Ligue 1 : après une année marquée par des interdictions de déplacements, les supporters espèrent plus de souplesse des autorités

Plus de 120 arrêtés limitant ou encadrant les déplacements de supporters ont été publiés l'an passé. Alors que la Ligue 1 reprend, quelques signes laissent espérer une accalmie.

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Le parcage de supporters monégasques lors d'un déplacement à Bordeaux, le 20 février 2022. (DANIEL VAQUERO/SIPA / SIPA)

Un rétropédalage hors du commun. Initialement interdits par un arrêté préfectoral de se déplacer à Dijon, pour la reprise de la Ligue 2, 400 supporters stéphanois ont finalement pu assister à la défaite des Verts (2-1), samedi 30 juillet. Les conditions de leur venue étaient tout de même strictement encadrées par un autre arrêté. Pour rallier le stade Gaston-Gérard, il leur a fallu prendre un bus escorté par des policiers, sans possibilité de se rendre dans le centre-ville. "C'était la solution la mieux adaptée et elle a été validée par les supporters stéphanois", pointe Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture de Bourgogne Franche-Comté.

Ce dernier a justifié cette mesure par "les débordements" observés lors du dernier match officiel de l'ASSE, contre Auxerre. Aucune animosité n'était pourtant à relever entre supporters dijonnais et foréziens. De fait, la rencontre s'est déroulée sans le moindre incident. Dans un communiqué, l'Association de défense des supporters stéphanois (réunissant les trois groupes ultras) a salué "le dialogue entre les parties prenantes"

Cette décision, même assortie de l'arrêté préfectoral restrictif, tranche avec la tendance observée sur la saison 2021-22. Au moins 129 déplacements de supporters pour suivre leur équipe à l'extérieur ont été limités ou encadrés, d'après un décompte de l'Association nationale des supporters (ANS). Selon cette dernière, c'est du jamais-vu depuis la saison 2015-16, période marquée par la mise en place de l'état d'urgence à la suite des attentats à Paris et devant le Stade de France.

"Pour des déplacements chauds, je comprends, mais le reste..."

"Certains matchs sont compliqués à organiser, comme des Marseille-Paris ou des Lyon-Saint-Etienne", relève Pierre Barthélémy, avocat de l'Association nationale des supporters. Mais des arrêtés sont émis sans qu'aucune rivalité, sportive ou "en tribunes", ne les justifie à première vue.

En octobre 2021, les supporters marseillais n'ont par exemple pas pu se rendre à Clermont... alors que les deux équipes ne s'étaient jamais rencontrées en championnat. "Ils ont aussi interdit aux Nantais de venir au Vélodrome, alors qu'il n'y a aucune animosité, se souvient Mathieu, membre du groupe ultra MTP ('Marseille Tout Puissant'). Pour des déplacements chauds à Lyon, Saint-Etienne ou Paris, je comprends, mais pour le reste..."

Les MTP, groupe de supporters de l'OM, lors de la réception de Lyon le 10 novembre 2019. (NICOLAS MILLET / HANS LUCAS via AFP)

"C'est aussi aux clubs de veiller à ce que les supporters les plus passionnés soient plus calmes", tempère Frédéric Carre. Des débordements incluant des supporters visiteurs sont parfois à déplorer. "Mais le monde du supportérisme vendu aux gens n'est pas la réalité, poursuit le fidèle ultra marseillais. Les gens pensent que c'est un monde violent où tout le monde se tape. J'ai 44 ans et je suis père de famille, j'ai passé l'âge !" 

Des visiteurs forcés de se mêler aux locaux

"Il peut y avoir des cons comme partout, mais il y a surtout de très belles histoires", observe Hippolyte, jeune supporter rennais. Ce comptable de 21 ans sillonne la France avec sa copine pour soutenir les Rouge et Noir. "Au début, c'était la seule femme, maintenant, elles sont une trentaine", sourit-il. Pas franchement réputés pour être "chauds", les supporters de Rennes sont relativement épargnés par les arrêtés.

