Euro 2022 de handball : l'équipe de France plombée par son inconstance

Après les alertes face à l'Islande et le Danemark, l'équipe de France a perdu logiquement face à la Suède, en demi-finale de l'Euro, vendredi, en raison de ses nombreux manques.

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Ludovic Fabregas (à gauche) et Karl Konan après la défaite en demi-finales de l'Euro contre la Suède, le 28 janvier 2022. (ATTILA KISBENEDEK / AFP)

L'équipe de France est redescendue sur terre. Plus de six mois après leur titre olympique décroché à Tokyo (Japon), les Bleus n'enchaîneront pas avec une couronne européenne qui échappe à la France depuis 2014. A l'image de leur défaite en demi-finales face à la Suède (33-34), vendredi 28 janvier, il aura manqué trop de choses aux joueurs de Guillaume Gille pour se hisser en finale de l'Euro 2022.

Le Danemark en trompe-l'oeil

Face aux Suédois, Ludovic Fabregas a eu la balle d'égalisation dans les mains. Sans l'arrêt décisif d'Andreas Palicka, le bilan n'aurait pas été le même et les analyses auraient été bercées par l'illusion potentiellement dorée au bout du chemin. Mais si les Bleus ont réussi une folle remontée face au Danemark (30-29), mercredi au tour principal, une deuxième contre la Suède n'aurait pas franchement été méritée. "La fin de match contre le Danemark était un trompe-l'oeil, analyse Jérome Fernandez. Ce sont les Danois qui se sont éteints sur la fin." Un constat partagé par Aymeric Minne, "Il faut être honnête, revenir, ça aurait été un beau hold-up. Il ne peut pas y avoir de miracle à chaque fois."

Mais contre la Suède, malgré un début de match en fanfare, les Bleus ont présenté une copie semblable à celle des 45 premières minutes face au Danemark mais aussi lors du lourd revers infligé par l'Islande au tour principal (29-21), samedi dernier. "Il y a beaucoup de manques ce soir, notamment sur le plan collectif, poursuit le triple champion d'Europe (2006, 2010, 2014). Il a aussi manqué un peu de justesse défensive et quelques arrêts de gardiens."

Réaction de l’entraîneur de l’équipe de France Guillaume Gille après la défaite de l’équipe de France ce soir face à la Suède (33-34) en demi-finale de l’Euro 2022

Après un tour préliminaire de haut niveau, Vincent Gérard est en échec dans son but sur les dernières sorties. Sur les quatre dernières rencontres, il a réussi au mieux cinq arrêts sur un match (contre l'Islande) et n'en a réussi que trois, vendredi, contre la Suède. Wesley Pardin n'a pas réussi non plus à incarner une seconde menace comme les grandes nations de cet Euro en sont capables. Dans les buts au retour des vestiaires en demi-finale, il n'a sorti qu'une seule parade comme face au Danemark.

La défense bousculée

Mais au-delà des gardiens, c'est toute la défense qui a vacillé vendredi. La France n'avait plus encaissé autant de buts (34) en match officiel depuis un peu moins d'un an, c'était lors du match pour la troisième place au Mondial 2021 (défaite 35-29 contre l'Espagne). "En deuxième mi-temps, on a subi beaucoup de duels, on en a perdu beaucoup", regrettait le sélectionneur Guillaume Gille. "On n'avait pas mal démarré en défense mais on s'est désuni", poursuivait Vincent Gérard.

Surtout, elle n'a pas su freiner les ardeurs du retoutable Jim Gottfridsson (9 buts) comme elle n'avait pas su le faire un peu plus tôt dans la compétition face à l'Islandais Omar Magnusson (10 buts), pourtant tous les deux ciblés en amont du match. "Ce qui est fatigant, c'est que Gottfridson a fait ce qu'il voulait de la première à la dernière minute, il s'est trimballé, un peu à l'image de ce qu'avait fait Magnusson avec l'Islande, fulminait Vincent Gérard sur BeIN Sports. Quand un joueur arrive à imposer son rythme on n'arrive pas à s'en sortir." "Il y a peut-être un manque de préparation spécifique par rapport à ce joueur", pense notre consultant Jérôme Fernandez.

