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Reportage OM-Feyenoord : de la liesse à la tristesse, retour sur une journée européenne électrique à Marseille

Comme aux plus belles heures de son histoire, Marseille a vibré toute la journée, jeudi, en espérant une qualification en finale de la Ligue Europa conférence. Malgré un Vélodrome volcanique, les joueurs phocéens n'ont pas exaucé le rêve de toute une ville.

Article rédigé par Adrien Hémard-Dohain, franceinfo: sport - De notre envoyé spécial à Marseille
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Le virage Sud du stade Vélodrome s'embrase à l'entrée des joueurs, lors de la demi-finale de C4 entre l'OM et le Feyenoord, le 5 mai 2022. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Une demi-finale européenne à domicile ne peut pas être comme les autres à Marseille, même si l'on ne parle que de Ligue Europa conférence. A peine descendu du train, il ne fallait pas plus de quelques minutes, ce jeudi 5 mai, pour comprendre que cette journée allait être spéciale. Déjà les maillots ciel et blancs affluaient vers le belvédère de la gare Saint-Charles.

Parmi eux, Lucas, collégien de 13 ans, venu de Normandie avec son père : "On a mis un mot dans le carnet de liaison, on a écrit 'voyage'. Il rate deux jours de cours mais c'est la fin de l'année et il a été sérieux, donc il est récompensé. C'est la première fois de sa vie, pour ses 13 ans", explique le paternel. "Je ne pouvais pas rêver meilleur cadeau", savoure le minot, impatient d'aller découvrir la cité phocéenne sur sa trottinette électrique.

Peur sur la ville

Quelques encablures plus loin, devant la boutique de l'OM sur la Canebière, d'autres Marseillais expatriés préparent leur tenue pour le soir. Léo et Elisa, 20 ans, arrivent d'Amiens : "Mon dernier match au Vél', c'était la demi-finale de C3 contre Salzbourg en 2018. Depuis ça a été compliqué avec le Covid, mais je ne pouvais pas louper cette demi-finale", justifie le jeune alternant, qui a posé des congés pour être là.

A l'intérieur de la boutique, de grandes silhouettes néerlandaises déambulent, appareil photo à la main. Daniel et ses amis ont atterri le matin même à Marignane : "On passe par la boutique juste pour regarder, on ne vient rien acheter promis. On ira à la fan zone ensuite, on a entendu qu'il y avait eu des bagarres, pour l'instant, nous, ça va."

Plusieurs rixes ont en effet opposé mercredi soir des supporters des deux équipes dans quelques quartiers. Vingt personnes ont été interpellées"Ça n'a pas l'air très sûr pour nous. Des amis se sont battus et sont allés à l'hôpital. On est assez inquiets", explique Jordi, supporter néerlandais. D'autres heurts ont eu lieu jeudi.

"On trouve ça un peu injuste parce qu'à Rotterdam, les Marseillais pouvaient se balader tous seuls, tranquilles", poursuit Jordi. Placés dans les tribunes marseillaises ce soir, son frère et lui ont préféré être prévoyants : "On a des maillots de l'OM, pour se fondre dans le décor. Et on parlera espagnol, pas néerlandais."

Jordi et son camouflage devant la Brasserie de l'OM. (Adrien Hémard-Dohain / Franceinfo sport)

En terrasse de la Brasserie OM, l'heure est déjà au match. Avec un maillot sur le dos, Fabien et Gaël profitent du soleil. "On vient tout le temps à la Brasserie depuis 20 ans, parce que c'est bien placé puis ça donne le ton de la journée", expliquent les deux Orléanais de 49 ans. "On est patrons, donc on s'est donné une journée de repos pour venir dans notre ville de football. C'est plus facile. Ça fait du bien de retrouver l'ambiance de Marseille", apprécie Fabien, abonné au Vélodrome de 1991 à 1996.

Pendant ce temps, plusieurs CRS terminent leur pause déjeuner. Un serveur leur propose un whisky "pour prendre des forces pour la journée". Ils refusent. Sur chaque rive, les supporters du Feyenoord profitent des terrasses et des boissons marseillaises, même si beaucoup sont à la bière. Les forces de l'ordre leur demandent de prendre la direction de la fan zone, au grand dam des commerçants locaux. "La police nous a fait arrêter le service à 12h30", peste-t-on du côté du Loch Ness, un pub du cours Jean-Ballard.