Pour ne rien arranger, les arrêtés sont souvent émis quelques jours avant les rencontres. "Je travaille dans une agence de voyages, donc je peux mettre des options sur des billets de train. Mais sinon...", soupire Valentin, un Messin habitué des déplacements. "A force, on commence à être habitués à anticiper", poursuit le trentenaire. 

Comme lui, d'autres supporters achètent des billets dans les tribunes "classiques", au milieu des fans de l'équipe jouant à domicile. Leur sécurité y est, de fait, moins assurée qu'en parcage visiteurs.

Des supporters lensois au Parc des Princes, le 23 avril 2022, lors d'un match entre le Paris Saint-Germain et le RC Lens. Le parcage visiteurs était fermé. (MAXPPP)

Dans la plupart des cas, les arrêtés préfectoraux interdisent aux visiteurs d'arborer tout élément de soutien en faveur de leur club lorsqu'ils se trouvent dans le centre-ville, chez leurs adversaires. "C'était le cas à Angers, rapporte Hippolyte. J'y suis quand même allé avec mon maillot, et à l'arrivée, des Angevins ont fait des photos avec moi..." Pour lui, ces arrêtés ne "servent à rien". Certains y voient même une forme de "paresse" des préfets.

"Dans 90% des cas, c’est clairement un préfet qui ne veut pas s’embêter à organiser un déplacement en amont ou à le gérer le jour J"

Pierre Barthélémy, avocat de l'Association nationale des supporters

à franceinfo: sport

Ces cas de figure font d'autant plus parler quand on les compare aux règles dans le reste de l'Europe. "A Rotterdam, tout était maîtrisé, relate Mathieu, en référence au match entre l'OM et Feyenoord, en demi-finale de la Ligue Europa conférence en avril 2022. Il y avait une fan zone avec à boire, à manger, tout s'est bien passé." Même son de cloche chez Hippolyte, qui a assisté au match de Rennes à Londres, en mars 2019, en huitièmes de finale de la Ligue Europa : "On était 6 000 contre Arsenal, j'appréhendais un peu. Je pensais qu'il y aurait des incidents, mais ça a été super bien géré par la police."

Amélie Oudéa-Castéra a "relancé le sujet"

En France, plus d'un retour d'expérience critique au contraire l'attitude des forces de l'ordre. "Les policiers se prennent parfois pour des cow-boys, soupire le supporter grenat Valentin. A Lille, en 2014, on a été fouillés par des chiens, ils ont sorti les lacrymos alors qu'on était festifs. C'était notre premier match en Ligue 1 depuis six ans !"

"Avant un match à Nantes, les dirigeants de l'association sont descendus parler aux policiers. Ils ont fini avec des coups de matraque et onze points de suture en cumulé !"

Hippolyte, supporter de Rennes

à franceinfo: sport

Ces déclarations rappellent les incidents en marge de la dernière finale de Ligue des champions au Stade de France. Le gouvernement avait alors largement fustigé le comportement des supporters anglais, reniant toute responsabilité des forces de l'ordre. La nouvelle ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, "'grâce' à ces événements, a relancé le sujet, témoigne l'avocat Pierre Barthélémy. Elle a relancé l'Instance nationale du supportérisme, rencontré des acteurs. Des échos qu'on en a eu, elle était très à l'écoute".

Cette lueur d'espoir s'inscrit dans la lignée d'avancées prévues avant le Covid-19. Ainsi, à l'automne 2019, une circulaire du ministère de l'intérieur stipulait aux préfets de limiter les interdictions de déplacements.

Un rapport déposé en mai 2020 à l'Assemblé nationale par les députés Marie-George Buffet (PCF) et Sacha Houlié (LREM) va également dans ce sens. Las, la saison 2020-21 jouée en grande partie à huis clos. Les différents incidents survenus sur le dernier exercice n'ont ensuite pas permis de concrétiser les signaux positifs. "On est confiants sur le fait que ces arrêtés vont diminuer, assure Pierre Barthélémy. Mais on est tellement haut, ça ne peut que baisser !" 

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