, lundi 20 septembre, réunissant acteurs institutionnels, sportifs et associatifs.

Trois membres de l'équipe de volleyball de l'association Pari-T devant le drapeau transgenre. (Association Pari-T)

Un mot d'ordre : sensibilisation

Clémence Zamora Cruz est formelle : changer les mentalités passe par un long travail de pédagogie. "Il y a une vraie ignorance des instances sur ces questions de transidentité, un manque de formation sur l'inclusivité et la diversité, notamment au niveau administratif." Avec l'association Au-delà du genre, celle qui fut un temps porte-parole de l'Inter-LGBT propose des formations, des ateliers de sensibilisation auprès du personnel administratif, lui donne des clés "pour faire en sorte que les personnes trans se sentent en sécurité" et des pistes pour dégenrer les vestiaires. 

Un travail de sensibilisation réalisé main dans la main avec la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne (FSGL), qui depuis 2014 met à disposition des clubs de sport d'une Charte Sport et Trans, co-écrite avec les associations OUTrans et Acceptess-T. Actuellement en train d'être remise à jour, elle vise à "faciliter et promouvoir l'inclusion des personnes trans et favoriser leur pratique sportive", souligne Eric Arassus, président de la fédération. "L'idée est d'inciter les clubs à prendre à cœur ces thématiques, que tout le monde (joueurs, joueuses, public et équipe encadrante) soit sensibilisé et adopte des bonnes pratiques."

"Faire du sport comme tout le monde"

Un travail de sensibilisation qui fait ses preuves, comme a pu le constater Amaël Pradier, actuellement en transition. Attaqué sur le bord du terrain de handball pour son physique très masculin, les insultes faisaient partie de son quotidien en compétition. "J'avais droit à des 'C'est quoi ce truc ?', 'les gens comme ça ne devraient pas exister', 'Il faudrait les tuer à la naissance'." Après des années de réflexion, celui qui a "toujours su qu'il était un garçon" a finalement sauté le pas de la transition en avril dernier. 

Alors qu'il avait peur des répercussions morales et physiques de ce choix, sa décision a été très bien acceptée par les membres de son club de foot, qu'il a rejoint il y a deux ans. "Quand on explique, ça se passe bien. J'ai pris une demi-heure avec les filles pour leur parler de ma situation et les laisser me poser des questions. Elles étaient à l'écoute, compréhensives et surtout très loin de s'imaginer la violence que je pouvais subir au quotidien", se souvient le footballeur, heureux d'évoluer au sein d'un groupe si soudé. "Je sais maintenant qu'il y aura 22 nanas pour me défendre si quelqu'un veut s'en prendre à moi. C'est rassurant."

Pour montrer la voie et inciter d'autres trans à pratiquer son sport fétiche, Amaël Pradier, vétérinaire de métier, a créé en août un compte Instagram visant à mettre en lumière des personnes transgenres qui continuent à faire du sport. "C'est important que les plus jeunes puissent s'identifier à des personnes qui leur ressemblent", plaide le militant, qui souhaite "faire comprendre que les trans veulent juste faire du sport comme tout le monde"

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D'autres fédérations vont sauter le pas

Depuis l'annonce mi-mai de la Fédération française de rugby (FFR) qui autorise les personnes transgenres à prendre part à des compétitions nationales, un mouvement vers plus d'inclusivité dans le sport semble s'être mis en marche en France.

Une décision accueillie avec enthousiasme par de nombreuses associations LGBT+, comme la Fédération sportive gaie et lesbienne (FSGL), qui espère un"effet déclencheur" : "Si les fédérations jeunes, comme le roller derby, sont les plus inclusives, le fait que de grosses instances sportives se penchent sur ces questions va permettre de toucher un maximum de monde", explique son président, Eric Arassus, convaincu que le rugby, avec son statut de "deuxième sport collectif le plus pratiqué en France", va "montrer la voie à d'autres disciplines"

C'est le cas notamment à la Fédération française de handball (FFH), où une réglementation plus inclusive est "en pleine réflexion". Un projet qui a germé il y a quelques années dans l'esprit de Béatrice Barbusse (à l'époque secrétaire de l'instance), lorsqu'une personne ayant commencé sa transition physique avait demandé une dérogation pour jouer avec les femmes - et non celle reliée à son état civil, encore masculin. Après avoir reçu plusieurs témoignages de licencié.es transgenres (ou transidentitaires, c'est-à-dire en cours de transition), celle qui est devenue vice-présidente de la FFH en fin d'année 2020, a mis cette question à l'agenda de sa fédération.

"C'est une attente à laquelle on doit répondre. Ces personnes doivent pouvoir pratiquer la discipline qui leur plaît et être épanouies", assure Béatrice Barbusse, qui va commencer un travail de réflexion à l'automne. "Le sport se dit avoir des valeurs morales universelles, il faut que cela se concrétise par des actes", estime la sociologue qui a "bien l'intention de proposer quelque chose" à la fédération à partir de début 2022 "pour rendre le handball totalement inclusif".

Une attente à laquelle on doit répondre

Béatrice Barbusse

à franceinfo: sport

De son côté, le gouvernement a lui aussi entamé une réflexion sur les questions d'inclusivité, avec la création début 2021 d'un groupe de travail dédié à l'inclusion des personnes transgenres et des personnes intersexes. Co-piloté par les ministères de l'Egalité, celui chargé des Sports et la DILCRAH (Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT), il s'attache à "construire des conditions d’une pratique inclusive partout" pour permettre à "chacune et chacun de pratiquer une activité dans un cadre bienveillant et se sentir respectés et acceptés", précise-t-on au ministère de l'Egalité. 

Sollicité par la Fédération de handball pour travailler sur les questions d'inclusivité, Amaël Pradier se veut plein d'espoir. "Les choses sont en train d'évoluer dans le bon sens."

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