Les exclusions temporaires (quatre) ont aussi coûté cher à l'équipe de France. C'est notament en première période, quand les Bleus en ont concédé trois dans les vingt premières minutes, que la Suède en a profité pour égaliser et même prendre l'avantage. "Notre défense est parfois un peu trop rugueuse et engagée", analyse Jérôme Fernandez. Au final, Valentin Porte a été sanctionné d'un carton rouge comme Ludovic Fabregas ou Vincent Gérard lors des rencontres précédentes.

Les absences ont pesé sur le jeu

Dans cette défense, le taulier Karl Konan avait repris position au cœur du jeu depuis trois matchs mais son absence pour Covid avait fait très mal face à l'Islande. Loin d'être une excuse car presque toutes les nations ont été touchées par le virus, la France a subi plusieurs absences de poids alors que les matchs couperets se présentaient. Karl Konan, donc, mais aussi Nicolas Tournat, Kentin Mahé et Guillaume Gille.

Si le sélectionneur a pu reprendre sa place sur le banc, vendredi, son assistant Erick Mathé avait dû prendre les commandes pendant trois rencontres successives (Islande, Monténégro, Danemark). Un baptême pas des plus évidents dans une compétition internationale majeure et qui ne peut pas être écarté du bilan global et des balbutiements tricolores dans cet Euro.

Le forfait de Kentin Mahé a aussi été préjudiciable à plus d'un titre. Testé positif samedi dernier, le demi-centre de Vezprem (Hongrie) a manqué les quatre dernières rencontres. Sans son maître à jouer, le jeu offensif de l'équipe de France a été brouillon. "On manque encore de liant sur l'attaque placée", constate Fernandez. Quand la défense fonctionnait, les Bleus pouvaient dérouler leur jeu rapide et ainsi masquer cette principale carence aperçue tout au long de la compétition.

Réactions de Yanis Lenne, Ludovic Fàbregas et Valentin Porte après la défaite des Bleus face aux Suédois ce soir en demi-finale de l’Euro 2022.

Sans Kentin Mahé, Guillaume Gille a aussi dû revoir ses rotations et certains joueurs ont fini sur les rotules. "On sentait la base arrière émoussée, glisse Jérôme Fernandez. On a tellement tiré sur Nikola Karabatic et Dika Mem qu'ils n'en pouvaient plus. Dika (Mem) était l'ombre de lui-même." Contrairement à sa sortie flamboyante face au Danemark (8 buts), le Barcelonais a souffert contre la Suède (2/6 au tir). A 37 ans, les efforts ont fini par se payer pour Nikola Karabtic, doyen de cette campagne qui ne deviendra pas le premier Français de l'histoire à compter quatre titres de champion d'Europe.

"Une équipe en reconstruction"

Mais la compétition aura malgré tout permis de mettre en lumière la génération dorée née en 1996 et 1997. Aymeric Minne, étincelant avec huit buts sur l'unique deuxième période de la demi-finale, mais aussi l'ailier droit Yanis Lenne. "On a une équipe qui est en reconstruction, veut croire le meilleur buteur de l'histoire des Bleus. Cette génération va devenir la génération cadre et le but, c'est qu'ils soient bien rôdés pour Paris 2024."

Avant ça, ils ont l'occasion pour certains d'aller décrocher leur première médaille internationale, dimanche. Pour cela, il faudra battre à nouveau le Danemark qui aura cette fois-ci récupéré ses deux stars Mikkel Hansen et Mathias Gidsel. Quinze minutes de folie ne suffiront alors pas pour toucher le bronze du doigt.

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