Les fidèles du Feyenoord s'entassent dans des bus de la ville, réquisitionnés pour faire la navette jusque la plage du Prado. Là, de grosses basses de musique électro résonnent, transformant le lieu en véritable festival éphémère. Foodtrucks, bière qui coule à flots, monnaie spéciale : les 5 000 supporters du Feyenoord pourraient se croire à la maison. Puis rebelote : ils remontent dans les bus pour se rendre dans le parcage des visiteurs au stade Vélodrome. 

En fin d'après-midi, un orage s'abat soudainement sur la cité phocéenne. Sur le boulevard Michelet, habituellement noir de monde avant les matchs, les supporters marseillais s'abritent où ils peuvent. Entassés en terrasse, sous des abribus ou dans le centre commercial, ils donnent de la voix. La pluie masque la vue, mais les chants fusent de partout, sous les tilleuls.

Abrités sous un des abribus, Gilles et ses amis toulousains prennent leur mal en patience. "C'est une journée spéciale, tant pis pour la pluie. Tant qu'on gagne, tout ira bien", positivent les Occitans, qui reprendront la route dans la nuit. Pour se rassurer, ils évoquent un souvenir heureux : "On était là pour la demi-finale contre Newcastle en 2004, pourvu qu'on vibre autant ce soir".

Des supporters marseillais se protègent de la pluie, avant de se rendre au stade Vélodrome pour assister au match OM-Feyenoord, le 6 mai 2022.. (ADRIEN HEMARD-DOHAIN / FRANCEINFO : SPORT)

La pluie se calme quelques instants, le temps d'apercevoir le président de l'Olympique de Marseille, Pablo Longoria, se diriger à pied dans l'arène, sans doute lui aussi piégé par les embouteillages monstres autour du Vélodrome. A 19 heures, les portes du stade s'ouvrent enfin. Les supporters marseillais viennent vite s'y abriter, prêts à mettre le feu pour aller chercher la finale.

Le Vélodrome déchante

Assourdissant, le Vélodrome n'attend pas l'entrée des joueurs pour s'époumoner. Mais à leur arrivée, il s'embrase, littéralement. Mécontents de la décision de l'UEFA de fermer le virage Nord après les incidents face au PAOK, le virage Sud répond par le tifo explicite "UEFA Mafia", suivi d'un craquage de fumigènes comme Marseille en a rarement vu. La fumée mettra 20 minutes à se disperser, accompagnée des restes de gaz lacrymogènes, ce qui rend l'ambiance proprement irrespirable.

Pendant ce temps, les 52 000 Marseillais sont debout. Les chants résonnent, et chaque récupération de balle est célébrée. L'intensité sur le terrain n'est rien à côté de celle mise en tribunes. Le Vélodrome est un volcan, face à un parcage visiteur relativement discret. Mais d'un coup, le feu marseillais s'éteint : Dimitri Payet est au sol. Touché, le Réunionnais sort sur blessure à la demi-heure de jeu. Le public l'ovationne.

Chauffé à blanc, le Vélodrome continue de pousser, sans relâche. Il n'est pas rare de voir les tribunes latérales suivre les chants du virage Sud, sauter, hurler. Quand les supporters de Feyenoord se réveillent à l'heure de jeu, et poussent les forces de l'ordre à ressortir les lacrymogènes, les fumigènes craquent à nouveau et le Vél' gronde.

Les CRS sont en renfort au pied du parcage de Feyenoord, lors de la seconde mi-temps d'OM-Feyenoord. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Mais plus la fin de match approche, et plus les mains levées pour chanter finissent par se prendre la tête face aux multiples ratés de l'OM. Les bras finissent le long du corps, ballants, après le coup de sifflet final. Jusqu'au bout, le Vélodrome y a cru. Mais à la fin, ce sont bien les supporters de Feyenoord qui font la fête.

A la hauteur toute la journée dans ses rues puis dans son stade, Marseille ne l'a pas été sur la pelouse. Or, c'est tout ce qui comptait pour rendre cette journée historique. A 23 heures, tout était calme sur le Vieux-Port.

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