Ligue des champions : Pep Guardiola, une révolution permanente à double tranchant

L'entraîneur de Manchester City, qui affronte le Bayern Munich en quarts de finale aller de C1 mardi, revoit minutieusement sa copie chaque saison depuis 12 ans sans parvenir à décrocher un nouveau sacre européen.
Article rédigé par Andréa La Perna, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 3 min
Pep Guardiola sur le banc de Manchester City le 8 avril 2023, au St Mary's Stadium de Southampton. (SHAUN BOGGUST / AFP)

Depuis 2011, le compteur est resté bloqué à deux. Chaque saison depuis son départ de la Catalogne, Pep Guardiola court après cette troisième "coupe aux grandes oreilles" qui lui échappe inlassablement. Engagé dans sa septième campagne européenne avec Manchester City, l'entraîneur espagnol tient une nouvelle opportunité de briser le plafond mais plusieurs obstacles se dressent encore sur sa route, à commencer par son ancienne équipe, le Bayern Munich, en quarts de finale aller, mardi 11 avril.

Celui qui a révolutionné le football moderne en faisant de son FC Barcelone (2008-2012) l'une des meilleures équipes de l'histoire peut prendre une petite revanche après ses trois années bavaroises vécues comme un échec, faute de sacre en C1 justement. C'est à Munich où sa réputation a été écornée pour la première fois, qu'il a cessé d'être indiscutablement considéré comme le meilleur entraîneur du monde.

La quête incessante du déséquilibre

Contrairement à la majorité de ses pairs, Pep Guardiola n'est pas un coach qui s'attire les critiques en s'entêtant dans un plan qui ne marche plus, mais parce qu'il ne cesse jamais d'expérimenter, quitte à bousculer des certitudes déjà bien établies. Fidèle à sa réputation de penseur du jeu, le coach catalan pense que la manière est au moins aussi importante que le résultat. Il n'attend pas d'être forcément mis en échec pour se remettre en question et aime innover sur le plan tactique pour créer un effet de surprise, même à la veille d'un rendez-vous crucial. Mais à trop rechercher à créer le déséquilibre chez son adversaire, Guardiola a souvent brouillé les repères de ses propres joueurs ces dernières saisons.

Pep Guardiola et Erling Haaland lors du match de Premier League de Manchester City contre Crystal Palace le 11 mars 2023. (BEN STANSALL / AFP)

Aux portes du dernier carré en août 2020, ses plans étaient tombés à l'eau lors du quart de finale du "Final Eight" à Lisbonne face à Lyon (1-3) après un remaniement tactique de dernière minute. La mise en place d'un système en 3-5-2 avec une défense à trois inédite, composée de l'inexpérimenté Eric Garcia et le milieu de formation Fernandinho, avait été envisagée comme un moyen de surprendre l'adversaire, mais s'était retournée contre son équipe. "Les joueurs ont travaillé ce système pendant trois jours", avait-il réagi après la rencontre, sans que l'on sache s'il s'agissait d'une excuse ou d'un argument pour se défendre.

Lors de l'édition précédente, le stratège avait déjà été puni après s'être sûrement trop remué les méninges. Lors du quart de finale aller face à Tottenham, son équipe était ultra-favorite et ce dernier avait tenté une expérience surprenante en utilisant le milieu Fabian Delph comme arrière gauche et en laissant Kevin de Bruyne mais aussi Vincent Kompany sur le banc. Résultat des courses : une défaite 1-0 à White Hart Lane, puis une élimination rageante une semaine plus tard malgré une victoire 4-3 à domicile.

S'appuyer sur les certitudes ou installer le doute ?

Après ces deux déconvenues, Pep Guardiola s'est rapproché du but mais a ajouté deux nouveaux échecs, dont une finale perdue face à Chelsea en 2021 (0-1), où son équipe n'a pas tiré grand chose de sa force de frappe (sept tirs, un seul cadré). Mais l'optimisme du coach espagnol est intact. "Je m'amuse moins en septembre, en octobre et en novembre. Le fait d'entrer dans la fin de saison et de se battre pour le titre [en Premier League et en Ligue des champions] font de moi le plus heureux des hommes. J'aime être ici", a-t-il appuyé après la victoire à Southampton samedi (4-1).

Sur le papier, son équipe a toutes les raisons d'être confiante, même face à un adversaire aussi important que le Bayern. Manchester City reste sur huit succès de rang, avec 21 buts marqués sur ses quatre dernières sorties, et peut s'appuyer sur le monstre Erling Haaland, déjà auteur de 44 réalisations cette saison. En face, les Bavarois viennent tout juste de changer d'entraîneur, Thomas Tuchel récupérant la place de Julian Nagelsmann à un tournant de la saison. Reste à savoir si Guardiola décidera une nouvelle fois de faire fi des certitudes pour tout miser sur un coup de génie.

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